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La taxe carbone est abandonnée

Par Ana Lutzky - Publié le
taxe carbone focus

Pour ressusciter en France, il faudra qu’elle soit européenne, a annoncé le premier ministre François Fillon ce 23 mars. Les industriels sont soulagés.

François Fillon a annoncé aux députés UMP l'abandon du projet de loi portant sur une contribution climat énergie, plus connue sous le nom de taxe carbone. Le premier ministre s'exprimait à huis clos devant des députés réunis dans un salon du Palais Bourbon. Selon plusieurs participants à la réunion, le premier ministre a indiqué que cette taxe devait être européenne "pour ne pas plomber la compétitivité" des entreprises françaises. Or la conclusion d'un accord européen sur l'introduction d'une taxe communautaire est jugée illusoire par les diplomates.

Après les « teasers » lancés par le président de la République Nicolas Sarkozy puis  le ministre du budget Erica Woerth, passé depuis au ministère du Travail, c’est donc chose faite.  Adoptée par le Parlement puis censurée par le Conseil constitutionnel à la toute fin de l'année 2009, la loi instaurant la taxe carbone a été largement critiquée par les membres de la majorité. Certains l'ont même désignée comme l'une des causes de la déroute de la majorité aux élections régionales.

Réactions

Les désespérés. La secrétaire d'Etat à l'écologie, Chantal Jouanno, a affirmé qu'elle n'était "pas en phase" avec la décision de François Fillon. "Je suis désespérée de ce recul, désespérée que ce soit l'écolo-scepticisme qui l'emporte, a-t-elle déclaré. C'était possible de le faire en France avant de le faire en Europe. C'est ce qu'on avait prévu à l'origine, c'est ce que d'autres pays comme le Suède ont fait", a-t-elle ajouté.

"Voilà donc et sans plus d'explications la taxe carbone enterrée par le premier ministre", affirme dans un communiqué Laurence Rossignol, secrétaire nationale du Parti socialiste à l'environnement. Selon le PS, "progressivement ce sont les engagements du Grenelle, qui, un à un, se dissolvent".

Dans une lettre ouverte à Nicolas Sarkozy, les associations du réseau Action climat (Greenpeace, WWF...) estiment que "l'abandon de la taxe carbone scelle la mort du Grenelle [...]. Les négociations sur le climat de Copenhague nous ayant laissés sans cadre de coordination internationale, il est impératif de mettre en place des politiques climatiques nationales structurantes. La médiatisation étant retombée, l'enjeu du changement climatique se situe désormais bien loin des priorités du gouvernement."

Les soulagés.
En revanche, le patronat applaudit. "Nous sommes soulagés, notamment pour toute l'industrie, qui n'aurait pas supporté ce nouveau handicap de compétitivité", a expliqué la présidente du Medef, Laurence Parisot, dans un communiqué. "Nous avons su convaincre", a-t-elle ajouté. Début février, Laurence Parisot avait demandé au gouvernement un sursis jusqu'en 2011 du projet de taxe carbone, pour ménager la compétitivité des entreprises.

"C'est une très bonne nouvelle pour les entreprises", a également réagi Yvon Jacob, le président du Groupe des fédérations industrielles. "La taxe carbone était une curieuse chose qui allait en sens inverse de cette volonté politique" d'améliorer la compétitivité des entreprises françaises, car "elle aurait eu pour résultat d'alourdir très sensiblement les coûts de production de l'industrie française", a-t-il ajouté.

Le directeur général de l'Union des industries chimiques, Jean Pelin, a quant à lui estimé : "Ce n'est pas parce que la taxe carbone, qui était en fait une pénalité économique supplémentaire, est apparemment enterrée que les industriels ne sont pas responsables en terme d'émissions de gaz à effet de serre". Se disant "perplexe" sur la création d'une taxe carbone au niveau européen, il a par ailleurs rappelé que l'industrie chimique française avait réduit ses émissions de gaz à effet de serre de 45 % de 1990 à 2005 et comptait encore les réduire de 25 % d'ici à 2020.
 

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