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La soif d'eau des mégalopoles

Le 14 février 2008 par Agathe Remoué | L'Usine Nouvelle n° 3088

Besoin d'eau potable et de traitement des eaux usées. L'urbanisation croissante génère un marché qui n'est pas prêt de se tarir pour les sociétés de services spécialisées, comme les deux leaders mondiaux, Veolia et Suez Environnement.

«Chaque jour, la planète compte 200 000 naissances... et 185 000 habitants de plus dans les villes », rappelle Jacques Blein, directeur investissements et projets chez Suez Environnement. Seulement 58 % de la population mondiale ont accès à des réseaux d'eau potable et 36 % bénéficient de traitement de leurs eaux usées. Fournir les usines et les réseaux nécessaires est d'autant plus compliqué que la croissance des grandes villes est explosive. Bombay, qui compte 18 millions d'habitants devrait passer à 26 millions d'ici à vingt ans pour devenir la deuxième plus grande ville du monde, après Tokyo. Un casse-tête pour les gestionnaires des villes, mais un marché florissant pour les Suez et autres Veolia qui alignent les contrats.

Le dernier obtenu, fin janvier, par Degrémont (Suez) concerne la réalisation et la gestion pendant quatre ans d'une nouvelle usine d'eau potable à Bombay. Un marché de 59 millions d'euros. Cette station devra alimenter quatre millions d'habitants de la capitale économique indienne.

Globalement, les investissements mondiaux pour le développement d'unités de production d'eau potable devraient atteindre 125 milliards de dollars en 2016, selon l'étude Global Water Market 2008 du consultant britannique Global Water Intelligence. Si beaucoup d'efforts d'équipement ont été faits ces quinze dernières années dans les grandes villes, le traitement des eaux usées, lui, est souvent différé, malgré son importance sur la dégradation des rivières, l'alimentation ou la mortalité infantile.

L'assainissement est d'ailleurs le marché de l'eau avec la plus forte croissance pour les dix prochaines années. Avec une moyenne de 7,2 % par an, il devrait atteindre 140 milliards de dollars en 2016 selon Global Water Market 2008. Pour accélérer le processus, les Nations Unies ont déclaré 2008 « année internationale de l'assainissement » et lancé un programme d'aide au financement de projets. L'objectif : raccorder la moitié des 2,6 milliards d'êtres humains qui n'ont pas encore accès à l'assainissement d'ici à 2015. Un besoin qui ne concerne pas que les pays en développement. Au Japon, par exemple, 30 % de la population ne sont pas reliés à un réseau d'assainissement selon Global Water Intelligence. Au bord du cauchemar écologique, « la Chine vient de lancer un grand plan d'investissement », note Antoine Frérot, le directeur général de Veolia Eau. Ce groupe espère bien décrocher de nouveaux marchés dans ce pays où il dessert déjà en eau potable ou en assainissement 21 millions d'habitants.

L'Europe centrale gros client

En Chine, les investissements en nouvelles unités d'assainissement doubleraient entre 2006 et 2016 pour atteindre près de 10 milliards de dollars. Parmi les autres régions en pointe : les pays d'Europe centrale. Lors de leur adhésion à l'Union européenne, ces Etats ont eu quinze ans pour mettre leurs installations aux normes. Entrée dans la communauté en 2004, la Pologne devra présenter des installations impeccables en 2019. Varsovie a ainsi choisi Veolia Eau pour l'extension de son usine d'assainissement. Un contrat de 148 millions d'euros pour le français.

Outre la Pologne, la Roumanie a aussi de gros investissements devant elle. Avec 15 % de croissance annuelle, c'est même le deuxième marché mondial par son dynamisme... après l'Arabie saoudite selon Global Water Market 2008. A son entrée dans l'Union, en 2007, le marché de l'eau y représentait à peine 507 millions de dollars. Il devrait grimper à 1,8 milliard en 2016. Qui a dit que l'eau n'avait pas de prix ? .

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