La sécurité d'approvisionnement en électricité menacée en Europe
Par Astrid Gouzik - Publié le
Le cabinet de conseil Capgemini a rendu sa publication annuelle sur les marchés de l'électricité et du gaz. Après une année 2011 chargée en événements, l'Observatoire européen des marchés de l'énergie met en garde contre une éventuelle pénurie d'électricité cet hiver.
"L’année 2011 a été riche en événements qui rendent la situation énergétique complexe à analyser et encore plus difficile à prévoir", explique Colette Lewiner, directrice internationale du secteur énergie, en préambule du rapport annuel de CapGemini. L’observatoire européen des marchés de l’énergie, publié mercredi 26 octobre, a pour objectif de suivre les principaux indicateurs des marchés de l’électricité et du gaz, ainsi que de surveiller l’équilibre entre l’offre et la demande.
Pour ce qui concerne l’année 2011, ces marchés ont été fortement perturbés par deux événements. D’abord, le soulèvement populaire dans certains pays arabes, notamment parmi les producteurs d'huile et de gaz comme la Libye, la Syrie et le Yémen, a créé quelques tensions sur les marchés. La crainte la plus forte était bien sûr que ce mouvement se propage aux pays du Golfe. Puis c’est l'accident nucléaire de Fukushima, au Japon, qui est venu perturber le marché de l’énergie. Les remises en cause du nucléaire ont commencé à se faire plus pressantes. Le rapport de CapGemini souligne donc les répercussions que ces événements ont eu - et auront - sur le marché de l’énergie.
Les projets nucléaires iront à terme
Après Fukushima, de vastes opérations d’inspection de sûreté sont lancées dans les centrales du monde entier. En mai, l’Allemagne annonce une décision drastique : elle arrête immédiatement ses sept réacteurs les plus anciens. Elle prévoit ensuite une sortie toale du nucléaire pour 2022. Puis suivent l’Italie et la Suisse qui imposent un moratoire sur l’énergie nucléaire.
Néanmoins, de nombreux pays comme la Chine, la Corée du Sud, la Russie, la Grande-Bretagne et la France confirment leur engagement dans le nucléaire. Selon CapGemini, plus des trois quarts des 62 réacteurs actuellement en construction dans le monde sont situés en Asie (28 en Chine, 5 en Inde, 5 en Corée du Sud, 2 au Japon) et 10 en Russie. Ces pays sont confrontés à d’importants besoins en énergie, ils devraient donc tous poursuivre ces projets, à l’exception du Japon.
C’est la raison pour laquelle le cabinet d’étude affirme que les réacteurs programmés seront construits. Il faut s’attendre toutefois à un certain retard dans le calendrier.
Des pannes d’électricité pendant l’hiver ?
"La fermeture immédiate d’une partie du parc nucléaire allemand constitue une menace pour la sécurité d’approvisionnement en électricité de l’Europe.", note Colette Lewiner. En effet, depuis l’arrêt de ses réacteurs, l’Allemagne a commencé à importer de l’électricité depuis ses pays voisins. L’hexagone lui fournit 2000 MW par jour. Pour le moment, cela ne pose pas de problème particulier, les centrales nucléaires produisent suffisamment d’énergie.
Mais qu’adviendra-t-il si l’hiver se fait rigoureux ? Car pour chaque degré perdu à l’extérieur, 2300 mégawatts de puissance supplémentaire sont nécessaires, soit plus de deux réacteurs nucléaires. Durant les périodes de pointe de consommation (aux alentours de 19h), la France importe jusqu’à 8000 mégawatts, principalement d’Allemagne. Or ce ne sera plus possible dans les années à venir.
Interrogé par le député NC Pascal Brindeau lors des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, Eric Besson a estimé que le risque des pannes d'électricité était "réel", mais qu'il ne fallait ni le surestimer par "catastrophisme" ni le sous-estimer en restant "vigilants".
25% de gaz dans le mix énergétique
La consommation mondiale de gaz devrait augmenter de 50% entre 2011 et 2035, affirment de conserve CapGemini et l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Et sa part dans le mix énergétique devrait augmenter de 4% pour atteindre les 25%. En effet, le drame de Fukushima devrait conduire au développement des énergies renouvelables. Mais les centrales au gaz pourraient se tailler une belle part dans le mix énergétique grâce à ses coûts de production moins élevés.
Reste que pour atteindre les 20% d’énergies renouvelables dans la consommation finale d’énergie, l’étude recommande aux gouvernements des pays européens de s’inspirer du Royaume-Uni et instituer un prix plancher pour les permis d’émission de CO2.

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