La riposte d’Air France face à l’assaut des compagnies low cost
Par Hassan Meddah - Publié le
Pour proposer des prix attractifs tout en conservant la qualité de son service, Air France va baisser les coûts opérationnels de son service court et moyen-courrier de 15%. Au menu, des avions qui volent plus, des temps d’escale réduits et une productivité accrue du personnel.
Des prix attractifs pouvant rivaliser avec ceux des compagnies low-cost tout en conservant la qualité du service Air France! La compagnie tricolore en fait le pari. "Nous sommes fortement concurrencés sur notre activité court et moyen-courrier. Nous allons développer des réponses avec des tarifs bas pour être attractifs", explique Pierre-Henri Gourgeon, directeur général d’Air France-KLM. Ainsi dès le 2 octobre, elle va proposer des vols à partir de 50 euros TTC en aller simple à partir de Marseille. Ces vols desserviront aussi bien des villes en province (Biarritz, Brest…) que dans le bassin méditerranéen (Istanbul, Beyrouth…) et dans le reste de l’Europe (Copenhague, Prague…). Tout cela, dit-elle sans rien rogner sur la palette de ses services gratuits et la plupart du temps facturés par ses concurrents low-cost : mise à disposition de journaux, bagage enregistré gratuit, collation offerte, choix du siège...
"Pour baisser nos tarifs dans ces proportions, il a fallu remettre en cause notre système de production. Il nous fallait retrouver des marges de manœuvre et donc baisser nos coûts opérationnels de l’ordre de 15%", explique Bruno Matheu, directeur général délégué commercial de la compagnie aérienne.
Pour réduire ses coûts, Air France va développer trois actions. Primo, faire voler plus longtemps ses avions. Selon un crédo bien connu des compagnies aériennes: plus un avion vole, plus il rapporte. En moyenne, les avions volent aujourd’hui 9H00, ils voleront désormais 12H00 par jour. En partant désormais des différentes bases de province (Marseille, Toulouse, Nice, Bordeaux) et non plus d’Orly uniquement, les premiers vols pourront se faire plus tôt le matin et les derniers retours plus tard le soir. Pour son nouveau service, Air France misera uniquement sur des A320 et A319 pour rationnaliser ses coûts en termes d’entretien et de maintenance.
Segundo, réduire les temps d’escale. Les équipages feront en sorte d’embarquer et de faire sortir les passagers dans des délais plus courts. Au total, l’objectif est de gagner 5 minutes sur les 30 à 35 min que dure l’escale. Rien n’a été oublié : le temps de nettoyage sera aussi optimisé notamment en invitant les passagers à se débarrasser eux-mêmes de leurs journaux dans une poubelle de recyclage prévue à cet effet à la sortie de l’avion. Tout est chronométré. Avant même que l’avion soit entièrement nettoyé, une partie des passagers pourront s’engager dans la passerelle pour gagner du temps. Un double accès pourrait encore faire gagner du temps. En grappillant ces quelques minutes à chaque escale, la compagnie peut ainsi espérer réaliser un vol supplémentaire par jour par appareil.
Tertio, demander des efforts de productivité au personnel, de l’ordre de 15 à 20% à l’heure de vol. Les pilotes ont ainsi accepté une baisse de leur salaire à l’heure de vol. Toutefois avec l’accroissement du trafic, sur une année pleine, ils pourront effectuer plus d’heures de vol, passant d’environ 600 heures de vol par an à plus de 700 heures. Ils gagneront donc plus. Toutefois, les négociations avec les personnels navigants commerciaux (les fameux PNC, soit les hôtesses et stewards) n’ont pas abouti, aucun des trois syndicats n’ayant accepté de signer d’accord avec la direction. L’incrément salarial ne compenserait pas la surcharge de travail liée à la nouvelle organisation. D’ici là, la direction va faire appel au volontariat de ses personnels navigant, commercial, et technique. Avec un atout majeur. Sa nouvelle organisation décentralisée permettra aux équipages de démarrer leur service directement depuis les nouvelles bases régionales et non plus depuis Orly. De quoi éviter des trajets et des frais d’hôtel. Cette facilité devrait séduire une grande partie des 37% des salariés PNC habitant en province.
Après Marseille, Air France ouvrira d’ici le printemps 2012 de nouvelles bases en Province : Toulouse, Nice, Bordeaux… La compagnie fait ainsi le pari de développer sensiblement son trafic en créant 54 nouvelles lignes. "Sur une année pleine, nous tablons sur 4,5 millions de passagers supplémentaires et sur un chiffre d’affaires additionnel de 400 à 500 millions d’euros", explique son directeur général Pierre Henri-Gourgeon. Cela correspond à 40% d’augmentation de son trafic passagers de son activité court et moyen-courrier avec l’objectif de conserver un taux de remplissage de 70%.

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