LA TERRE D'ÉLECTION DE LA LOGISTIQUE
Par PAR GENEVIÈVE COLONNA D'ISTRIA - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3266Géographiquement stratégique, l'Auvergne attire les entreprises de transport-logistique, séduites par ses infrastructures et ses parcs d'activités.
En Auvergne, on n'a pas (encore) le TGV, mais on a des autoroutes ! Grâce à ses 40 000 kilomètres de réseaux routiers et autoroutiers, la région a vu fleurir de nouveaux business ces dernières années. Comme celui du transport et de la logistique, gourmand en bitume et en surfaces disponibles. Une chance qu'offre l'Auvergne à ses « hôtes » de plus en plus intéressés par ses infrastructures. Pour preuve, quelque 600 entreprises spécialisées dans ce secteur emploient plus de 9 000 personnes. Et la tendance va crescendo, malgré la crise. Dernier exemple en date, l'installation du géant allemand de la messagerie Dachser dans le Puy-de-Dôme [lire l'interview page suivante]. Le groupe a choisi, parmi plusieurs dizaines de propositions en France, le parc d'activités de l'Aize à Combronde, au nord de Clermont-Ferrand, à seulement quelques centaines de mètres de la croix autoroutière A 71 (Paris-Clermont) et A 89 (Lyon-Bordeaux). En implantant ici son unique hub français sur un terrain de 60 000 mètres carrés, le troisième du genre en Europe après ceux de Sarrebruck en Allemagne et de Bratislava en Slovaquie, Dachser fait un pari sur l'avenir. « L'Eurohub de Clermont-Ferrand est la vitrine d'un modèle de production inédit en France, insiste Frédéric Dumort, le porte-parole de Dachser France. Cette plate-forme centrale au coeur de l'Hexagone permet d'offrir une logistique très compétitive. Elle relie les principaux centres économiques français et toutes nos agences très rapidement, soit entre 24 et 48 heures. À terme, des liaisons directes sont attendues, non seulement avec l'Allemagne et la Belgique, mais aussi avec l'Espagne, l'Italie, les Pays-Bas et le Portugal. » Déjà 116 collaborateurs ont été recrutés. D'autres pourraient suivre rapidement.
Cercle vertueux
À Combronde, les élus locaux ayant misé sur le développement économique autour de l'échangeur autoroutier se félicitent d'avoir fait ce choix, pourtant controversé il y a encore dix ans. « C'est vrai qu'au début, les entreprises de logistique n'étaient pas très bien vues, car elles réclament souvent de grosses surfaces foncières et créent peu d'emplois. Mais les esprits ont évolué, avance Sylvain Lelièvre, le directeur du parc de l'Aize. Dachser a amorcé un cercle vertueux. Son implantation, qui fut la première sur le parc, en a entraîné d'autres en cascade. Notre objectif est d'agrandir notre zone d'activités pour passer à 160 hectares d'ici à 2025. Grâce à cette extension, nous tablons sur une prévision de 1 000 à 1 200 emplois dans les dix à quinze ans. Peut-être avant. » L'agglomération clermontoise a bien compris l'intérêt de sa position géographique stratégique, qui la place désormais au carrefour des bonnes affaires. Dès 1996, le premier parc d'activités entièrement dédié à la logistique qui voit le jour dans la région s'installe logiquement à proximité de la croix autoroutière nord-sud - est-ouest, à la périphérie de la capitale auvergnate. Aujourd'hui, le parc logistique Clermont-Auvergne, géré par Clermont Communauté, couvre 150 hectares, héberge 38 entreprises et un millier d'emplois. Parmi les sociétés les plus emblématiques, le groupe de transports Plane et ses 110 salariés, ou encore Omnitrans et ses 85 salariés. Une troisième extension, actuellement à l'étude, finirait de placer le parc de Clermont-Auvergne parmi les plus importants du centre de la France.
