La situation des SSII s'améliore mais la pression sur les prix persiste
Le 01 septembre 2010 par Christophe Dutheil
Altran et GFI, deux poids lourds français de l'ingénierie et des services informatiques, viennent de publier des résultats semestriels encourageants. La croissance est de retour. Mais la pression sur les prix s'est encore accrue, selon les spécialistes.
Sans triomphalisme, Yves de Chaisemartin, PDG d'Altran, vient de présenter les résultats du groupe qu'il dirige pour le premier semestre 2010. Ils ne sont « pas exceptionnels », a-t-il prévenu d'emblée, en soulignant malgré tout une « dynamique positive » sur plusieurs aspects. A périmètre constant, le chiffre d'affaires d'Altran (plus de 17.000 collaborateurs) est resté stable sur les premiers mois de 2010 (à 709,2 millions d'euros) par rapport au très difficile premier semestre 2009. La perte nette a dans le même temps été ramenée à 27,9 millions d'euros, contre 30,2 millions un an plus tôt.
Un deuxième trimestre de reprise
La situation s'est surtout améliorée au printemps. Après un début d'année houleux, le deuxième trimestre 2010 laisse espérer, selon Yves de Chaisemartin, « une sortie du tunnel » : le chiffre d'affaires a progressé de 8% à périmètre constant en France. Mieux, « la croissance est de retour dans les pays nordiques, où Altran avait la meilleure rentabilité avant la crise », a-t-il expliqué. Et « il est très agréable - après ce que l'on a connu - de pouvoir enfin dire que l'automobile se porte bien, de même que l'aéronautique ».
Dans les services informatiques, de bonnes nouvelles viennent aussi redonner un peu de baume au coeur aux dirigeants de GFI Informatique (9 324 collaborateurs en 2009). Le groupe vient en effet d'annoncer qu'il « a vu ses indicateurs d’activite? remonter au deuxie?me trimestre ». Résultat, son chiffre d'affaires atteint 336,8 millions d'euros sur les dix premiers mois de l'année, contre 333,33 millions d'euros un an plus tôt.
« C'est un bon signe », selon Simon Philibert, analyste chez Pierre Audoin Consultants (PAC), qui estime que « différents indicateurs sont en train de passer du rouge à l'orange ». Pour lui, après avoir connu une décroissance de 3% l'an dernier, le marché des services informatiques (maintenance, conseil, intégration de systèmes, infogérance et tierce maintenance applicative) devrait « retrouver son souffle cette année » : « Nos interlocuteurs DSI nous signalent que leurs budgets informatiques seront plutôt revus à la hausse cette année et les ventes de logiciels et les prestations de conseil repartent ».
Le grand « n'importe quoi » persiste sur les prix
Mais il reste plusieurs zones d'ombre concernant les tarifs. « Nous avons subi une pression tarifaire importante au premier semestre, en particulier sur notre activité d'assistance technique, et cela devrait continuer », indique par exemple Yves de Chaisemartin chez Altran. La situation est parfois « intenable », soupire de son côté Simon Philibert : « Dans certains secteurs, comme les télécoms, c'est un peu le grand n'importe quoi. Les donneurs d'ordres ont profité de la crise pour mettre une énorme pression sur les SSII ». A la situation économique globale s'ajoute, d'après lui, « une tendance des directions achats à envisager le coût des prestations de service au travers du prisme de l'offshore, pour lequel les prix sont forcément beaucoup moins élevés. L'argument est souvent utilisé pour tordre le bras des SSII ».
Vente à perte
Dans certains cas, la situation « est si grave qu'elle aurait récemment pu conduire des sociétés d'ingénierie vers des phénomènes de vente à perte », renchérit Emmanuel Arnould, président du Geicet (Groupement européen de l'ingénierie et du conseil en technologies). « Il y a eu sur un compte précis un phénomène tout à fait exceptionnel pour le métier : toutes les grandes sociétés consultées ont globalement refusé d'accéder aux énièmes baisses de tarifs demandées », explique-t-il, sans dévoiler le nom de l'entreprise cliente incriminée (un grand groupe du secteur de l'électronique industrielle).
La raison ? « Les directions achats ne comprennent pas toujours très bien ce qu'est l'ingénierie et font un amalgame tarifaire entre ce qu'elles peuvent voir en Inde ou en Chine... Elles cherchent à imposer ce qu'elles estiment être un juste prix aux sociétés d'ingénierie. Tant que l'on était en situation de crise importante, on ne pouvait pas faire autrement. Mais maintenant que les affaires reprennent un peu, certaines sociétés vont avoir du mal à trouver des ingénieurs car elles ne seront plus servies par leurs prestataires, qui ne peuvent pas accepter de vendre à perte ».
Christophe Dutheil
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