« LA PRODUCTIVITÉ EST UNE PRIORITÉ »
Par PROPOS RECUEILLIS PAR PIERRE-OLIVIER ROUAUD - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3231
© PIERRE -OLIVIER ROUAUD
Voilà un mois, SEB a annoncé acquérir pour 385 millions d'euros 20 % supplémentaires du groupe Supor, dont il détient 51,3 % depuis 2007. Vincent Taï, patron de Supor, nous a reçu au siège à Hangzhou. Radioscopie d'un groupe de consommation.
SEB va se renforcer encore au capital de l'un des fleurons du pays, Supor. Comment cela est-il vu ici ?
C'est un cas particulier car la marque est connue et la société cotée à Shenzhen. Mais cette alliance est couronnée de succès. L'entreprise se développe, embauche, progresse. Cela compte beaucoup. La famille fondatrice Su reste associée et représente Supor auprès des autorités, c'est important. Et SEB ne sortira pas Supor de la Bourse.
À quoi pensez-vous tous les jours ?
À la croissance ! Pour cela, il faut développer la distribution de nos produits. Nous sommes leader des articles culinaires avec 17 % du marché en valeur et numéro 2 sur des catégories comme les cuiseurs à riz, les plaques à induction, les autocuiseurs électriques ou les bouilloires. Supor est présent dans 20 000 points de vente jusqu'au Tibet ! On doit aller au-delà. Nous développons par exemple un réseau de boutiques Supor en franchise, utilisé aussi pour le SAV. Nous en avons 800 et bientôt 1 000. Cela permet de couvrir les villes moyennes, dites Tier 3 et 4, où le commerce est peu organisé. L'autre sujet, c'est le développement du marché car, en Chine, il n'y a que 4 appareils électroménagers par foyer, contre 12 en Europe. Cela passe par le marketing et l'innovation. Dans notre nouvelle usine de Shaoxing, nous venons d'embaucher 100 ingénieurs R et D. Au total, Supor lance 400 références par an.
Qu'apporte Supor à SEB...
Tout d'abord l'accès au marché chinois et aux autres marchés de la région. Mais aussi une base fiable de produits à bas coûts pour ses marchés. Nous produisons 16 millions de produits et ustensiles pour SEB, surtout pour les États-Unis.
... et SEB à Supor ?
Nous adaptons notamment les innovations du groupe. Par exemple, le Thermo-Spot (témoin de chaleur) est inséré sur nos woks et SEB nous a aidé sur les Cocotte-Minute. Les synergies sont aussi importantes en termes de productivité, de qualité ou de processus industriels. Nos laboratoires sont passés aux standards SEB. Il y a des échanges de cadres ou de la formation interne. Je suis en relation constante avec SEB et son président qui vient souvent ici.
Et en matière industrielle ?
C'est un point clé. Vous le savez, les coûts progressent vite. Le gouvernement veut, à terme, doubler les salaires, c'est très bon pour notre business mais il faut s'adapter et être plus efficace car les matières premières flambent aussi. Or, le marché est ultracompétitif : on trouve des bouilloires à 30 yuans (3 euros). De notre côté, nos prix sont stables ou en légère hausse. La productivité est devenue une priorité, ce qui est assez récent. En matière d'efficacité industrielle, SEB a une longue expérience. Nous avons, par exemple, revu les lignes dans l'usine où vous vous trouvez ici à Hangzhou pour les rendre plus flexibles, introduit des automatismes en sortie des presses d'injection ou déployé le 5S. Le groupe a aussi conçu le site de Shaoxing, qui est entièrement automatisé, et où nous avons investi 50 millions d'euros. Nos salaires progressent de 8 à 10 % mais nous visons 10 à 15 % de gains de productivité par an.
Créé par la famille Su en 1994, Supor est présent sur les ustensiles de cuisine, le petit électroménager et les tables de cuisson. Il dispose de cinq sites, dont un au Vietnam. Il emploie 11 000 salariés et a réalisé, en 2009, 620 millions d'euros de chiffre d'affaires, dont 30 % à l'export et 7,2 % de profit net. Son principal concurrent est Midea. Selon Vincent Taï, Supor progresse plus que le marché « sur les ustensiles de cuissonn, nous sommes à + 15 %, contre + 6 % pour le marché, et à + 40 % pour les produits électriques, contre un marché à + 15 % ». L'an dernier, du fait de sa croissance et des départs, Supor a recruté 5 000 personnes, dont 200 cadres.

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