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La nouvelle majorité espagnole va devoir agir vite

Publié le

par Paul Day

MADRID (Reuters) - Avec 45% des voix et 186 élus au Congrès des députés, les élections législatives en Espagne ont tourné dimanche au raz-de-marée en faveur des conservateurs du Parti populaire (PP) mais la situation économique leur interdit tout triomphalisme.

Officiellement, Mariano Rajoy, futur chef du gouvernement, ne prêtera pas serment avant décembre. L'aggravation de la crise de la dette dans la zone euro et la nervosité extrême des marchés financiers l'obligent cependant à détailler très vite la politique qu'il entend mettre en oeuvre.

Avec un chômage record dans l'Union européenne, autour de 21,5% de la population active, un déficit budgétaire attendu au mieux cette année à 6% du PIB, une économie au bord de la récession et des taux qui ont frôlé les 7% la semaine passée sur les emprunts à dix ans émis par le Trésor espagnol, la tâche qui l'attend est énorme.

"Du point de vue des marchés, la majorité absolue du PP correspond simplement à ce qui était prescrit", note l'économiste Nicolas Spiro, de Spiro Sovereign Strategy.

"Le risque cependant, c'est que de nouvelles compressions fassent retomber l'économie espagnole dans la récession. Et Rajoy devra avancer très prudemment compte tenu de l'état sinistre de l'économie", ajoute-t-il.

L'économie espagnole a calé au troisième trimestre et, sur un an, le produit intérieur brut de la quatrième économie de l'économie de la zone euro affiche une croissance de 0,8% seulement.

L'Espagne se retrouve ainsi au bord de la récession, ce qui devrait peser davantage encore sur les rentrées fiscales également mises à mal par le niveau du chômage.

Dans son discours de victoire, dimanche soir, Mariano Rajoy a annoncé qu'il allait engager sans attendre des discussions avec les exécutifs des 17 régions du pays pour définir une solution commune à la crise.

Les difficultés éprouvées par les régions autonomes dans la réduction de leurs dépenses rendent presque illusoire l'objectif affiché par le gouvernement sortant de ramener cette année le déficit budgétaire à 6% du PIB, et la plupart des économistes tablent sur un déficit à 7% du PIB.

RÉTABLIR LA CONFIANCE

Dans ce contexte, il sera difficile pour Rajoy de tenir l'engagement affiché durant la campagne (réduire le déficit à 4,4% fin 2012) et les nouvelles coupes budgétaires nécessaires pour tenter de respecter cet objectif pourraient repousser de plusieurs une éventuelle reprise de l'économie espagnole.

Le futur président du gouvernement dispose cependant d'un atout que n'avait pas José Luis Rodriguez Zapatero: sa majorité ne dépendra pas du soutien des nationalistes catalans ou basques.

On s'attend à ce que Mariano Rajoy et l'actuel président du gouvernement se concertent pour annoncer des mesures d'urgence avant l'entrée en fonction du président du PP.

Mais avec les difficultés que rencontrent aujourd'hui l'Italie, troisième puissance économique de la zone euro, et la France, deuxième puissance de la zone euro, l'Espagne n'est qu'une partie du problème.

Les détails du Fonds européen de stabilité financière (FESF) ne sont pas encore fixés et la Banque centrale européenne (BCE) souligne qu'elle n'agira pas en prêteur en dernier recours.

Sans le soutien illimité de la BCE, seules des mesures convaincantes prises par les gouvernements des Etats membres sont de nature à rassurer les investisseurs.

Aussi les premières annonces de Mariano Rajoy seront-elles scrutées de très près cette semaine.

"La majorité absolue donne au Parti populaire une marge pour adopter les mesures nécessaires. Mais ces mesures devront être convaincantes pour avoir l'effet désiré sur la confiance (des marchés)", relève Nicolas Lopez, de M&G Valores.

Marine Pennetier, Benoît Van Overstraeten et Henri-Pierre André pour le service français

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