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LA TECHNOLOGIE, CLÉ D'ENTRÉE DE VALEO

Par À NANJING, ANNE LÉVEILLÉ - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3231
Contrairement aux idées reçues, les voitures chinoises ne sont pas sous-équipées. Valeo n'hésite donc plus à proposer ses innovations en même temps en Europe
Contrairement aux idées reçues, les voitures chinoises ne sont pas sous-équipées. Valeo n'hésite donc plus à proposer ses innovations en même temps en Europe
© PHOTOS D.R.

L'équipementier fait des constructeurs 100 % chinois une cible prioritaire. Il va investir massivement dans ses 18 usines locales. Objectif : doubler son chiffre d'affaires entre 2009 et 2013.

Quelques pas dans la nouvelle usine de transmissions Valeo près de Nanjing suffisent à comprendre les ambitions de l'équipementier en Chine. Vu de l'extérieur, l'immense bâtiment gris blanc et vert de 10 500 m2, aux couleurs du groupe, joue la carte de la modernité. À l'intérieur, les 535 employés s'affairent sur des lignes souvent manuelles, avec comme objectif de livrer en temps et en heure les commandes qui ne cessent d'augmenter. Affichant, à fin 2009, 450 millions d'euros de chiffre d'affaires en Chine, Valeo y reste certes un acteur mineur face aux 3,17 milliards d'euros d'un géant comme Bosch. Mais il ne veut pas en rester là. Et ce n'est pas un hasard s'il a choisi d'implanter ce site près de celui de Chery, le plus important des constructeurs chinois.

Son but ? Diversifier son portefeuille de clients en ciblant prioritairement ces nouveaux conquérants. Qu'ils s'appellent Chery, Geely ou BYD, ce sont eux qui vont, dans les années à venir, afficher les plus forts taux de croissance de l'automobile chinoise. Et, contrairement aux marques qui travaillent en joint-venture, ces constructeurs ne profitent pas ou peu du savoir-faire des fournisseurs occidentaux. Ils sont donc friands de partenariats durables avec les équipementiers. Une brèche dans laquelle Valeo veut s'engouffrer.

L'équipementier s'est lancé dans l'aventure dès 1994. Valeo était alors trop centré sur l'Europe, un continent qui représente encore 68 % de ses ventes. Sa démarche consistait à suivre VW, GM ou Nissan, ses clients habituels qui s'installaient en Chine en association avec des constructeurs locaux comme SAIC ou FAW. Au fil des ans, Valeo a ouvert 18 sites de production et 8 centres de développement ou d'expertise. Il y emploie 4 400 personnes, dont 400 ingénieurs, soit 11 % des effectifs du groupe. Valeo ne compte pas s'arrêter en si bon chemin. Actuellement troisième marché du groupe derrière l'Europe et l'Amérique du Nord, la Chine doit devenir son premier client.

Une main-d'oeuvre de 7 à 10 fois moins chère

Les objectifs que le directeur général, Jacques Aschenbroich, a fixés à Christian Marsais, son directeur pour la Chine, sont clairs : le groupe doit doubler son chiffre d'affaires d'ici à 2013 et approcher les 3 milliards d'euros en 2020. Pour s'imposer sur le long terme, Valeo entend proposer, grâce à ses trois centres de développement, des produits adaptés à la demande locale. Il veut aussi profiter de son avance technologique pour décrocher des marchés face aux équipementiers chinois. Pour Christian Marsais, « la technologie est l'une des principales recettes du succès en Chine. Sinon, les constructeurs ne nous regardent même pas ! ». L'un des responsables du centre de développement de Shanghai en fait, lui, un avantage concurrentiel : « Les équipementiers chinois savent copier, mais ils manquent encore de créativité et d'inventivité. C'est une chance. » Prudent, Christian Marsais précise : « Des concurrents comme Guihang, Jheco ou Fawer ne sont certes pas encore au niveau, mais ils y travaillent. Ils vont très vite et sont capables de sortir un produit en moins de deux ans. C'est fascinant et il ne faut surtout pas les sous-estimer. »

