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La production sur-mesure, nouveau levier de croissance pour l'industrie

Patrice Desmedt

Publié le , mis à jour le 17/04/2013 À 17H14

Enquête Le sur-mesure est un fort argument de vente auprès du grand public comme des professionnels. L’industrie peut jouer sur ce ressort en réorganisant ses processus de conception et de fabrication.

La production sur-mesure, nouveau levier de croissance pour l'industrie
Aménagement intérieur du Falcon à la demande, par Dassault
© Dassault

Le modèle de la Ford T a vécu. Le même produit pour tous, c’est fini ! Pour le grand public comme pour les professionnels, la personnalisation est devenue un indéniable argument de vente. Après l’ère de la fabrication à la chaîne de produits identiques, voici venu le temps de l’adaptation à la demande de chaque client. Un casse-tête pour les industriels, car il leur faut faire du sur-mesure au prix de la série. Ce qui est impossible. Mais en adaptant leur processus de fabrication, ils peuvent associer économie de production et un certain niveau de personnalisation.

Le phénomène touche de plus en plus de secteurs. Dans l’automobile, par le jeu des options, il n’y a presque plus deux modèles haut de gamme identiques. Mini en a fait un argument de vente, quand sa maison mère BMW propose un nombre encore plus élevé de possibilités. Même les produits de la vie quotidienne sont touchés : Evian fournit des bouteilles gravées à la demande, grâce à une technologie laser. Dans ce cas, il s’agit d’organiser un poste de gravure, après la chaîne de mise en bouteille qui reste inchangée. La société Calibag vend, elle, des valises entièrement personnalisables à partir de son site internet : cinq couleurs pour la coque, les roulettes, la poignée principale et les poignées latérales, les patins et le choix d’une décoration parmi 200. Il est également possible de jouer sur les différents éléments proposés et même d’envoyer sa propre création. Les coques sont fabriquées en Asie, les valises assemblées et personnalisées par la suite en France.

Rationaliser la production

Le stade ultime est atteint par la fabrication additive sur des imprimantes 3D. Chaque produit devient alors unique. Les retours vers la série sont rares et la micro-informatique fait figure d’exception. Un constructeur comme Dell a longtemps mis en avant sa capacité à fabriquer à la demande. Sur la chaîne, chaque micro-ordinateur correspondait à une commande précise. Aujourd’hui, avec la pression sur les prix et la force des usines chinoises, la fabrication à la demande est devenue marginale.

Industrie Lyon 2013

Le salon Industrie aura lieu à Lyon (Rhône), du 16 au 19 avril à Eurexpo. Cette année, le salon réunira 850 exposants représentant l’ensemble des filières industrielles : assemblage – montage, soudage, formage – découpage – tôlerie, informatique industrielle, machine-outil, mesure – contrôle, outillage, robotique, traitements des matériaux, sous-traitance. Pour la première fois, un pôle d’expertise sur la vision industrielle réunira les sociétés du secteur. On trouvera, au cœur du salon, l’espace Inside Industrie, avec Eurocopter en invité d’honneur. Dans le cadre d’Industrie 2020, le CEA, le réseau Intercut, le Contrôle non destructif (CND) et l’Insa présenteront des projets qui préfigurent l’industrie de demain. Enfin, la formation occupera une place importante, en association avec les Compagnons du devoir.

 

En revanche, certains industriels font des efforts afin de rationaliser leur production pour cumuler les avantages de la série tout en conservant une certaine personnalisation. Le spécialiste de systèmes de climatisation industriels Lennox y est parvenu, en repartant du bureau d’études. Le fabricant de vérins Serta a lui aussi apporté une uniformisation dans les étapes de conception pour s’adapter aux commandes.

Les constructeurs d’engins de chantier et de chariots de manutention doivent, eux, jouer avec des options comme dans l’automobile. Chez JCB, chaque véhicule réalisé correspond à une commande précise, qu’elle émane d’une entreprise cliente, d’un concessionnaire ou de la filiale française elle-même. Dans tous les cas, il s’agit d’un modèle précis avec une liste d’options, les concessionnaires s’appuyant sur leur expérience pour choisir celles qui sont les plus demandées, afin de disposer de modèles en stock livrables immédiatement. Deux semaines avant la mise en production, il reste possible d’effectuer d’ultimes ajustements. Un délai équivalent à celui établi par BMW… Chaque élément (châssis, flèche, moteur, cabine), quelle que soit l’usine de JCB dans laquelle il est fabriqué, est associé à un engin précis, tandis qu’un flashcode contient toutes les informations nécessaires pour son acheminement et sa livraison. Les gros éléments, comme le châssis ou la flèche, sont accrochés sur une chaîne de production, tous les autres étant placés dans un "trolley" attaché au châssis. Les opérateurs, au fur et à mesure de l’avancée du châssis, installent les différents éléments à partir des instructions fournies par l’écran LCD de leur lecteur de flashcode. Rien que pour la famille des chariots à mât télescopique, JCB dispose de 26 châssis différents.

