La démagogie est devenue pavlovienne, et inquiétante. En particulier à l’heure où les pouvoirs publics s’apprêtent à définir une nouvelle politique industrielle.
Ce groupe-là est condamné à être exemplaire. On n’ose imaginer ce qui se passerait s’il lui arrivait les drames de Renault et de France Télécom. Ce groupe-là n’a pas intérêt à fermer un site, quand bien même aucun licenciement sec n’en découlerait. Ce groupe-là s’appelle Total, et son projet de stopper l’activité de la Raffinerie des Flandres, près de Dunkerque, a déclenché un tollé. Pourquoi une telle réprobation? D’abord parce qu’il est affreusement riche! Total devrait annoncer la semaine prochaine quelque 8 milliards d’euros de profits nets –sans doute les plus élevés de l’industrie française en 2009. Ensuite parce qu’il est sale et dangereux... Avec AZF, avec l’«Erika», le pétrolier a fait tant de mal. C’est ainsi : quelles que soient les décisions de justice qui lui sont favorables, quels que soient ses efforts déployés pour éviter les souffrances sociales, Total devra toujours s’excuser. Eternelle repentance d’un groupe mal aimé. Eternelle… tant qu’il restera un champion. Deviendrait-il «loser»? Il serait aussitôt absous.
Même François Chérèque, le secrétaire général de la CFDT, un partenaire social intelligent, responsable et constructif, a mis en garde notre pétrolier national en lui assignant d’étonnantes responsabilités : «En cas de fermeture de la Raffinerie des Flandres, Total devra aller plus loin que ses obligations légales», déclarait-il en début de semaine. Mais c’est précisément ce qu’il comptait faire! Zéro licenciement et un plan généreux pour les candidats au départ, eh bien cela ne suffit pas. Selon François Chérèque, les emplois supprimés, y compris chez les sous-traitants, doivent être «reconvertis» à l’intérieur du groupe. Devant de telles exigences et de telles pressions, Total a donc préféré reporter son plan à plus tard, d’autant que le ministre de l’Industrie, Christian Estrosi, hurlait aussi fort que les syndicats : «Le gouvernement sera ferme, et n’acceptera pas la fermeture tant qu’il n’y aura pas de garanties sur la pérennité des emplois.»
Secouer Total rapporte bien plus que le défendre. Mais trop c’est trop. Même si un éditorial de «L’Usine Nouvelle» pèse moins que les réactions épidermiques de l’opinion publique, toujours prompte à dénoncer les superprofits et les licenciements odieux, nous continuerons de pointer la démagogie. Elle est devenue pavlovienne, et inquiétante. En particulier à l’heure où les pouvoirs publics s’apprêtent à définir une nouvelle politique industrielle. D’un côté, une énergie folle et des millions d’euros publics pour une entreprise en ruine, Heuliez. De l’autre, la réprobation générale pour un géant français, rentable et bien géré, qui pour le rester décide d’ajuster son outil sans licencier personne. Il faudra bien retrouver la raison, un jour ou l’autre. Après les régionales ?
jf | 03/02/2010 - 21H18
c'est vrai qu'il est plus important de se taire sur la manière sociale d'agir de certains grands groupes , que de critiquer le gouvernement et une région qui essayent de sauver une petite PME Française qui se bat pour sortir un projet d'avenir et écologique qui pourrait de plus sauver des centaines d'emplois!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Gravier85 | 03/02/2010 - 18H43
Monsieur l'auteur, Venez visiter les "ruines" Heuliez avant d'écrire dessus ! Les seules "énergies folles" dépensées jusqu'à là sont celles des salariés et des sections syndicales pour sauver leur entreprise. On vous attend !


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