La Monnaie bat au coeur du vieux Paris

Par  - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3288

La Monnaie de Paris se métamorphose. Un projet de réaménagement de 50 millions d'euros fera de la plus vieille usine de la capitale une institution culturelle. Le public pourra y découvrir ses ateliers et ses métiers d'art.

Le Palais Conti, installé en bord de Seine, face au Louvre, abrite la plus ancienne usine de la capitale. Depuis l'an 864, on y bat monnaie : d'abord les pièces d'or et d'argent des rois de France, puis les francs, avant que la production de la monnaie courante ne soit délocalisée à Pessac (Gironde) en 1973. Dans ce joyau néoclassique classé monument historique, la Monnaie de Paris continue de fondre des métaux précieux pour frapper des pièces de collection et des médailles, mais aussi fabriquer des bijoux, décorations honorifiques et autres objets d'art. Elle réalise, bon an mal an, plus d'une centaine de milliers d'objets, dont les César qui récompensent le cinéma français.

Dans l'atelier de gravure, les artisans creusent de gros disques de plâtre à l'aide de burins. Ils dessinent les motifs qui orneront les pièces et les médailles. « Ici, chaque apprenti [issus des écoles Boulle et Estienne, ndlr] forge ses propres outils, indique Yves Sampo, le responsable de l'atelier. Les burins utilisés par les graveurs ne sont pas commercialisés. » Le dessin gravé dans le plâtre est reproduit par moulage sur une plaque de résine qui, passée dans le tour à réduire, permettra de graver le dessin sur un disque métallique de petit diamètre. Dans la zone de frappe, « l'endroit le plus bruyant lorsque toutes les machines fonctionnent en même temps », poursuit Yves Sampo, on « monnaie » si l'on fabrique des pièces, alors que l'on « estampe » s'il s'agit de médailles. Les techniques employées sont propres à l'institution vieille de douze siècles : le monnayeur-estampeur frappe une fois le disque de métal (en or, argent, cuivre, alliages) pour obtenir une pièce témoin, puis ajuste les réglages jusqu'à réaliser une production conforme à l'objet souhaité. Selon le volume de métal, plusieurs coups peuvent être nécessaires. Les pièces sont vérifiées une à une. Celles présentant des défauts sont ramollies au four et redécoupées manuellement avant de passer dans l'atelier de patine. Le patineur invente sa mixture selon sa recette, secrète. « Nous avons quinze métiers qui n'existent qu'à la Monnaie de Paris. Et 80 artisans se sont vu décerner le titre de Meilleur ouvrier de France », précise Guillaume Robic, le porte-parole de ce lieu devenu, en 2007, un établissement public industriel et commercial.

Luxe à la française

Longtemps restée à l'abri des regards, cette enceinte ultra-sécurisée se prépare à s'ouvrir au public. Lancé en 2011, le projet MetaLmorphoses va réaménager en profondeur ce site de 1,2 hectare, dans le but de rendre les ateliers visibles et de faire découvrir les métiers de la Monnaie. « Nous souhaitons recréer le processus historique de la fabrication de la monnaie », explique Guillaume Robic.

Ce chantier de 50 millions d'euros doit conforter la croissance de l'entreprise qui a dégagé, en 2011, un bénéfice de 12 millions d'euros pour un chiffre d'affaires de 160 millions. Plusieurs opérations seront menées : créer un jardin intérieur, aménager un nouveau passage pour les visiteurs, réhabiliter la façade Mansart de l'hôtel particulier voisin, installer une ligne de production de la pièce de 2 euros. La direction souhaite également développer des partenariats avec des artistes pour les nouvelles collections de pièces ou dans le cadre d'expositions qui prendront place dans les salles baroques du palais Conti. Par ailleurs, le restaurant gastronomique de Guy Savoy ainsi qu'un village des métiers d'art emménageront dans les étages du palais. On y trouvera les produits de luxe des entreprises membres du Comité Colbert. L'ouverture au public se fera en deux temps : 2013 pour le palais et 2014 pour l'ensemble du site. Durant les travaux, la production de la Monnaie ne s'arrête pas. Ce qui obligera les 280 salariés à déménager trois fois. C'est le prix à payer !

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