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La montagne entame sa mue

Par DE NOTRE CORRESPONDANT MICHEL QUERUEL - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3091

Le changement climatique et les nouvelles pratiques sportives et ludiques des vacanciers obligent les stations de ski à revoir leur offre. Elles prennent également conscience de la nécessité de mieux exploiter l'atout environnemental.

« Le ski à outrance de 9 heures à 15 heures, c'est fini ! Les touristes viennent toujours en montagne, mais ils aspirent à d'autres activités », résume Gilbert Blanc-Tailleur, le maire de Saint-Bon-Courchevel (Savoie) et président de l'Association nationale des maires des stations de montagne (ANMSM). Depuis cinq ans, la pratique du ski baisse au profit d'autres activités comme la marche à pied, les raquettes, la balnéothérapie, la détente, la remise en forme ou les loisirs nautiques. Les stations doivent tenir compte de ces nouvelles aspirations, mais aussi de la diminution de l'enneigement en montagne depuis une dizaine d'années. Dans les années 1970, la station d'Avoriaz, située à 1 800 mètres d'altitude, recevait 13 à 14 mètres de neige durant l'hiver. Depuis dix ans, c'est environ 8 mètres en moyenne. Ce chiffre a même été de seulement 6 mètres lors de l'hiver 2006-2007. Du jamais vu depuis 1880 !

Ce phénomène inquiète en priorité les stations situées en dessous des 1 500 mètres d'altitude. « En parallèle à notre domaine skiable, nous allons moderniser nos infrastructures sportives, afin d'élargir l'offre d'activités liées à la forme et au bien-être. Nous allons valoriser notre histoire, notre coeur de village, notre patrimoine et nos deux siècles de thermalisme », explique Jean-Marc Peillex, le maire de Saint-Gervais-les-Bains (Haute-Savoie), station située entre 1 200 et 2 500 mètres d'altitude. Cette manière de « vivre » la montagne en toutes saisons fait ses preuves depuis plusieurs années dans de nombreuses stations suisses et autrichiennes. « Les stations alpines françaises doivent impérativement s'en inspirer », estime Gilbert Blanc-Tailleur. D'autant que leur fréquentation estivale ne cesse de s'éroder. La région Rhône-Alpes, par exemple, a perdu plus de 15 millions de nuitées touristiques entre 1995 et 2006.

La nouvelle offre prend des formes variées : sentiers à raquettes, parcs de type « accro-branches » ou randonnées à thèmes. Saint-Véran, dans les Hautes-Alpes, propose du « ruisseling » (marche sur des torrents gelés) et de l'escalade de cascades de glace. Orcières, dans les Alpes- du-Sud, va encore moderniser sa patinoire, sa piscine et son espace de soins. Les Orres (Hautes-Alpes) projette de créer un centre de balnéothérapie, une grande salle de spectacle et un village internet avec Wi-Fi gratuit pour tous. Même les grandes stations, qui ont longtemps misé sur le tout-ski, élargissent leurs offres. En cinq ans, Val-Thorens s'est équipée de cinq instituts de remise en forme. Tignes, qui dispose d'un centre aquatique thermal, propose des forfaits associant ski et remise en forme.

Se recentrer sur l'authentique

Saint-Bon-Courchevel offre aux randonneurs 30 kilomètres de sentiers en forêt qu'elle entretient avec le plus grand soin. « Nous les balisons et les damons quotidiennement, explique Gilbert Blanc-Tailleur, car ils connaissent un succès croissant. » Pour cette raison, la commune investira 75 millions d'euros, d'ici à 2011, dans un complexe de loisirs nautiques de 8 000 mètres carrés, avec espace de remise en forme, spa, piscine à vagues pour surfer. « Ouvert de 10 à 22 heures, il sera conçu pour qu'une famille puisse s'y détendre toute une journée. » Une façon agréable d'occuper les touristes les jours de météo maussade et de les attirer tout l'été. Un moyen aussi de créer 150 emplois et de les conserver sur place.

Pour un nombre croissant de stations, le développement durable devient également un argument commercial à part entière. Certaines vendent déjà à leur clientèle une montagne authentique, qui veille à l'environnement, à la qualité de l'habitat et favorise la mobilité douce. « Nous avons trop communiqué sur les sports extrêmes, estime Gilbert Blanc-Tailleur, de l'ANMSM. Pour donner le goût de la montagne à un plus large public, il faut se recentrer sur des valeurs simples, comme le retour à la nature, la beauté des paysages ou la vie en famille. »

L'éco-randonnée fait des adeptes

Premier office de tourisme certifié ISO 14001, Megève Tourisme sensibilise les enfants à l'environnement en leur proposant un nouveau concept : la semaine Rêve Nature. L'éco-randonnée a ainsi de plus en plus d'adeptes, notamment les jeunes seniors. Certaines stations estiment qu'elle pourrait rapidement représenter 10 % de leur volume d'activité. Station piétonne qui affiche ses préoccupations environnementales depuis longtemps, Morzine-Avoriaz joue, quant à elle, la carte des nou- velles glisses. Elle vient d'inaugurer The Stash, un « snow park » ludique et écologique (lire ci-dessus), en vue de fidéliser une clientèle lasse de descentes répétitives sur de grands boulevards enneigés.

Pour soutenir leurs adhérents dans cette démarche de diversification, le Syndicat national des téléphériques français et l'ANMSM ont lancé, en 2007, une charte en faveur du développement durable des domaines skiables. Articulée autour d'un plan d'actions sur dix ans, elle comprend 130 mesures sur la gestion des ressources (énergie, eau...), la création d'espaces préservés, la mise en place de modes de déplacement doux. C'est précisément pour inciter les vacanciers à se passer de leur véhicule individuel durant leur séjour qu'une vingtaine de stations de montagne en Europe, regroupées au sein de l'initiative communautaire Alpine Pearls, lancent des projets de création de navettes, de services de location de véhicules électriques ou de vélos sur leur commune.

Les stations de basse altitude peinent

Si le changement climatique est peu contesté, ses conséquences dans le temps font débat (lire page 48). Déjà, certaines stations de basse altitude sont dans la tourmente. Le maire d'Abondance, en Haute-Savoie, ne voit plus d'avenir dans le ski. Après plusieurs années de pertes financières et une saison 2007 catastrophique (la plupart de ses pistes n'ont pas été ouvertes), la commune a préféré fermer l'an dernier ses sept remontées mécaniques datant des années 1960, plutôt que de réinvestir. A l'origine de sa décision : un domaine skiable trop petit, situé à seulement 970 mètres d'altitude, des emprunts à rembourser, une dette récurrente qui a explosé en 2007 et l'impossibilité de trouver un opérateur privé à qui confier l'exploitation.

Même s'il trouve la décision un peu brutale, Jean-Marc Peillex, le maire de Saint-Gervais-les-Bains, la comprend : « En l'absence d'une véritable politique nationale de structuration du tourisme de montagne, les communes sont livrées à elles-mêmes. Les stations de haute altitude, gérées par des opérateurs professionnels avec une stratégie de croissance et une réelle capacité d'investissement, s'en sortent plutôt bien. Elles élargissent leur offre en dehors du ski, tout en continuant à proposer un domaine skiable très attractif. Dans les autres cas, rien n'est sûr. On a trop fait croire à certaines stations qu'elles avaient un avenir dans le ski alors qu'il aurait fallu les aider à se reconvertir. »

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