La révolution du cloud computing
Par PAR PATRICE DESMEDT - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3136Le "cloud computing" propose de mutualiser les systèmes de traitement et de stockage, afin de répondre à tous les besoins informatiques sous forme de services. Une évolution profonde et durable, pour qu'un jour accéder à une ressource informatique soit aussi simple qu'ouvrir un robinet d'eau.
Le « cloud computing » n'est plus un concept brumeux. Les premières applications de « l'informatique en nuage » sont là, les utilisateurs aussi. Et si sa définition reste parfois floue, nombre de technologies qui lui sont nécessaires existent déjà.
En simplifiant, il s'agit d'externaliser complètement son informatique. La puissance de calcul, les capacités de stockage et les applications sont proposées sous forme de « services », généralement en location. Les serveurs et les unités de stockage se trouvent « quelque part » dans le monde, peu importe où : l'utilisateur n'a plus à s'en préoccuper... à condition d'avoir pleinement confiance en son prestataire.
En théorie, le « nuage » pourrait avoir une couverture mondiale. La réalité est plus prosaïque : chaque fournisseur propose son « cloud ». Ainsi, Google, Amazon, IBM, Microsoft ou bientôt Colt proposent des services qui sont physiquement hébergés sur leurs propres serveurs, répartis sur plusieurs centres de données, reliés entre eux. Pour l'entreprise cliente, l'intérêt est d'être déchargée de l'installation et de la maintenance des applications. Et pour un prix moindre. Car les géants de l'informatique possèdent des centaines de milliers de serveurs : les coûts d'acquisition comme de maintenance sont, pour eux, inférieurs à ceux des centres informatiques des entreprises.
UNE SOLUTION POUR RÉALISER DE CONSIDÉRABLES ÉCONOMIES
Des arguments mis en avant par René Bonvanie, le vice-président de l'éditeur de logiciels Serena Software et utilisateur de services de cloud computing. « Mon métier n'est pas d'administrer des serveurs. Nous avons de moins en moins de ressources matérielles en interne, et donc moins de personnel pour les gérer. » Le processus d'externalisation a commencé chez Serena Software il y a deux ans. Dernière application en date, le choix de la messagerie de Google, GMail, à la place de Microsoft Exchange. Les économies sont considérables, estimées à 1 million de dollars sur trois ans. René Bonvanie souligne également la rapidité de mise en oeuvre : moins de quatre mois pour le logiciel de gestion de la relation client Salesforce, là où son prédécesseur, Pivotal, avait demandé deux ans et demi !
Si les utilisateurs intensifs du cloud sont encore rares, les offres de solutions se développent et les sociétés de services suivent, telles Cap Gemini, Micropole-Univers ou Avanade, co-entreprise d'Accenture et de Microsoft. « Beaucoup d'entreprises font appel à l'externalisation et au développement offshore. Pourquoi ne pas aller jusqu'à externaliser l'ensemble de l'informatique ? » s'interroge Thomas Berthelot, ingénieur e-business chez Micropole-Univers.
Cap Gemini, qui dispose déjà d'une équipe de 50 personnes spécialisée dans le cloud computing, s'appuie sur l'infrastructure d'Amazon. « Dans un premier temps, nous abordons le cloud computing sur certaines applications, comme support en cas de surcharge de l'informatique de l'entreprise », explique Pascal Exertier, le directeur général infogérance de Cap Gemini. Les grandes entreprises sont les premières concernées, pour des applications de travail collaboratif comme SharePoint (Microsoft), de serveurs d'application comme Fusion (Oracle), ou de tests logiciels comme Test Factory (Compuware).
Mais l'un des principaux atouts du cloud est qu'il est relativement aisé d'associer plusieurs solutions. Par exemple, assembler la gestion de la relation client Salesforce à la géolocalisation et à l'agenda de Google, au sein d'une même application de gestion. Le cloud favorise ces applications composites, des « mashups » dans le jargon des informaticiens. Car les applications liées au cloud computing sont obligatoirement développées en mode web, accessibles depuis un simple navigateur. Ce qui n'est pas le cas, aujourd'hui, de la majorité des progiciels.
