"La politique industrielle doit se concentrer sur des noeuds technologiques"
Par Propos recueillis par Anne-Sophie Bellaiche - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3166
© ETIENNE DE MALGLAIVE/REA
Jean-Christophe Le Duigou est l'un des douze secrétaires de la CGT. Ce haut fonctionnaire fait partie de la garde rapprochée de Bernard Thibault. Il nous livre ses propositions pour l'industrie.
Bernard Thibault, votre secrétaire général, aurait soufflé l'idée des états généraux à Nicolas Sarkozy... Que pensez-vous de leur lancement ?
Il était temps ! Au début le gouvernement voulait boucler l'affaire en deux mois autour de quelques réunions nationales. Nous sommes satisfaits d'avoir été entendus sur l'idée qu'il fallait prendre du temps pour la discussion et intégrer les régions.
Qu'est-ce qui vous a intéressé dans le discours de Christian Estrosi ?
L'approche par filière semble au coeur du débat. Nous la défendons aussi. Les modes de production ont changé. Les entreprises sont interdépendantes. Les branches ne sont plus opérantes quand les innovations technologiques sont transversales. Les relations entre donneurs d'ordres et sous-traitants doivent évoluer. Mais il faudra prendre en compte les salariés.
Dans les choix de politique industrielle, faut-il privilégier des filières et lesquelles ?
La CGT préfère le concept de concentration sur des noeuds technologiques. Par exemple : les matériaux composites, les nano-technologies, le biomédical, les technologies autour des réacteurs nucléaires qui irriguent plusieurs filières. La France en maîtrise certains. Pour choisir, il ne faudra pas se limiter pas aux critères de rentabilité mais évaluer les effets « d'externalité ». C'est-à-dire la capacité d'un noeud à apporter une valeur ajoutée aux autres secteurs. Toutes les entreprises, en France, bénéficient d'un bas coût de l'électricité, grâce au nucléaire.
Que pensez-vous de l'idée d'un crédit impôt innovation ou d'une prime à la relocalisation ?
Nous sommes contre les exonérations et pour une politique qui appuie des projets à partir de choix collectifs. Le crédit impôt recherche coûte déjà 4 milliards d'euros, dont un tiers seulement va à l'industrie. A force d'exonérer, l'Etat n'aura plus les moyens d'offrir aux entreprises les infrastructures dont elles ont besoin. Quant à la prime à la relocalisation, c'est une mesure politique, une entreprise revient pour être près de ses marchés, de ses clients. Pas pour une prime !
Et sur la question du financement de l'industrie ?
Nous avons des outils : la Caisse des dépôts, Oséo, la Banque postale. Oséo pourrait instruire les dossiers pour le compte des banques, ce qui réduirait les coûts de traitement. On peut aller plus loin dans la mobilisation des circuits de placement existants comme le Livret de développement durable. Il faut des solutions innovantes qui impliquent la puissance publique. L'Allemagne réussit à soutenir son industrie avec ses banques locales et l'implication des régions. Pourquoi pas nous ?
Quel peut être le rôle de la négociation sociale dans cette nouvelle politique industrielle ?
On ne peut pas se dire, on va avoir d'un côté, des ingénieurs très performants et de l'autre, une population faiblement qualifiée cantonnée aux services à la personne. Il faut élever les compétences techniques de l'ensemble des salariés pour être compétitif. Nous réclamons, par exemple, que les partenaires sociaux soient mieux associés aux pôles de compétitivité. Si nous n'intégrons pas les salariés, nous aurons des pôles de recherche hors sol, avec personne pour prendre le relais sur l'industrialisation.
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