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La relance par la quatrième licence

Par Par Hassan MEDDAH - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3138

De nouveaux contrats pour les fournisseurs d'équipements, des minutes moins chères pour le consommateur, des recrutements pour lancer les services... Le quatrième opérateur mobile doit redynamiser le secteur.

Chez les équipementiers et les installateurs télécoms, pas question de laisser exploser sa joie au grand jour. De peur de se fâcher avec les trois opérateurs mobiles confortablement installés que sont Orange, SFR et Bouygues Telecom, qui tiennent le marché. Se féliciter de l'arrivée d'un quatrième opérateur mobile en France pourrait engendrer des représailles...

Pourtant, l'annonce de l'Arcep, le gendarme des télécoms, a tout d'un cadeau tombé du ciel pour un secteur mature et sinistré. Le candidat qui sera retenu d'ici à la fin de l'année devra investir rapidement et fortement, afin de respecter les obligations relatives au déploiement de son réseau, inscrites dans sa licence. « Il ne s'agit pas d'une licence au rabais. Si les dossiers ne sont pas solides, il n'y aura aucune attribution de fréquences », prévient Jean-Claude Mallet, le président de l'Arcep. Le régulateur a ainsi défini une dizaine de critères de sélection, tels la cohérence et la crédibilité du projet, les offres tarifaires et de services, mais également l'emploi.

Hormis pour les trois opérateurs en place, l'arrivée d'un autre concurrent annonce plusieurs retombées économiques significatives pour le consommateur, les équipementiers, les installateurs, les sociétés de services en ingénierie informatique...

Pour le consommateur - 7 % sur la facture

A l'association de consommateurs UFC Que Choisir, on estime que le client sera le grand vainqueur de cette réorganisation du marché. « Avec seulement trois opérateurs, la concurrence ne joue pas et leurs parts de marché n'ont pratiquement pas bougé en dix ans, explique Edouard Barreiro, le chargé du dossier télécommunications à l'UFC Que Choisir. En partant de zéro, le quatrième opérateur va devoir arracher ses clients en proposant des tarifs nettement plus bas. L'espace économique existe, lorsque l'on voit les marges d'environ 40 % des acteurs établis. »

Free, le seul candidat déclaré à la quatrième licence l'a, semble-t-il, entendu. S'il remporte la mise, il s'engage à réduire de 1 000 euros la facture annuelle de téléphonie mobile d'un foyer disposant de trois abonnements, soit une économie de l'ordre de 50 %. Pour leur part, les experts de Bercy sont plus prudents, puisqu'ils misent sur une baisse des tarifs des appels de 7 %.

Pour les fournisseurs Les promesses d'un réseau à construire

Les industriels accueillent l'arrivée d'un quatrième opérateur comme une véritable bouffée d'oxygène. D'une part, le secteur traverse une crise sans précédent ; d'autre part, la France, avec seulement trois acteurs contre quatre ou cinq chez ses grands voisins européens, présentait moins d'opportunités. Les fournisseurs d'équipements réseaux et de services sont donc en première ligne pour bénéficier des futures commandes.

Pour construire son réseau, Free estime à un milliard d'euros le financement initial. Auquel il faut ajouter les investissements pour étendre la couverture territoriale et déployer les dernières technologies... Ainsi, Bouygues Telecom, créé en 1994, a encore dépensé 872 millions d'euros en 2008, essentiellement pour déployer la troisième génération de téléphonie mobile.

Les équipementiers affûtent leurs armes. Ericsson mise sur sa capacité à offrir des prestations de services, allant de la planification jusqu'à la gestion de l'infrastructure pour le compte de l'opérateur, afin d'accélérer le calendrier de l'arrivant. « Nous avons une centaine de références dans ce domaine », avance un porte-parole du groupe suédois. Le chinois Huawei y voit, lui, une occasion unique de s'imposer sur le marché hexagonal. « Vodafone nous a fait confiance en Espagne, Telefonica en Allemagne, Telecom Italia en Italie. Nous n'avons encore percé ni au Royaume-Uni ni en France. Mais on va tout faire pour rectifier cela », explique Christian Paquet, le vice-président de Huawei France. Toutefois la dimension politique du dossier pourrait favoriser l'acteur local Alcatel-Lucent.

Autres vainqueurs désignés liés à la venue du quatrième groupe : les installateurs d'antennes. Un groupe national nécessite de déployer entre 12 000 et 15 000 émetteurs. « Cela triplera le marché de l'installation d'antennes radio, au moins sur les deux premières années du développement », explique un prestataire. Sans oublier les effets induits : « Les trois groupes en place vont réagir. Ils devraient accélérer leurs investissements pour améliorer la couverture et la capacité de leur réseau. » Les récentes décisions de justice exigeant le démontage d'antennes douchent toutefois cet optimisme.

Les sociétés de services informatiques (Accenture, Cap Gemini, Steria...) ont également une belle opportunité à saisir. Le système d'information est la seconde pièce technologique essentielle au bon fonctionnement d'un réseau. « Les opérateurs consacrent 6 à 8 % de leur chiffre d'affaires à l'informatique. Et 40 % de cet investissement concernent directement des prestations de services », indique Frédéric Giron, le directeur du cabinet de conseils Pierre Audouin Conseil.

« L'investissement est indispensable. Il permet de facturer les abonnés et de piloter la stratégie marketing, grâce aux données remontées », explique Stéphane Bret, le directeur de l'activité télécoms de la SSII Devoteam. Elle propose une offre de systèmes d'infor-mation en mode hébergé pour ouvrir les premiers services en trois mois...

Enfin, les PME innovantes pourraient également tirer leur épingle du jeu. « Les opérateurs mobiles n'hésitent pas à ouvrir leur réseau commercial aux PME, qui leur ont apporté des briques technologiques complémentaires à leurs services », explique Angelique Eyheremendy, la chargée des relations grands comptes pour le Pacte PME, dispositif facilitant les relations entre les PME innovantes et les grands groupes.

Ainsi, les offres de cryptologie des données GSM d'Ercom, d'affichage multimédia de Streamezzo, de déploiement accéléré de réseau d'E-Blink sont toutes susceptibles de séduire le quatrième acteur.

Pour l'emploi Des milliers de recrutements à la clé

Des emplois seront créés, mais combien ? Bercy ne se hasarde à aucun pronostic, tant les paramètres à prendre en compte sont multiples. Le principal concerne le profil de l'opérateur. Un acteur qui démarrerait de zéro aurait tout à construire, comme Bouygues Telecom en 1994, qui a recruté 8 600 collaborateurs en quinze ans. Free, déjà établi avec ses équipes, ses process et ses infrastructures télécoms en place, n'aura certainement pas les mêmes besoins de recrutement.

Des milliers d'emplois pourraient cependant être créés, les effets indirects étant loin d'être négligeables. Le déploiement du prochain réseau devrait générer une charge de travail pour 500 à 1 000 salariés chez les installateurs, sur les deux premières années de déploiement. Un équipementier estime à plusieurs centaines de salariés l'effectif à mettre en place, s'il décrochait une part significative du contrat. A cela s'ajoutent des bataillons de salariés pour les centres d'appel, les revendeurs de téléphonie...

« On estime que pour un emploi direct chez un opérateur mobile, il peut en découler deux indirects », explique-t-on à l'Afom, l'Association française des opérateurs mobiles. Depuis son démarrage il y a vingt ans, le secteur a créé environ 95 000 emplois (chiffres à fin 2005) et a généré une trentaine de milliards d'euros d'investissements. .

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