LA CONFIDENTIALITÉ ET LA SÉCURITÉ EN QUESTION
Reste que le recours, pour une entreprise, à une solution de type cloud soulève immédiatement des questions sur la confidentialité, la sécurité et la disponibilité des moyens informatiques. D'ailleurs, certains grands acteurs, dont HP et Oracle, ne sont pas du tout convaincus. Christophe Le Cannellier, le responsable de l'offre calcul scientifique de la société de services Euriware, le reconnaît : « J'aurais du mal à assurer le fonctionnement d'une application qui tourne sur des serveurs virtualisés, sur des noeuds de réseau et des serveurs que je ne maîtrise pas. »
Le cloud soulève aussi des interrogations d'ordre légal. Les données hébergées par un serveur relèvent de la législation du pays où se trouve physiquement ce serveur. Que se passe-t-il dans un cloud constitué de plusieurs centres de données répartis dans différents pays ? La question n'est pas uniquement rhétorique. Un pays comme le Luxembourg impose de conserver certaines données dans un serveur situé sur son sol. D'autres pays ont des législations restrictives sur le chiffrement.
« Le cloud au sens large n'est pas adapté aux données confidentielles », insiste Francis Weill, le directeur de la division Colt Managed Services. Ce qui n'empêche pas l'opérateur télécoms de préparer pour la fin de l'année une offre de services de cloud computing, en s'appuyant sur ses 18 centres de donnés répartis en Europe et sur son réseau de 20 000 kilomètres de fibre optique.
Car des solutions existent déjà pour assurer la confidentialité. « Il est important que l'hébergeur soit propriétaire des adresses IP, pour fournir une plage d'adresses spécifique à ses clients. C'est l'assurance que personne d'autre ne peut y accéder », indique Matthieu Demoor, le directeur marketing de Linkbynet, un spécialiste de l'infogérance. Quant à Pi3C, un fournisseur de solutions de gestion de projet et de Product Life Management en mode hébergé, il a recours à 11 serveurs administrés par IBM dans son centre de Montpellier. Ceux-ci sont mutualisés entre les différents clients de Pi3C, qui, de son côté, a sélectionné le logiciel Windchill de PTC parce qu'il assurait une parfaite étanchéité entre ses différents utilisateurs. Par ailleurs, pour répondre aux légitimes réticences vis-à-vis de la sécurité, les fournisseurs s'engagent sous forme contractuelle. « Les données appartiennent au client, rappelle Laurent Guiraud, le directeur technique de Google France. Nous avons mis au point des processus automatiques pour les gérer. » Et Cap Gemini s'engage sur la sécurité dans le cadre de son « Service Level Agreement ».
FAIRE DE L'INFORMATIQUE UNE SORTE DE SERVICE PUBLIC
Rien d'étonnant à ce que le cloud computing soulève des questions : c'est un changement radical dans la manière d'appréhender l'informatique, qui pourrait devenir... une sorte de service public. Qui se soucie d'où vient l'eau lorsqu'on ouvre un robinet ? Ou de comment est produite l'électricité quand on appuie sur un interrupteur ? « Un réseau téléphonique est également une infrastructure mutualisée, utilisée de manière simultanée par un grand nombre de personnes, remarque Laurent Guiraud. Mais toutes les communications sont isolées les unes des autres. » Une vision à long terme, car le cloud computing est encore balbutiant. Pourtant, même Microsoft, longtemps champion de l'architecture traditionnelle, est en train de s'y convertir et prépare sa plate-forme, Azure. Une forme d'adoubement pour une architecture qui pourrait - enfin - simplifier la gestion de l'informatique pour les entreprises. .

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