La sécheresse menace aussi la bonne marche des centrales nucléaires
Par Ana Lutzky - Publié le
Le spectre de la sécheresse plane sur la France. Huit départements ont déjà imposé des restrictions d'usage de l'eau. Parmi les centrales nucléaires, celles situées en bord de rivière doivent prendre un certain nombre de précautions. Le niveau d'eau en baisse rend moins aisé leur refroidissement, et leur impose des baisses de puissance.
EDF, l'opérateur des centrales nucléaires, doit s’adapter. Plus fragiles aux aléas caniculaires que celles en bord de mer, les sites situés en bord de rivière doivent prendre des mesures. C'est le cas de celles qui jalonnent le Rhône ou la Loire, et de celle de Civaux située sur les berges a proximité de Bordeaux.
La sûreté avant tout
Premier impératif pour ces centrales : mesurer le débit du cours d’eau. A plein régime, les 4 centrales françaises situées sur la Loire (Belleville, Dampierre, Saint Laurent des eaux et Chinon) puisent par exemple entre 3 et 10 mètres cubes par seconde pour refroidir leurs installations. Elles en restituent une partie au fleuve, le reste étant rejeté dans l’atmosphère sous forme de vapeur.
La ministre en charge de l’Ecologie a annoncé hier 21 avril la convocation d’un « comité sécheresse » pour la mi-mai. Et les prévisions de Météo France laissent présager une situation tendue pour les mois à venir.
Un "Comité de gestion de débits de crise" coordonne également l’action des barrages en amont. Il planifie des lâchers d’eau afin de maintenir un niveau d’eau suffisant sur le fleuve. Par ailleurs, le préfet peut décider d’arrêter certaines activités pour préserver l’eau potable. Pour l'instant, aucune action n'a dû être entreprise, indiquent EDF et l'ASN. Voici ce qui pourrait arriver néanmoins.
effets de seuil
En-dessous de 30 mètres cubes par seconde, l'affaire se corse. Les centrales doivent stocker leurs effluents radioactifs dans des bâches et attendre que le fleuve se renfloue avant de pouvoir les rejeter. Un recours temporaire, qui leur permet de tenir plusieurs semaines. Mais si les stockages sont pleins, il faut arrêter les réacteurs. Cela n’est jamais arrivé jusqu’à présent, selon Rémy Smyslony, adjoint au chef de vision en charge du pôle REP à l’ASN d’Orléans.
Ultime seuil de sûreté sur la Loire : les 15 mètres cubes par seconde. C’est le débit minimal qui permettrait de refroidir le cœur des 12 réacteurs des centrales qui jalonnent le fleuve en cas d’arrêt brutal. Si toutes devaient s'arrêter, ce serait 20% de la puissance électrique française qu'il faudrait trouver ailleurs.
Mais les centrales s’arrêteraient bien avant pour des raisons techniques. Ainsi, en dessous d’un certain seuil (25 mètres cubes par seconde pour les centrales de la Loire), la fréquence de nettoyage des échangeurs stipulée dans le "code de la route" de l’industrie nucléaire poserait problème. Elle obligerait l’exploitant à ouvrir ses échangeurs thermiques deux fois par jour. Il n’aurait plus intérêt à faire fonctionner la centrale. A l'heure actuelle, on en est loin.
la température de l'eau compte aussi
Autre source de préoccupation pour l'exploitant des centrales : l'élévation de la température du cours d'eau, après mélange avec les eaux provenant des circuits de refroidissement. Elle ne doit pas excéder, en général, 1 à 2 °C par rapport à la température amont.
Sur le Rhône, le seuil de la norme de rejet est une valeur absolue : 28 °C. Si le cours d'eau a déjà atteint cette température, la centrale doit réduire voire arrêter la puissance de ses réacteurs. C’est ce qui avait poussé EDF à demander des dérogations lors de la canicule en 2003. Le groupe public d’énergie les avait obtenues auprès du gouvernement "par précaution", afin de "maintenir la sécurité d'approvisionnement en électricité sur le territoire". Il a même dû arroser de l’extérieur les réacteurs, en raison de la chaleur ambiante.
A la recherche de plans B
A court terme, échaudé par cette expérience, EDF s’emploie à trouver d’autres moyens de produire de l’électricité en cas d'extrême urgence. Lors de la canicule, deux centrales à cogénération avaient dû être mises en route en pleine panique. Depuis, chaque année, l’électricien négocie avec Dalkia et Cofely les conditions auxquelles ces entreprises seraient disposées à redémarrer leurs installations en cas de nécessité.
Sur le papier, le prix tourne autour de 120 euros le MWh. Soit deux fois le prix de gros de l’électricité négocié sur le marché. Des petites centrales de pointe fonctionnant au fioul domestique peuvent aussi être lancées. En pratique, ce dispositif n’a jamais fonctionné depuis la canicule de 2003.
2 réactions
Emma30 | 27/04/2011 - 09H46
Des effluents radioactifs ???? Vous êtes sûrs ??? J'habite à côté de Pierrelatte, heureusement pas près du Rhône, mais quand même !
FT144 | 26/04/2011 - 11H16
Ce qui montre bien qu'il faut diversifier nos sources d'énergie.
Alors que l'Allemagne a mis en place un moratoire sur le nucléaire, la France, elle, a établi un moratoire sur le solaire.
En cas de canicule où par définition on a beaucoup de soleil, avec le manque d'eau, on ne peut plus compter sur l'hydraulique, cet article nous apprend qu'on ne peut plus compter sur le nucléaire et on a gelé le solaire.
Cherchez l'erreur !
Le plan B est tout trouvé : il faut remettre en selle le solaire !!!

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