La semaine du social et du management
Le 09 septembre 2010 par Christophe Bys
Passées les bornes...
Une fois n’est pas coutume, le social c’est d’abord des chiffres. Le nombre des manifestants le 7 septembre d’abord, les écarts entre les estimations de la police et celles des syndicats variant du simple au double. En l’espèce cela fait une différence d’un million ! C’est à ces détails qu’on mesure la qualité d’une démocratie sociale...
L'autre chiffre qui concentre toutes les attentions est celui de l’âge légal de départ à la retraite et celui du départ à taux plein, les deux bornes auxquels le gouvernement ne veut pas toucher. Le président de la République l’a redit le 8 septembre. Il en va de l’équilibre financier du système par répartition, tandis que les syndicats aimeraient bien que l’une ou l’autre, voire les deux âges limites restent en l’état. Ce même 8 septembre, ils ont appelé à une nouvelle journée de manifestation le 23 septembre prochain.
A défaut de changer ces deux données, le président de la République a indiqué sur quels points la négociation pourrait porter : pénibilité, carrières longues et poly pensionnés. La pénibilité, tout le monde est pour. Derrière cette unanimité se cachent deux approchent différentes. Le président de la République, en abaissant de 20 % à 10 % le taux d’invalidité qui donnera le droit à une retraite à 60 ans, il confirme l’approche retenue. La pénibilité sera appréciée individuellement et un effort de prévention sera consenti.
En attendant la retraite,
Les données publiées par l’Apec mettront peu de baume au cœur des cadres. L’année passée a été celle du retour du chômage des cadres et de son corollaire : la modération salariale. Ainsi, seulement 39 % d’entre-eux ont été augmentés en 2009 (contre 51 % en 2008). Pourtant, la part de cadres se disant satisfait de leurs rémunérations n’a que peu bougée (58 % début 2010 contre 61 % un an avant). On peut y voir un signe de la sagesse des cadres, avertis de la situation économique. A moins que la satisfaction par rapport à la rémunération ne dépende pas tant du niveau absolu du salaire reçu que de sa position relative. Dans le deuxième cas, la modération salariale n’a pas d’effet sur la satisfaction aussi longtemps que les collègues sont logés à la même enseigne.
Le cabinet Hewitt a publié pour sa part son enquête annuelle sur les révisions salariales. Réalisées auprès d’un échantillon réduit (153 entreprises), elle indique que le taux d’augmentation de salaire moyen a atteint 2,6 % en 2009. Et il ne faut pas compter sur 2011 pour obtenir une amélioration. En effet, le taux moyen de progression anticipée est de 2,6 %. Dans un tel contexte, nombre de cadres et de non cadres pourraient être tentés de quitter leur entreprise, d’autant que le marché de l’emploi donne quelques timides signes d’amélioration. Ceci expliquerait pourquoi, toujours selon Hewitt, les augmentations accordées l’an prochain le seront davantage sous forme de bonis individuels plutôt que de hausses collectives. La politique salariale sera aussi un outil pour retenir les meilleurs...
L’impossible concentration du salarié
L’archaïsme n’est pas là où l’on croit dans le débat sur la retraite, l’âge légal et la pénibilité. Législateurs et partenaires sociaux restent majoritairement dans un cadre où le temps de travail est défini et séparé du reste de la vie… Une conception du travail qui prévalait dans les années 50. Pourtant, le travail a changé de nature. L’ordinateur triomphe, à tel point qu’une étude réalisée par Sciforma révèle que 93,3 % des salariés déclarent passer plus de 4 heures devant leur ordinateur. Ce chiffre élevé s’explique : le questionnaire étant en ligne, il surreprésente vraisemblablement les salariés équipés.
Ceci étant, un autre résultat est inquiétant pour les entreprises et pour la santé des salariés. Entre deux tâches, l’une urgente et l’autre importante, 71 % des personnes ayant répondu déclarent hiérarchiser en fonction de l’urgence ! C’est dire si nos conceptions de la pénibilité devraient être amodiées. L’omniprésence de l’ordinateur a au moins deux conséquences : une séparation de moins en moins nette entre vie professionnelle et vie privée et une plus grande exposition au stress. En moyenne, un salarié recevrait toutes les 12 minutes une information qui le divertirait de son travail. Banal pour la génération Y ? Une source de tension pour les quinquas et les sexas ? A quand la prise en compte du nombre de courriels reçus dans la définition de la pénibilité ?
Christophe Bys
Découvrez comment la Finlande fait travailler ses seniors numéro 3204 p.46
Préparez vous à savoir
Le 15 septembre, la fondation Concorde recevra Hervé Mariton qui indiquera comment faire de la France un pays favorable à l’innovation.
Du 11 au 15 octobre se tiendra à Nanterre la première édition du festival Lumières sur le travail. Un festival qui conjugue films « sociaux » et travaux universitaires. Pour plus de renseignements : http://www.lumieres-sur-le-travail.fr

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