La révolution de la pomme toujours en marche
Par Morgane Remy - Publié learticles liés
"Après Steve Jobs, le désert"Si le départ en congé maladie de Steve Jobs a fragilisé l’action d’Apple, les résultats annoncés hier montrent que l’entreprise est en excellente santé. Et que son modèle fait encore rêver !
L’action d’Apple reculait hier, mardi 18 janvier, elle repart aujourd’hui. Après une chute de 2,25% en séance en réaction à l’annonce du congé de Steve Jobs, elle rebondissait de 1,48 % à 345,70 dollars dans les échanges électroniques, à la clôture de la bourse de New York.
Cause de ce rebond ? Des résultats exceptionnels annoncés hier soir. En écoulant plus de 16 millions d’iPhone et de 7 millions d’iPad au cours du dernier trimestre 2010, les bénéfices de la société dépassent toutes les prévisions. Le chiffre d’affaires a augmenté de 71 % en 2010, à 26,7 milliards de dollars.
A l’occasion de l’annonce des résultats, Timothy Cook, qui assure l’intérim de Steve Jobs, n’a pas manqué une occasion de rassurer les participants, alors que le groupe garde la plus grande discrétion sur ce qui motive la nouvelle absence de son patron. « Apple travaille mieux que jamais » a-t-il précisé, assurant que « l’équipe (dirigeante du groupe) a une envergure sans pareil ».
Car, il faut bien le dire « la disparition des affaires de Steve Jobs reste le risque majeur anticipé par les investisseurs », explique André Dan, président de Challengy et professeur de stratégie des TIC à Supinfo. Tim Cook cherche a rassuré, « mais il a toujours été étouffé par Steve Jobs au point qu’aujourd’hui, on se sait pas s’il peut prendre le relais durablement ».
Apple est une société autocratique construite autour de la personnalité de son fondateur. « Dans un sens, ce système autocratique fonctionne. Steve Jobs est créatif, apporte énormément d’innovations et son côté « showman » porte la marque à des sommets. Mais la question de l’après reste suspendue », précise André Dan.
Modèles autocratiques
D’autres entreprises sont sur le même modèle, selon le professeur de stratégie des TIC. Oracle a le même fonctionnement et son avenir n’est pas garanti. IBM était aussi construit sur ce modèle autour de son PDG Thomas Watson, qui maintenait un management de fer autour de lui. « La différence est que, dès les années 1980, IBM a su jeter aux orties cette culture de management pour se renouveler face à la concurrence de Microsoft ». Et ce modèle marche aussi : Les résultats de la société annoncés, également hier, sont meilleurs que ceux anticipés.
D’autres sociétés, qui n’existent que grâce à leur fondateur, ont su également éviter la dérive autocratique. « Facebook, définitivement ancré par la personnalité de Mark Zuckerberg, a un fonctionnement plus démocratique. Mais s’il est amené à disparaître, la société n’étant pas encore entrée en bourse, le risque est important ». Chez Microsoft, Bill Gates s'est retiré progressivement en préparant sa succession avec Steve Ballmer. « Il y a eu trois phases : l’introduction du dauphin, la transition et le retrait », précise André Dan.
Pour André Dan, « Apple reste le choucou des investisseurs grâce à sa capacité d’innovation et ses bénéfices mirobolants ». Armand Hatchuel, professeur d’ingénierie de la conception aux Mines ParisTech, confirme ce point de vue : « Même si Steve Jobs n’est plus à la tête d’Apple, le modèle Apple aura définitivement changé l’univers de l’informatique, au sens large du terme ».
Série d'innovations de rupture
« Chaque nouveau produit est comme une nouvelle collection de haute couture. Le produits qui sort est nouveau et est inscrite dans un système de valeurs contemporaines», précise Armand Hatchuel. Steve Jobs a la même approche qu’un grand couturier. Il crée un nouveau produit et les présente lui-même dans un show digne des plus grand défilés. « Avant lui, la technicité était le seul critère d’innovation des produits bruns. Il a introduit le design, le travail des matériaux et un souci du moindre détail. La politique d'innovations en série sont dans l’ADN de l’entreprise et elle survivra à son fondateur ».
Aujourd’hui, cette logique de luxe pour des produits de consommation courante est étudiée, reprise même là où on ne l’attend pas. « A sa manière, Renault a développé des gènes Apple avec des ruptures telles que la Twingo et la Scenic. Et d’ailleurs, c’est déjà ce que font Mercedes et BMW où la voiture est un produit à la fois de distinction et d’appartenance à une certaine communauté », analyse Armand Hatchuel.
Et de conclure : Que ce soit dans l’automobile ou l’industrie en général, « le modèle Apple a changé un système de production. La série des iMac, iPod, iPhone et iPad est un peu la Ford T du XXIème siècle. »

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