La métropole toulousaine n'en finit pas de grandir
Par DE NOTRE CORRESPONDANTE, MARINA ANGEL - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3192Lancement de l'Aerospace Campus, poursuite du Cancéropôle, développement du campus universitaire, construction d'un parc des expositions et de nouvelles lignes de tramways... Le Grand Toulouse vit au rythme des grands chantiers.
A Toulouse, l'immobilier d'entreprise ne connaît pas la crise. « Avec une progression de 10 % des surfaces commercialisées, Toulouse est la seule métropole régionale à faire mieux en 2009 qu'en 2008 », souligne Bernard Keller, le maire (PRG) de Blagnac et vice-président de la communauté urbaine de Toulouse, où il préside la commission emploi et développement économique. Après Lyon, la Ville rose est la métropole régionale qui a accueilli le plus d'investisseurs étrangers sur la période 2005-2008, selon le cabinet Ernst et Young.
« Des compagnies aériennes du monde entier passent devant notre site pour se rendre au centre de livraison d'Airbus. C'est une vitrine commerciale extraordinaire », témoigne Claude Perpete, le responsable de Regent Aerospace Europe, une entreprise américaine spécialisée dans la rénovation de sièges d'avions, qui a choisi Colomiers pour se développer sur le Vieux Continent. « L'aéronautique et le spatial jouent ici un rôle d'amortisseur à la crise », précise Jean-Marc Thomas, le président du pôle de compétitivité Aerospace Valley.
La présence d'Airbus, d'Astrium et de Thales Alenia Space a favorisé l'ancrage de groupes industriels, de PME, de bureaux d'études, de centres de recherche, de laboratoires... Rien d'étonnant à ce que la décision d'Airbus de confier, à son usine d'Hambourg en Allemagne, la charge des futurs avions mono couloir suscite des inquiétudes. Les syndicats craignent que Toulouse soit fragilisée par l'arrêt programmé de la ligne d'assemblage de l'A 320 et le choix de produire sur place les seuls long-courriers (A 330, A 340, A 380).
Une concentration de chercheurs
Depuis plus de dix ans, l'aéronautique booste l'économie toulousaine. Entre 1999 et 2009, Airbus a investi 1,07 milliard d'euros pour la construction de 494 000 m2 de bureaux et de locaux industriels dans l'agglomération. Le site d'assemblage de l'A 380, inauguré en 2004, a nécessité la création d'un parc d'activités, Aeroconstellation. Airbus s'est également doté d'un centre de livraison, de bâtiments pour les moyens d'essais au sol des A 380, des A 400M et des A 350 XWB et de bureaux d'études.
L'avionneur vient tout juste de réceptionner un hall d'assemblage de mâts réacteurs sur son site de Toulouse Saint-Eloi. Et il va engager 150 millions d'euros dans la construction du site d'assemblage des A 350 XWB, dont le premier vol est programmé pour 2012. Il faut aussi ajouter les 150 millions d'euros investis par Aerolia dans des bureaux d'études, à Colomiers, les 100 millions d'euros amenés par des fournisseurs et motoristes installés à Colomiers et les 30 millions d'euros de la nouvelle salle de peinture de STTS, sur Aéroconstellation, à Cornebarrieu.
Le spatial n'est pas en reste. Astrium et Thales Alenia Space affichent de très bons résultats commerciaux, avec des retombées positives pour leurs sites toulousains. Le premier est engagé dans la construction de 9 300 m2, dédiés à la conception et à l'intégration d'instruments optiques pour les satellites d'observation de la Terre. Le second devrait décider, dans le courant de l'année, l'engagement d'une nouvelle tranche de 5 000 m2. L'agglomération concentre à elle seule 80 % des sociétés françaises d'exploitation de données satellitaires.
Cette double spécialisation dans l'aéronautique et le spatial se traduit par une concentration exceptionnelle de matière grise, principalement dans la métropole toulousaine. La région Midi-Pyrénées, selon une étude de l'Insee parue en 2009, compte 16,1 chercheurs pour 1 000 emplois, devant l'Ile-de-France (16) et Rhône-Alpes (10,9). Ce taux pourrait encore augmenter avec les nouveaux investissements prévus sur le Cancéropôle, aménagé en lieu et place de l'ancienne usine AZF, et avec l'émergence de l'Aerospace Campus (lire page 45).