D'autres entrepreneurs, comme les groupes Désamais (distributeurs de produits de bricolage) et SCA Centre (centrale d'achats alimentaires pour tous les centres Leclerc de la grande région), ont aussi fait le pari de l'Auvergne il y a déjà plusieurs années. À eux deux, ils génèrent plus de 400 emplois dans l'Allier. Un filon que le département du nord de l'Auvergne exploite sans complexe. L'Allier, le deuxième département de la région le plus concerné par l'activité autoroutière, dispose désormais de sept parcs à vocation logistique ou industrielle, chacun ayant sa spécificité propre. Un huitième, en train de sortir de terre à côté de Moulins, sur une surface de 184 hectares, permettra d'accueillir encore de nouvelles entreprises d'ici à la fin 2012.
« La centralité de la région, les dessertes autoroutières avec la mise à deux fois deux voies progressive de la Route Centre Europe Atlantique (RCEA), sa position à mi-chemin entre les grands bassins de consommation (Paris, Lyon, Montpellier), l'essor de l'e-commerce et notre disponibilité foncière à faible fiscalité sont autant d'arguments qui nous permettent de jouer à fond cette carte du transport et de la logistique, analyse Florian Bernard, le responsable de la prospection et de l'activité industrielle au Comité d'expansion économique de l'Allier. Dans notre département, la filière a déjà permis d'attirer 136 entreprises et 2 560 emplois pour un chiffre d'affaires de 250 millions d'euros. » Preuve que l'avenir économique de l'Auvergne s'écrit aussi le long des autoroutes qui la traversent.
On est toujours plus forts à plusieurs ! En 1994, l'association Auvergne Logistique Développement (ALD) voit le jour à Clermont-Ferrand sous l'impulsion d'entrepreneurs locaux conscients qu'ils tiennent un filon d'avenir. Transporteurs, messagers et logisticiens venus des quatre départements de l'Auvergne s'unissent afin de décrocher des marchés nationaux et internationaux. Leurs forces ? La mutualisation des moyens et l'hyperréactivité. « L'association permet de répondre à des appels d'offres en commun. Pour cela, nous n'hésitons pas à créer des structures spéciales pour répondre à certains marchés », explique Éric Thevenet, coprésident d'ALD. L'association réalise 300 millions d'euros de chiffre d'affaires, comprend 3 000 salariés, 2 600 cartes grises, et propose 280 000 mètres carrés de stockage.
BERNHARD SIMON, porte-parole de la direction de Dachser
Qu'est-ce qui vous a décidé à vous implanter en Auvergne ? La situation géographique et la formidable opportunité de se retrouver à la croisée de deux autoroutes nord-sud/est-ouest. L'Auvergne ne connaît aucun problème d'embouteillages routiers comme on peut en voir dans le nord de la France ou à la frontière italienne. Et les pouvoirs publics nous ont beaucoup aidés et soutenus, y compris financièrement, en nous donnant 700 000 euros sur un investissement total de 10 millions d'euros. Quelles sont vos perspectives de développement en Auvergne ? Nous avons créé une centaine d'emplois, auxquels nous devrions ajouter une trentaine d'embauches d'ici à trois ans avec le lancement des lignes européennes. Un nouveau site devrait voir le jour d'ici à la fin 2012. Nous comptons monter en puissance avec 200 salariés d'ici à cinq ans. On ne veut pas seulement développer le transit de marchandises. Nous souhaitons aussi déployer notre business propre, avec des missions de stockage, d'entreposage et de préparation des commandes. La logistique est-elle encore un secteur d'avenir ? C'est l'un des seuls secteurs qui connaît une croissance constante ! On peut le comparer à celui de l'automobile. La logistique industrielle, ce ne sont pas que des chauffeurs routiers. Nous avons aussi besoin d'ingénieurs, de managers, de techniciens spécialisés.
La filière transport-logistique auvergnate compte 600 entreprises et génère 9 000 emplois.

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