"La taxe Tobin profitera à l'industrie si elle est appliquée à la zone euro"
Par Morgane Remy - Publié le
La proposition d'une taxe Tobin, inventée dans les années 1970 puis revendiquée par les altermondialistes, sort désormais de la bouche du président Nicolas Sarkozy. Aujourd’hui elle permettrait de prélever un impôt sur les transactions financières pour renforcer le budget de l’Europe… mais aussi favoriser l’investissement.
Une taxe Tobin sur les transactions en bourse pour faire rentrer de l'argent dans les caisses de l'Europe? C'est ce que prévoit le couple "Merkozy" pour repenser le système financier tout en remplissant les caisses de l'Europe. Mais, "les activités directes de financement des entreprises, et notamment des PME, seraient touchées", prévient Paris Europlace, un organisme représentant les marchés financiers français.
"Ce n’est qu’une accusation de lobby financier, dénonce Benjamin Coriat, professeur d’économie à l’université Paris 13. Il joue le jeu de leur profession mais la taxe limitera la spéculation sans pour autant limiter le financement des entreprises".
A l’origine, la taxe inventée par le prix Nobel d’économie James Tobin en 1972 avait effectivement pour but de limiter la spéculation sur les transactions financières en les imposant faiblement de 0,01 à 0,03%. Les placements spéculatifs des institutions financières qui pratiquent des allers et venues pour de petits profits seront moins rentables.
Favorable à l'investissement
"La finance peut supporter une telle taxe et cela allégerait les déficits publics. Mais surtout, la taxe Tobin permettrait de remettre la finance au service de l’industrie en encourageant les placements longs termes qui deviendront plus intéressants. Il s'agit en fait de remettre l’investissement productif au cœur de notre économie", explique le professeur.
"Effectivement, nous essayons désormais de revenir au modèle rhénan", complète son pair Henri Sterdinyak, à l’Observatoire français de la conjoncture économique (OFCE). Nous avons longtemps suivi le modèle britannique basé sur la finance et aujourd’hui, avec cette taxe, nous retournons vers le modèle rhénan, celui où la banque privilégie le financement productif."
Une taxe qui doit être européenne
Les deux économistes, tous deux membres du collectif "Les économistes atterrés", pensent cependant que cette taxe ne vaudra pas grand-chose si la France la fait seule, de son côté. Car pour le moment rien n’est sûr. Nicolas Sarkozy a indiqué, vendredi, ne pas vouloir "attendre que tous les autres soient d’accord". Puis, lundi 9 janvier, le président et la chancelière Angela Merkel ont affiché à Berlin leur union sur le principe de cette taxe mais ils continuent toujours à diverger sur la façon de l’appliquer.
Angela Merkel veut un mouvement commun aux pays membres. Nicolas Sarkozy souhaite, quant à lui, "montrer l'exemple". Montrer l’exemple à condition qu’il soit suivi, rappelle Henri Sterdinyak. "Le faire tout seul dans notre coin ne sert à rien. La taxe Tobin profitera à l’industrie si elle est appliquée à la zone euro". Sans cela, ajoute Benjamin Coriat, "la taxe Tobin appliquée seulement à la France n'aura aucun impact et restera un effet d'annonce avec un effet économique très faible".

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