LA SAMP, VICTIME DE SA DÉPENDANCE
Par HASSAN MEDDAH - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3268La PME n'avait qu'un client : la Direction générale de l'armement. Après avoir investi 9 millions d'euros, son dirigeant s'estime lâché par l'État.
Des millions d'euros investis par l'État, la visite de soutien d'un ministre, l'octroi de contrats de R et D... Pour quel résultat ! La Société des ateliers mécaniques de Pont-sur-Sambre (Samp), qui a compté jusqu'à 33 salariés, a licencié ses ouvriers et stoppé son activité de fabrication à la fin 2011. Un épilogue d'autant plus inattendu que cette PME du Nord est le seul fournisseur de bombes du Rafale ! La forge qui fabrique les bombes qui ont été larguées en Afghanistan et en Libye par l'armée française est en cours de démontage. Des négociations sont en cours avec des industriels étrangers en vue de transferts technologiques. Seule subsiste une activité de bureaux d'études avec 15 ingénieurs.
Après avoir investi 9 millions d'euros depuis 2003, le dirigeant Christian Martin, 66 ans, estime avoir été lâché par l'État et la Direction générale à l'armement (DGA), son seul client. Un revirement incompréhensible selon lui, après de nombreuses marques de soutien. En 2009, dans le cadre du plan de relance, Hervé Morin, alors ministre de la Défense fait le déplacement dans le Nord. Le ministre de la Défense de l'époque ne vient pas les mains vides : une commande en anticipation de 1 200 corps de bombe (soit près de dix-huit mois de production) et un contrat d'études sur trois ans pour le développement de bombes de nouvelle génération. Soit un soutien de l'ordre de 6 millions d'euros pour pérenniser l'entreprise. « Après avoir reçu ces aides, j'avais embauché, raconte Christian Martin. Un an plus tard, on me signifie qu'il n'y a plus de commandes à attendre. Sans le moindre préavis. » L'arrêt des commandes annonce la fin inéluctable de la Samp. Des critiques que rejette la DGA, qui estime avoir recommandé maintes fois à son fournisseur de se diversifier ou de s'adosser à un autre industriel, voire d'exporter. « On me reproche de ne pas vendre à l'export, alors que l'État et Dassault n'arrivent pas à exporter le Rafale », s'offusque le dirigeant de la PME. La DGA aurait déjà lancé un processus de recherche d'un fournisseur à l'étranger. À l'heure où les candidats à la présidentielle vantent le « Produire en France », Christian Martin est écoeuré et la Samp coulée.

dans la même rubrique
27/05/2012 Un mastère à l’international nuclear academy27/05/2012 Le papetier qui veut protéger les forêts
27/05/2012 Production