En attendant, Valeo n'hésite plus à proposer ses innovations en même temps en Europe et en Chine, ce qui n'était pas le cas dans le passé. Le Stop-Start à démarreur renforcé a été ainsi lancé dans l'usine de Shanghai. De même, pour les éclairages LED ou le système d'assistance au parking « Park 4 U ». Contrairement à certaines idées reçues, la Chine n'est pas un marché low cost, où les voitures seraient sous-équipées. Les plus grosses ventes se font dans le segment « C » (VW Jetta, Toyota Corolla...) et celui des SUV est en pleine expansion. Si elle est indispensable, cette offre ne suffira pas à résister face à la concurrence. Valeo le sait et travaille d'arrache-pied à l'amélioration et à la compétitivité de son outil industriel. Installé depuis 1997 à Shanghai, près du géant SAIC, il s'est depuis implanté dans les grands bassins automobiles, à proximité des sites des grandes JV que sont FAW, Dongfeng, Changan ou Guangzhiu. Et ce n'est pas fini puisqu'il prévoit de consacrer, d'ici à 2015, entre 400 et 500 millions d'euros à la Chine, soit 15 à 20 % des investissements du groupe.

Primo, il va fermer son site de Shanghai pour le reconstruire entièrement, en plus grand. En 2007, il inaugure son usine de transmissions de Nanjing, qui sert désormais de « benchmark » pour ses futurs investissements. Nanjing fonctionne aujourd'hui à pleine charge. Mais Valeo dispose de 30 000 m2 supplémentaires pour l'agrandir, en fonction de l'évolution de la demande. Avec une main-d'oeuvre de 7 à 10 fois moins chère qu'en France, le groupe est certain d'atteindre vite son retour sur investissement, en limitant l'automatisation aux postes pénibles. Valeo applique, comme partout dans le groupe, le « Valeo production system ». Inspiré du modèle Toyota, il vise à garantir les process et la qualité des pièces. Les opérateurs multiplient les contrôles pour repérer, avant la sortie de chaîne, les éventuelles défaillances liées au montage manuel. Selon les dirigeants, l'usine affiche un taux de qualité légèrement meilleur que les autres sites du groupe. Mais des progrès restent à faire pour respecter à la lettre les « 5 S », cette organisation chère à Valeo, qui impose un environnement de travail où tout est propre, rangé et ordonné.

LA VRAIE BONNE IDÉE

RECRUTER DES SALARIÉS NATIFS DE LA RÉGION Valeo a mis deux ans pour former les 500 salariés de son usine de Nanjing à ses méthodes. Confronté comme beaucoup à un turn-over important, le groupe français privilégie dans ses recrutements les salariés natifs de la région de Nanjing pour éviter les départs non contrôlés notamment lors des fêtes du nouvel an.

LES AMBITIONS DU GROUPE

Réaliser un chiffre d'affaires de 920 millions d'euros en 2013 et de 3 milliards en 2020, contre 450 millions d'euros en 2009 Investir 450 millions d'euros d'ici à 2015

« Racheter pour mieux se protéger »

JACQUES ASCHENBROICH, directeur général de Valeo Comment peut-on s'imposer sur le long terme en Chine ? Par notre technologie et la qualité de nos produits. Les constructeurs chinois veulent monter en gamme et exporter. Ils ont besoin de nous pour se mettre à niveau et proposer des produits zéro défaut qui limiteront leurs coûts de garantie. Comment fidéliser cette clientèle ? Les relations sont longues à mettre en place et le dialogue local doit être permanent si l'on souhaite assurer nos positions à long terme. Il faut surtout être très réactif car si une réponse tarde, ils n'hésitent pas à aller ailleurs. Peut-on se protéger face à la concurrence des équipementiers locaux ? Il faut déterminer dès à présent ceux qui vont devenir dangereux, et se préparer à les acquérir. Le problème est qu'aujourd'hui, leur valorisation est exorbitante car ils sont tous certains d'être le futur numéro un mondial.

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