Le jeu des multiples options

Manitou vient, quant à lui, de lancer sur le marché français la gamme MI de chariots industriels, développés par son bureau d’études de Beaupréau (Maine-et-Loire) et fabriqués en Chine par Hancha. Mais ce produit de série est ensuite personnalisé en Anjou, avec l’ajout des accessoires demandés par le client. Grâce aux options, Manitou propose une personnalisation sur l’essentiel de sa gamme, tout en restant pragmatique. Le constructeur a défini quelques "best-sellers", des chariots standards qui peuvent être produits en l’absence de commande spécifique afin d’être livrables très rapidement, un facteur important pour les chariots simples, objets d’une rude concurrence.

La maîtrise d’une bonne adaptation aux demandes clients est un atout. Dans le secteur de la robinetterie industrielle, les Français brillent sur les petites séries spécifiques, qu’ils fournissent vite et à un coût compétitif en s’appuyant sur une base commune. Buracco Industrial Valves, à Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire), a opté pour un large catalogue de robinets à papillon et de clapets anti-retour. Son robinet à triple excentration a été conçu afin de pouvoir être modifié facilement en fonction des demandes, sans remettre en cause l’outil industriel. Avec cette approche, Buracco exporte 45% de sa production. À Chambéry (Savoie), Guichon Valves poursuit une stratégie similaire avec ses valves spéciales et sur mesure. La PME, qui capitalise sur sa maîtrise technique pour répondre aux desiderata de ses clients, vend ainsi en Chine des produits fabriqués en Savoie.

Les machines-outils s’adaptent aussi à ces contraintes. "Aujourd’hui, les séries sont plus fractionnées qu’auparavant, relève Gilles Bajolet, le directeur général d’Amada France. Nous avons réalisé une étude sur la taille moyenne des lots. Il y a une dizaine d’années, la taille minimale était de l’ordre de 50 pièces, avec des commandes fréquentes de 300 ou de 400 pièces. Aujourd’hui, c’est souvent moins de 40 pièces. Cela nous oblige à proposer des solutions pour accroître la flexibilité de la production. Ce qui passe par l’utilisation de machines intégrées, qui remplacent plusieurs machines distinctes et par un développement de l’informatique."

Le rôle clé du bureau d’études

Il est possible de traiter 80% des programmes automatiquement. Les machines n’ont plus à être programmées, le travail étant effectué en amont par le bureau des méthodes. Ce qui diminue fortement le temps nécessaire à un changement de projet. "Auparavant, les machines ne produisaient que 20% ou 30% du temps, le reste était consacré aux ajustements, explique Gilles Bajolet. Aujourd’hui, pour les lots de petites pièces, l’efficacité a été multipliée par dix, grâce à l’informatique et aux chargeurs automatiques intégrés."

Concilier ce qui semble inconciliable ne doit rien au hasard. Il s’agit d’une décision stratégique, qui affecte la structure organisationnelle de l’entreprise. La volonté de la direction doit accompagner la remise à plat de toute la chaîne de conception et de fabrication. Le bureau d’études doit être associé dès le début, pour imaginer les solutions qui rendront le produit le plus standard et le plus modulaire possible. Dans le cas des grandes entreprises, les équipes de développement des sous-traitants sont associées à la réflexion, car toute la chaîne d’approvisionnement est concernée. Une fois les process établis, les logiciels d’organisation de la production sont une brique indispensable pour assurer le suivi et l’acheminement des pièces. Enfin, le rôle de l’opérateur demeure central, malgré tous les assistants logiciels ou matériels dont il dispose pour l’aider dans son travail. Série ou personnalisation, l’homme reste indispensable !

Patrice Desmedt

"Attention à ne pas perdre son identité"

Georges de Thieulloy, consultant au centre de compétences opérations chez Roland Berger
  • Jusqu’où pourra-t-on aller en matière de personnalisation ?

L’éventail des possibles n’a pas à être illimité. Un industriel doit parvenir à satisfaire le besoin de personnalisation de ses clients sans perdre son identité. Car il n’y a qu’en offrant une expérience visuelle particulière que l’on capte de nouveaux clients. Prenons l’exemple de l’automobile : d’aucuns veulent une voiture sans insigne, mais les fabricants ont tout à perdre à s’engager sur cette voie.

  • La personnalisation de masse aura-t-elle un impact sur la supply chain ?

Oui, car avec la personnalisation de masse les clients deviendront de plus en plus exigeants. Cela suppose à la fois un niveau de qualité élevé, des délais de livraison très courts et une sécurisation des approvisionnements. Pour y arriver, les donneurs d’ordres devront établir des relations encore plus étroites avec leurs fournisseurs.

  • Et si demain tout le monde avait une imprimante 3D ?

Étant donné qu’il faut être proche du client pour répondre rapidement à son besoin, on peut imaginer qu’il y ait, demain, des réseaux d’industriels disséminés à l’échelle d’un pays, voire du monde entier. On ferait donc de moins en moins appel à la sous-traitance dans les pays low cost, qui, par définition, imposent une chaîne logistique très longue. On peut toujours produire plus vite, mais faire venir un conteneur de Chine prend toujours le même temps. Il restera le problème de l’approvisionnement en matières premières. Les Chinois achètent en masse, si les petits acteurs se multiplient, ils vont payer leurs matières premières de plus en plus cher.

Propos recueillis par Frédéric Parisot

 

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