Alors que le canadien RIM lance une grande offensive commerciale, l'utilisation de son téléphone BlackBerry par les émeutiers anglais le place au cœur de l'actualité.
Depuis quatre jours, Londres est ravagée par une série d'émeutes et de pillages. Parmi les réactions, celle du député de Tottenham David Lammy a créé la surprise. Il a demandé la suspension du service de discussion BlackBerry Messenger (BBM). Cette application serait particulièrement utilisée par les casseurs anglais pour se coordonner. La raison est simple : les échanges via BBM sont gratuits et cryptés. Il est plus difficile pour les services de police de les intercepter. Pour David Lammy, cet outil explique pourquoi "des criminels basiques s'avèrent plus malins qu'une force de police bien organisée".
La presse anglaise a recoupé des témoignages, des émeutiers se sont effectivement donné rendez-vous sur BBM avant des pillages. Le téléphone de RIM est très présent au Royaume-Uni : BlackBerry est la marque de mobile favorite de 37% des adolescents britanniques, selon une étude récente.
RIM a réagi rapidement, en annonçant une collaboration avec la police anglaise. "Nous compatissons avec ceux qui ont été touchés par les émeutes de Londres. Nous nous sommes rapprochés des autorités pour les aider du mieux possible", a déclaré un porte-parole de la société.
Une entreprise en crise
Cette exposition médiatique arrive au pire moment pour RIM. Le groupe canadien est en difficulté, la concurrence est de plus en plus rude. L'iPhone d'Apple est désormais plus utilisé que le BlackBerry aux Etats-Unis. Concernant les systèmes d'exploitation (OS) pour smartphones, celui de RIM est aujourd'hui classé troisième, derrière l'Android de Google et l'iOS d'Apple. Le cours de l'action de RIM a été divisé par deux depuis le début de 2011. Fin juillet, le groupe a annoncé la suppression de 2000 emplois, soit 11% de son personnel.
Le 3 août, les dirigeants de RIM ont dévoilé leur plan d'attaque. Cinq nouveaux modèles de smartphones vont être lancés, équipés du dernier système d'exploitation de la marque, BlackBerry 7 OS. Avec cette nouvelle offre, RIM comptait tourner la page des licenciements. Les émeutes à Londres ont débuté trois jours plus tard.
Problème: parmi les arguments de vente de RIM, on trouve la confidentialité accrue des échanges. Ce cryptage qui rend les BlackBerry plus sûrs a toujours été apprécié des hommes d'affaires, la cible historique de RIM. Que vaut cet argument aujourd'hui, quand le groupe décide de communiquer des échanges privés à la police anglaise ?
Le cryptage mis en doute
La sécurité des échanges sur BlackBerry était déjà un sujet médiatique avant la crise sociale anglaise. RIM cherche toujours à trouver un arrangement avec le gouvernement indien, dont les services secrets exigent de pouvoir décrypter les messages issus des BlackBerry. Lors des attentats de Bombay en 2008, les terroristes islamistes avaient utilisé ce téléphone pour communiquer sans risque. RIM cherche justement à se développer en Inde, et doit donc s'arranger avec le gouvernement. Dans un message de blog, la filiale indienne du groupe assure qu'un compromis va être trouvé.
En Arabie Saoudite, la pression du gouvernement a été plus violente. En août 2010, avant même la vague de révolution qui a secoué les pays arabes, les dirigeants saoudiens ont exigé de pouvoir intercepter les messages. En guise d'avertissement, ils ont ordonné aux opérateurs téléphoniques du pays de bloquer brièvement tous les échanges provenant de BlackBerry. RIM a plié et a installé un serveur en Arabie Saoudite. Ce qui permet aux autorités d'y avoir accès sur décision de justice.
Tous ces incidents pourraient donner l'impression que le cryptage des données de RIM est inviolable et capable de faire trembler tous les dictateurs de la planète. Or depuis 2007, les agents de l'administration française ont l'interdiction d'utiliser des BlackBerry. La technologie n'est pas considérée comme assez sûre pour faire transiter des mails confidentiels. Nicolas Sarkozy et Barack Obama, lors de leurs prises de fonction, ont dû abandonner leurs BlackBerry pour les mêmes raisons. De quoi troubler un peu plus l'image de marque de RIM, qui n'avait vraiment pas besoin de ça.









