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La science humaine

Par PAR LAURENT GUEZ - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3264

Après l'espace ou les ministères, Claudie Haigneré a commencé une nouvelle vie, à la tête d'Universcience, l'établissement regroupant le Palais de la découverte et la Cité des sciences, chargé de développer la culture scientifique pour tous. Un défi de plus pour cette surdouée déterminée.

Sans casque ni combinaison, Claudie Haigneré est en train de réussir une mission digne d'un voyage dans l'espace : le rapprochement du Palais de la découverte (150 collaborateurs) et de la Cité des sciences (près de 1 200 salariés). Depuis février 2010, elle préside en effet Universcience, le nouvel établissement public qui coiffe ces deux joyaux de la République. Deux vénérables institutions qui ne veulent ni qu'on les fonde, ni qu'on les confonde. Leur transformation prendra du temps, mais elle est en marche.

Dans cette odyssée managériale, l'ancienne ministre de la Recherche a quelques atouts : aura d'exploratrice, charme, simplicité, crédibilité, détermination... Il y a encore quelques années, on pouvait lui trouver un défaut : trop parfaite. Première de la classe à l'école, au lycée, en fac de médecine, au Cnes, à l'Agence spatiale européenne. Ministre en 2002, d'abord à la Recherche, puis deux ans plus tard aux Affaires européennes... Le pire moment. Le rejet par référendum du traité de Lisbonne, en mai 2005, lui vaut d'être brutalement remerciée. Son premier choc. Trois ans après, nouvelle épreuve, personnelle cette fois (un « burn-out » qui a failli lui coûter la vie). Ses fêlures l'ont rendue encore plus irrésistible.

Elle qui fut la première Française dans l'espace savoure désormais des victoires terrestres. À force de persuasion et de lobbying, Universcience a ainsi décroché un financement de 50 millions d'euros issus des investissements d'avenir pour développer la culture scientifique et technique partout en France. Ça tombe bien, c'est depuis toujours sa passion. « Lors d'une mission spatiale, vous devez apprivoiser la technologie : les mécanismes d'amarrage, les contrôles d'étanchéité, les supports-vie... Je suis devenue ingénieur. Innover pour innover, ça ne m'intéresse pas vraiment. En fait, c'est le progrès qui me motive et que j'appelle innovation responsable. Beaucoup de ces innovations visent à augmenter l'homme. C'est passionnant. Mais jusqu'où faut-il aller ? », s'interroge l'ancienne chercheuse en neurologie.

Scientifique technophile

« Claudie Haigneré est une scientifique tournée vers la technologie, estime Louis Gallois, le président exécutif d'EADS, également président de la Fondation Universcience. Or c'est très difficile de lier les deux. Elle exerce avec doigté sa mission, qui consiste à réunir le Palais, avec sa culture ancienne, et la Cité des sciences, plus orientée vers la technologie et l'industrie. En France, ces deux cultures sont parfois trop éloignées. » Pour ne pas froisser les équipes de la Cité ou celles du Palais, la présidente soigne son discours. Un mot sur la techno, un autre sur la science : « La recherche, c'est aller gratter des points d'ignorance », lance-t-elle joliment.

Elle a fait l'essentiel de sa carrière dans la fonction publique, mais a appris à évoluer dans tous les milieux, y compris l'industrie. Elle et son mari, l'astronaute Jean-Pierre Haigneré, comptent parmi leurs proches Bruno Revellin-Falcoz, l'ancien numéro deux de Dassault Aviation, aujourd'hui président de l'Académie des Technologies, ou encore Clara Gaymard, la patronne de General Electric France. Une vraie fan : « Claudie est le parfait alliage entre le coeur et la raison, explique-t-elle. C'est une stakhanoviste, personne ne peut la berner. Son mode de management est fait de ténacité et de patience. Avec elle, un oui est un oui, un non est un non ! » Les entreprises l'intéressent, bien sûr. Depuis 2007, elle siège au conseil d'administration de Sanofi, où elle est le seul médecin. À l'Agence spatiale européenne, déjà, elle fréquentait les champions de l'espace, de l'électronique et des télécoms, découvrant l'importance d'une politique industrielle. Dans ses fonctions actuelles, entretenir des réseaux dans l'industrie ne peut pas faire de mal. Sur les 135 millions d'euros de budget d'Universcience, le mécénat représente 4 millions.

Après avoir exercé plusieurs métiers, elle découvre celui de manager. « Avec sa personnalité rayonnante, Claudie cumule élégance et intelligence, deux formidables atouts pour diriger une entreprise ! En plus, elle a l'esprit pratique des ingénieurs », affirme son ami Michel Barnier, qui fut son ministre de tutelle au Quai d'Orsay. L'actuel commissaire européen au Marché intérieur et aux Services n'a rien oublié de cette époque : « Travailler ensemble était un vrai bonheur : c'est une femme pro et sympa à la fois. » Serait-elle extraterrestre ?

EN QUELQUES MOTS

Magnétique. Le charme de Claudie Haigneré opère tout seul. Elle n'a rien à faire. Méthodique. Pour réussir sa mission, elle agit patiemment, pas à pas. Numérique. Intelligence artificielle, « serious games », médias numériques... Pour elle, ce sont les nouveaux territoires à conquérir.

Michel Barnier, commissaire européen

« Travailler avec elle est un vrai bonheur : c'est une femme pro et sympa à la fois. En plus, elle a l'esprit pratique des ingénieurs. »

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