Des transports en commun insuffisants
La métropole accueille chaque année quelque 19 000 habitants supplémentaires. Une attractivité qui a son revers de médaille. Le réseau routier est à la limite de la saturation. Toulouse, qui ne compte que deux lignes de métro, fait pale figure en matière de transports en commun. « Pour s'imposer comme une ville qui compte en Europe, nous devons disposer des standards internationaux en termes d'infrastructures et de mobilité », n'a de cesse de rappeler Pierre Cohen, le maire (PS) de la ville et président de la communauté urbaine depuis 2008.
Le Grand Toulouse cherche à rattraper son retard. Pas si simple. « Pour réaliser une ligne de métro, il faut entre 10 et 15 ans, et beaucoup d'argent », rappelle le maire de Blagnac, Bernard Keller. Pour aller plus vite et faire moins cher, Pierre Cohen a décidé de jouer la carte du tramway. Au risque de provoquer une levée de boucliers. Au sud-est de Toulouse, la communauté d'agglomération du Sicoval réclame, en vain, le prolongement de la ligne B du métro pour desservir le parc de Labège-Innopole (700 entreprises, 15 000 emplois).
Une première ligne de tramway sera mise en service en fin d'année pour relier Toulouse à Beauzelle, au nord-ouest de l'agglomération, via Blagnac et son nouveau quartier Andromède. Le conseil syndical de Tisséo, le syndicat mixte des transports en commun, vient également d'approuver la réalisation d'une ligne baptisée Envol qui desservira, à la fin 2013, l'aéroport de Toulouse-Blagnac. D'autres projets sont dans les cartons. A l'avenir, les grands projets d'aménagement devront intégrer la problématique des transports.
La construction d'un parc des expositions, à Aussonne, au nord-ouest de l'agglomération, décidé par la communauté urbaine, nécessitera le prolongement de la première ligne de tramway. Le pôle de compétitivité Aerospace Valley soutient, de son côté, la création d'un parc autour de l'aviation d'affaires et de la maintenance sur la base aérienne de Francazal, qui sera libérée par l'armée. Soit une réserve foncière de 280 hectares, en proche périphérie. « Une opportunité à ne pas laisser passer », souligne Jean-Marc Thomas, le président d'Aerospace Valley
Sur l'ancienne friche d'AZF, le Cancéropôle, dédié à la lutte contre le cancer, accueille déjà l'extension du centre de R et D de Sanofi, le nouveau centre de recherche de Pierre Fabre et le Centre Pierre Potier, qui associe un hôtel de recherche (CNRS, Insa, université Paul Sabatier) et une pépinière d'entreprises. Un pôle de services (résidences hôtelières, centre d'affaires et brasserie) sera livré à la fin de l'année. Quant à la Clinique universitaire du cancer (300 millions d'euros), elle ne devrait pas être achevée avant la fin 2012.
Rénover les campus universitaires
A l'horizon 2018, la région Midi-Pyrénées sera desservie par la ligne à grande vitesse prévue entre Bordeaux et Toulouse. La ville de Toulouse et la communauté urbaine réfléchissent, aux côtés de RFF et de la SNCF, aux contours d'un projet urbain. Le but est de restructurer le site de la gare Matabiau, en bordure du centre historique et du canal de Midi. Comme à Bordeaux, avec le projet Euratlantique, il s'agira de libérer du foncier, notamment ferroviaire, pour améliorer l'accessibilité de la gare et accueillir des activités tertiaires.
Les autres grands chantiers à venir s'inscrivent dans le cadre du plan Toulouse Campus. Il prévoit la construction de 20 000 m2 et la rénovation de 90 000 m2 de bâtiments universitaires, avec la création, en plein coeur de la ville, d'un quartier des sciences. Ce programme de rénovation et de développement des campus universitaires bénéficie d'une dotation de l'Etat de 350 millions d'euros, à laquelle s'ajoute une enveloppe spécifique de 175 millions d'euros pour la rénovation de l'université du Mirail.
Toulouse ne veut pas en rester là. La capitale de Midi-Pyrénées se positionne actuellement sur tous les appels à projets lancés par le gouvernement en matière d'enseignement et d'innovation. « Nous avons tous les arguments pour être bien placé dans la course au campus d'excellence », avance Bernard Keller. Le gouvernement a prévu d'en créer une dizaine. Sélectionnés par un jury international, ils se partageront quelque 8 milliards d'euros du grand emprunt. Les Toulousains n'ont pas fini de vivre à l'heure des grands chantiers !

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