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L'Usine Santé

"La transparence totale ne changera rien pour les industriels, mais tout pour les malades", selon le Dr Bernard Dalbergue

Elodie Vallerey , ,

Publié le

Entretien Le Dr Bernard Dalbergue, ancien cadre médical chez Schering-Plough (racheté par Merck en 2009), dénonce dans son livre "Omerta dans les labos pharmaceutiques : confessions d'un médecin" (Flammarion) les pratiques déloyales des industriels et les limites de la transparence exigée par la loi pour les médecins consultants.

La transparence totale ne changera rien pour les industriels, mais tout pour les malades, selon le Dr Bernard Dalbergue

L'Usine Nouvelle - Quel message avez-vous voulu faire passer avec votre livre ?

Bernard Dalbergue - Faire en sorte que le grand public puisse comprendre, par des exemples concrets et par mon expérience, les grands scandales pharmaceutiques comme celui du Mediator. J’y décrypte les relations des industriels avec les médecins leaders d’opinion (qui donnent notamment les recommandations pour les autorisations de mise sur le marché des médicaments, ndlr). Mon livre démontre qu’il est encore possible de procéder à des conflits d’intérêt en toute opacité et légalement. Je ne réclame pas la fin des liens entre les médecins et les industriels ou la fin des rémunérations par le privé. Quand les industriels sont honnêtes, ça n’a pas ou peu d’impact sur les malades.

Estimez-vous que les pouvoirs publics n’ont pas été assez loin avec la loi Bertrand de 2011 et le "Sunshine Act" à la française (le décret n° 2013-414 du 21 mai 2013 "relatif à la transparence des avantages accordés par les entreprises produisant ou commercialisant des produits à finalité sanitaire et cosmétique destinés à l'homme") ?

Avec ces deux lois, l’intention des pouvoirs publics était bonne mais des zones d’ombre persistent. Les contrats de consulting et les contrats commerciaux, par exemple, représentent des honoraires très élevés pour les médecins leaders d’opinion. Or, les laboratoires n'ont pas d'obligation légale à en rendre publics les montants.

La transparence totale ne changera rien pour les industriels et pour leur activité, mais elle changera tout pour l'information des malades. Aujourd'hui, on a encore au moins 18 000 morts par an en France à cause des médicaments, et 200 000 reconnus par la Communauté européenne, c'est un désastre.

Prônez-vous une grande réforme de l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), souvent pointée du doigt lors des scandales pharmaceutiques, et une remise à plat du système français actuel ?

Depuis le Mediator, je note une volonté réelle de la part de la nouvelle direction de l'ANSM en faveur de plus de transparence. Mais ses moyens sont limités par la loi, et il faudrait instaurer, comme aux Etats-Unis, une base de données transparente des missions et des honoraires des médecins qui travaillent pour l'industrie pharmaceutique.

A long terme, je prône un Grenelle du médicament, en France et en Europe. Si l'Europe, qui pèse 30 % du marché pharmaceutique mondial, décrit des nouvelles règles, les industriels changeront leur ordre de développement et vont se déplacer des médicaments de type "me-too" (qui ont la même activité thérapeutique sans être identiques, ndlr) qui rapportent beaucoup d'argent aujourd'hui, vers des médicaments dont on aura vraiment besoin demain.

Propos recueillis par Elodie Vallerey

Le Dr Bernard Dalbergue est médecin, cadre médical au sein du laboratoire Schering-Plough (racheté par l’américain Merck en 2009) pendant douze ans. Il a notamment été responsable médical pour la France du Victrelis, un traitement contre l'hépatite C. Il est en procès avec MSD (la filiale française de Merck) depuis son licenciement en 2011.

 

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