Investissement. Sur la commune de Saint-Leu, à La Réunion, les travaux de réhabilitation du musée agricole et industriel Stella Matutina, fermé au public depuis mars 2011, battent leur plein. Un chantier mené sur une dizaine d’hectares, d’un coût de 46 millions d’euros sur trois ans, financés par la Région Réunion. Et un événement majeur pour cette ancienne usine sucrière, qui n’a jamais connu une fermeture aussi longue depuis son ouverture en tant que « musée » en 1991.
Construite à l’origine en 1855 par le docteur Jean Dussac, propriétaire d'un établissement sucrier à la Petite Ravine, c’est en 1956 que Stella Matutina est reprise par La Société des Sucreries de Bourbon. Sous l'impulsion d’Emile Hugot, le « Monsieur Sucre » de l’île, l’usine prend sa forme actuelle et adopte en 1970, le principe d'extraction du sucre par diffusion, alors adapté à la betterave sucrière. Ce sera ainsi la « première » usine de l’île à recevoir un diffuseur pour extraire le sucre de la canne. Mais l'usine, d'une capacité insuffisante, ferme en décembre 1978. Elle ne rouvrira, réhabilitée en tant que musée, qu’en 1991. Encore aujourd’hui, la plate-forme arrière de chargement des cannes fonctionne et les anciennes halles qui la composent abritent de nombreuses machines, représentatives d’une chaîne sucrière des années 1950.
En remettant en scène cet outil, le futur musée, qui rouvrira ses portes sur 4 000 mètres carrés début 2013, veut offrir un instantané d’un processus industriel, mais aussi rendre compte de la dimension humaine de l’histoire sucrière réunionnaise (le musée intègre un important centre documentaire). Ses alentours seront également aménagés en jardin thématique sur la culture de la canne à sucre, tout en y présentant de grosses machines à production d'énergie. « En informant sur les diverses techniques de transformation de la canne, ce musée est totalement complémentaire de la visite des deux dernières usines sucrières en activité sur l’île, précise Arnauld Martin, attaché de conservation à la Région. Ce musée sera, avec les trois autres musées de l’île (notamment la Maison du Volcan), l’un des éléments forts d’attraction pour les touristes. » Puisque de 40 000 visiteurs annuels avant sa fermeture, il espère en accueillir 400 000 à terme.
Le tourisme industriel EST mis en avant
Oubliée donc l’année 2006 et la crise du chikungunya à La Réunion ? « Elle aura eu au moins un avantage, reconnaît Katherine Chatel, la présidente du dynamique Club du Tourisme, celle d’une prise de conscience ! Nous avons perdu cette année-là 30 % de notre fréquentation touristique. La filière a du se structurer, trouver de nouveaux partenariats et une nouvelle dynamique. » Cette île de l’Océan indien, située à seulement 170 kilomètres au sud-ouest de l’île Maurice, attire depuis « différemment ». Par rapport au 1er semestre 2010, si le nombre total de touristes est resté stable (+ 0,15 %), le tourisme d'agrément a lui grimpé de 14,33 %.
En 2010, 420 300 touristes ont été dénombrés. Mais, d’ici à 2015, les autorités régionales souhaitent en accueillir 600 000. Une hausse qui se fera par le biais de changement en profondeur de l’offre, notamment hôtelière, puisqu’il est prévu de construire quelque 2 000 chambres supplémentaires, sur une emprise foncière de plus de 60 hectares. Le « 1er » colloque du Tourisme a seulement été organisé par la commune de Saint-Paul, en décembre 2010. « Nous souhaitons développer le tourisme dans l’île, notamment par le biais de ses entreprises », poursuit Katherine Chatel, une action que nous menons avec l’aide de nos 67 membres, qui représentent environ 2 000 emplois locaux et 22 % du secteur du tourisme.
Parmi eux, les Brasseries de Bourbon et sa célèbre bière locale « dodo » ; les usines sucrières Tereos de Bois-Rouge et du Gol ; La Vanilleraie ; la Saga du Rhum et ses trois distilleries (Savanna, Isautier et Rivière du Mât), détentrices notamment de la marque Charrette, sans oublier les professionnels de l’hôtellerie, de la restauration et du voyage… Des sites industriels que les touristes peuvent visiter à leur guise.
Quelques repères :
• 833 000 habitants (entre 10 000 et 11 000 de plus chaque année)
• PIB/habitant : 17 520 euros
• 420 300 touristes accueillis en 2010 (278 800 en 2006). Pour comparaison, l’île Maurice voisine, en attend 980 000 cette année.
• Dépense totale des touristes en 2010 : 296,3 millions d’euros









