La Réunion attend le plan de relance

Par  - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3152

Faute de nouveaux projets, la fin du chantier de la route des Tamarins plonge l'île dans la crise. La Réunion, qui a été rattrapée par la récession mondiale, ne peut pas encore compter sur le développement durable pour s'en sortir.

La Réunion expérimente le « syndrome hollandais ». Avec la fin du chantier pharaonique de la route des Tamarins, l'île a brutalement plongé dans la crise au deuxième semestre 2008. A l'image de la Hollande, au lendemain de la découverte du gisement gazier de Groningen en 1959. Théorisé par les économistes américains Corden et Neary en 1982, le syndrome hollandais caractérise les petites économies non autarciques recevant soudainement une manne financière très importante qui va, à terme, déformer la structure et les mécanismes économiques.

La route des Tamarins, qui sera inaugurée le 23 juin, en est l'exemple type (voir la carte page suivante). C'est le chantier de tous les records. L'un des plus importants d'Europe : un coût total de 1,3 milliard d'euros pour 34 kilomètres (pour un budget initial de 635 millions). Quatre ponts exceptionnels, trois tunnels, plusieurs milliers d'arbres plantés. A l'horizon 2015, on y attend entre 40 000 et 69 000 véhicules par jour. La fin du chantier a créé un véritable trou d'air et aujourd'hui les terrassiers, les ferrailleurs ou encore les coffreurs se retrouvent sans activité.

Pour l'instant, La Réunion n'a guère profité du plan de relance du gouvernement. Outre-mer, le plan de relance se heurte « à des embarras administratifs », a expliqué, le 10 juin Patrick Devedjian, le ministre chargé de la mise en place du plan de relance. « L'investissement ne se fait pas, notamment dans le logement. C'est le point gris de notre action à ce jour », a-t-il précisé. Patrick Devedjian s'est dit « préoccupé par ce retard. Il est important que ça démarre. » Il a indiqué qu'il irait « sur place le plus rapidement possible, avant les vacances ».

Plusieurs grands travaux reportés

La situation est d'autant plus alarmante que plusieurs autres grands travaux ont été reportés, sinon abandonnés. Le tribunal administratif a aussi annulé la déclaration d'utilité publique d'une partie du tracé du tram-train qui doit relier le nord à l'ouest de l'île afin de soulager le trafic routier. Les premiers coups de pioche étaient attendus dès 2010 (lire encadré page 41). La nouvelle route du Littoral, qui doit relier Saint-Denis à la ville du Port dans l'ouest, n'a toujours pas de tracé définitif.

Sans parler des projets mort-nés, comme le Pôle Océan (un centre commercial géant à Saint-Denis) ou le Zénith (une salle de spectacle également à Saint-Denis). Au total, le manque à gagner sur 2009 pourrait représenter 800 millions d'euros. Par ailleurs, l'aide à la construction de logements a été mise à mal avec la fin programmée de la défiscalisation Girardin. Une véritable catastrophe pour le logement intermédiaire, secteur dans lequel se sont construits le plus de logements ces dernières années. Pour loger les familles réunionnaises, il faudrait ériger entre 25 000 et 30 000 logements au cours des prochaines années (lire « Trois questions à » page 41).

D'autres secteurs sont touchés puisque la crise a fini par rattraper l'île. L'automobile, par exemple, est frappée de plein fouet. Au cours du premier trimestre, les ventes de véhicules neufs ont plongé de 25,6 %. Contrairement à ce qui s'est passé en métropole, la prime à la casse et les nouvelles plaques d'immatriculation n'ont pas entraîné un sursaut en avril et en mai dernier. Les branches véhicules industriels et poids lourds des concessionnaires sont encore plus menacées et les premiers plans sociaux sont déjà programmés.

« Notre branche poids lourds et engins de travaux publics devrait avoir déposé le bilan il y a six mois. Heureusement que le reste du groupe permet de compenser », confie François Caillé, le président du groupe éponyme qui réalise 730 millions d'euros de chiffre d'affaires dans l'automobile, mais également dans la grande distribution. Le tourisme n'est pas épargné. Le trafic aérien à l'aéroport de Gillot a reculé de 3,6 % au cours des quatre premiers mois de 2009. Et dans l'hôtellerie, la situation est encore pire : la fréquentation a chuté de 7,5 % depuis le début de l'année.

La récession a aussi touché la restauration. Après le BTP, c'est le secteur pour lequel le tribunal de commerce a prononcé le plus de liquidations judiciaires depuis le début de l'année. Signe de la morosité ambiante : la TVA collectée dans l'île a baissé de 7,4 % entre les premiers trimestres 2008 et 2009. Pour l'octroi de mer (taxe à l'importation finançant notamment les communes), le recul est encore plus important (- 11 %). L'Institut d'émission des départements d'outre-mer (Iedom) confirme le ralentissement enregistré par l'économie réunionnaise et le moral en berne des acteurs économiques.

Un risque d'explosion sociale

Du côté des entreprises, le tableau n'est pas plus enchanteur. L'Iedom décrit un cercle vicieux : le niveau des carnets de commandes diminue et les délais de paiement s'allongent, ce qui pèse sur la trésorerie. Même constat chez Ipsos Océan Indien, dont la dernière enquête révèle que pour 63 % des Réunionnais, le pire reste à venir. Plus grave : 74 % des personnes interrogées craignent une explosion sociale.

« Le moral des Réunionnais n'a jamais été aussi bas. Contrairement aux Antilles, la soupape de la Cocotte-Minute n'a pas sauté et ça continue de bouillir. On sent un véritable risque d'explosion dans les entreprises », prévient Jean-Paul Brouchot, le directeur général d'Ipsos Océan Indien. Les projets dans le développement durable ne sont pas prêts à prendre le relais pour relancer l'activité. Les chauffe-eau solaires et les projets de fermes photovoltaïques ont le vent en poupe, mais les projets Gerri ou Réunion île verte, qui visent à l'autonomie énergétique à l'horizon 2030, en sont encore au stade embryonnaire.

La Région, la Caisse des dépôts et consignations et le constructeur naval DCNS ont bien débloqué 1 million d'euros pour lancer l'expérimentation de l'énergie thermique des mers, mais l'exploitation industrielle n'interviendra que dans plusieurs années. Un projet d'hydroliennes a également démarré dans la baie de Saint-Paul, dans l'ouest de l'île, à l'initiative de l'Arer (Agence régionale de l'énergie Réunion) et de l'Arvam (Agence pour la recherche et la valorisation marine) avec une concrétisation attendue dans cinq ans. Des études sur la géothermie ont aussi été avancées.

Présentée comme le laboratoire mondial du Grenelle de l'environnement, La Réunion fait face à une urgence totalement oubliée : la gestion des déchets. L'île produit 500 000 tonnes d'ordures ménagères par an et la valorisation (recyclage et transformation en énergie) ne représente que 17 % de ce total, le reste étant dirigé vers deux centres d'enfouissement qui seront saturés en 2014. Dernier problème : les îliens n'ont pas vraiment été sensibilisés aux questions environnementales et aux projets qui y sont liés. Le développement durable n'est donc pas, à court terme, la solution qui sortira l'île de l'ornière.

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