La Russie fait les yeux doux aux industriels français
Le 11 juin 2010 par Yann Le Houelleur
© D.R.
L’homme fort de la Russie, Vladimir Poutine, a effectué une visite officielle à Paris, alors que l’Année France-Russie bat son plein. Les Russes se plaignent d’une présence insuffisante des entreprises tricolores sur leur territoire et ils aimeraient convaincre leurs partenaires d’être plus ouverts en matière de transferts de technologie.
La visite à Paris du Premier ministre russe est le temps fort de l’Année France-Russie, une série d’événements dans tous les domaines qui se succèdent depuis janvier 2010. Ce séjour en France de Vladimir Poutine sera suivi le 19 juin prochain d’une série de discussions bilatérales dans le cadre du Forum économique de Saint-Pétersbourg auquel participera Nicolas Sarkozy.
Entretiens à l’Elysée, à Matignon, rencontre avec des chefs d'entreprise français et avec la presse, etc.: c’est au pas de course que l’homme fort de la Russie a parcouru les étapes de l’agenda touffu qu’avaient préparé les autorités des deux pays, dont le moment le plus éblouissant fut l’inauguration de l’Exposition nationale russe au Grand Palais, le jeudi 10 juin.
Cette expo se veut la vitrine de la Russie contemporaine, pays dont la première lettre scintille au fronton des fameux BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine). Cette fédération aux dimensions continentales, ne l’oublions pas, est une économie émergente que convoitent bien des entreprises en quête de nouveaux territoires de croissance. «Nous pouvons faire encore mieux», a professé François Filon. Le premier ministre français a évoqué les échanges économiques entre la France et la Russie, qui ont quadruplé depuis le début du millénaire.
Sur ce marché, comme ailleurs, la France, malgré les immenses sympathies (culturelles, en premier lieu) qu’elle suscite a un peu de mal à tenir le rythme, face à l’offensive des autres investisseurs. Les Japonais, les Chinois et les Britanniques, en particulier, y mettent le paquet.
DIVERGENCES, NOTAMMENT AUTOUR DU MISTRAL
A Moscou, la Mission économique (liée à l’ambassade de France) donne une idée du retard à combler. Bien que de tels chiffres datent de 2008, la situation ne doit pas avoir évolué beaucoup depuis leur publication. Avec une part de marché de 3,8 %, la France était le neuvième fournisseur de la Russie. Elle occupe la dixième place (seulement) parmi les investisseurs, concentrant en priorité ses efforts dans l’intermédiation financière, l’industrie manufacturière, l’industrie automobile ou agroalimentaire et la grande distribution.
Malgré les belles envolées oratoires qui ont jailli lors de la visite à Paris de Poutine, des divergences sérieuses subsistent au plus haut niveau entre Français et Russes sur plusieurs dossiers économiques, notamment l’achat par la Russie du Mistral. Ce porte-hélicoptère avait accosté à Saint Petersbourg en novembre, une escale de trois jours destinée à montrer ses capacités de manœuvres. Les Russes souhaitent en acheter un exemplaire, puis le dupliquer dans leurs propres chantiers navals.
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Ce sont bel et bien à de grandes manœuvres politico-économiques auxquelles on assiste aujourd’hui: le gouvernement russe exige un transfert de la technologie embarquée à bord de ce bâtiment naval, faute de quoi d’autres grands contrats pourraient s’embourber ou ne pas se concrétiser.
En fait, Moscou nourrit le rêve d’un grand partenariat avec l’Hexagone qui s’avère épineux par certains aspects. Les Russes déplorent une trop grande frilosité sur leur marché de la part des investisseurs tricolores. Raison pour laquelle Vladimir Poutine s’était fait accompagner, dans la capitale française, d’un aréopage de chefs d’entreprise issus de toutes les branches d’activité dans son pays. «De nouveaux contrats peuvent se présenter pour les sociétés françaises encore absentes de Russie», avait averti, quelques semaines plus tôt, le vice-président russe de l’Industrie, Stanislav Naoumov. «Je voudrais par exemple que les producteurs français d’articles pour enfants viennent en Russie.»
AVTOVAZ-RENAULT ET MAINTENANT NISSAN
Le ministre de l’Industrie, dans une interview à des journalistes français, avait tressé des lauriers, par contre, au partenariat stratégique entre Renault et AvtoVaz. Coïncidence: au lendemain de l’inauguration de l’exposition nationale russe, Renault annonçait que ce partenariat serait désormais étendu à Nissan. Depuis février 2008, la marque au losange détient un quart du capital de ce consortium automobile. AvtoVaz, dont la Lada est la voiture star, s’impose comme le premier constructeur automobile dans l’ex-empire des tsars. Sa production devrait se hisser à 1,7 million d’unités cette année.
Autre offensive tricolore réussie en Russie: au premier trimestre 2009, Alstom Transport a annoncé son entrée dans le capital de Transmashholding, dont il a pris également 25 %. Cet accord ouvre ainsi la voie, pour le Français, à un ambitieux programme de modernisation des Chemins de fer russes, l’un des premiers réseaux ferrés au monde.
Le secteur de l’aéronautique n’est pas en reste dans les négociations tous azimuts entre Paris et Moscou. «Nous espérons que les engagements concernant les moteurs français pour notre projet du Sukhoi Superjet seront rigoureusement respectés», a exprimé Stanislav Naoumov. La société Hélicoptères de Russie, a ajouté le ministre, est également intéressée par une coopération plus approfondie avec Turbomeca.
PROJETS DE GAZODUCS AVEC EDF ET GDF-SUEZ
Reste le chapitre, si sensible, de l’énergie. Lors du forum appelé à se tenir bientôt à Saint Petersbourg, il sera question d’une participation des groupes EDF et GDF-Suez dans deux projets majeurs de gazoducs: Nord Stream (via la Baltique) et South Stream (via la mer Noire) approvisionnant l’Europe occidentale en gaz russe.
Russie.net, un site spécialisé dans l’actualité russe, précisait récemment la dimension internationale de tels projets. «South Stream est piloté par le groupe italien ENI et le russe Gazprom.» Or, selon ce média électronique, le principal marché d’écoulement du gaz de Southstream sera… l’Italie du Nord. EDF pourrait prendre une participation à hauteur de 20 % dans ce consortium. Mais tout se passe comme si les discussions ne faisaient que commencer.

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