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LA MÉTHANISATION À L'ASSAUT DES CAMPAGNES

Par PAR STANISLAS DU GUERNY, CORRESPONDANT À RENNES - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3253

La première région d'élevage de France mise sur la transformation des déchets organiques en électricité. Les tarifs de rachat de l'énergie produite mettent en appétit investisseurs et agriculteurs.

C'est une usine flambant neuve installée en bordure de la petite commune de Saint-Gilles-du-Mené, dans les Côtes-d'Armor. Son nom ? Géotexia. Sa fonction ? Transformer les effluents d'élevage et les déchets d'abattoir en énergie électrique. Le principe ? Grâce à une fermentation naturelle à l'abri de l'air, les 75 000 tonnes de déchets organiques qu'elle engloutit chaque année libèrent du méthane, un biogaz à partir duquel les deux turbines de l'usine produiront de l'électricité à hauteur de 1,5 MW par an. Quant aux résidus secs, ils seront transformés en compost et serviront d'engrais naturel. Géotexia, dans laquelle sont associés une trentaine d'éleveurs de porcs, a investi 15 millions d'euros dans cette unité de méthanisation qui doit réaliser un chiffre d'affaires annuel de 4 millions d'euros. Ces éleveurs, qui cherchent des solutions pour éliminer « proprement » le lisier de leurs porcheries, ont pour partenaires la Caisse des dépôts et la société Adelis (groupe Idex), qui exploite le site, l'une et l'autre détenant chacune 32 % du capital.

Ce type d'usine est appelé à se multiplier dans d'autres départements de la première région d'élevage d'Europe, mais les procédures administratives sont laborieuses. « Il aura fallu pas moins d'une décennie pour faire aboutir Géotexia », confie Dominique Rocaboy, éleveur de porcs et principal initiateur du projet. Un long délai qui ne décourage pas les initiatives puisque se profilent plusieurs autres projets, comme celui bien avancé dans la commune de Guerlesquin (Côtes-d'Armor). La société Guerlesquin Bio Énergie a prévu d'investir 11 millions d'euros. Dans son capital se retrouvent notamment Gilles Ménage, ancien président d'EDF, et le groupe industriel Monnoyeur. Guerlesquin Bio Énergie a acquis 5 hectares de terrain à côté de l'abattoir de volaille de Tilly-Sabco, qui va en partie l'approvisionner en déchets. .

Des unités de taille modeste

Un autre dossier est piloté par le groupe parisien SPIT, qui a prévu d'engager 11 millions d'euros à Cléder-Poher (Finistère). L'usine est susceptible de traiter 140 tonnes de déchets par jour, qui fourniront de l'électricité pour l'équivalent de 4 000 habitants. SPIT voulait aussi installer une unité d'une capacité de 50 000 tonnes de biomasse par an à La Harmoye (Côtes-d'Armor). Devant l'opposition des riverains, le préfet vient de refuser le permis de construire. Les habitants situés à proximité de ces unités de méthanisation veulent des garanties en matière de rejet de fumées. Pour éviter une prolifération d'usines de taille trop importante et les risques de contentieux, des unités plus modestes commencent à pousser, comme celle de Gazéa située à Plélo (Côtes-d'Armor). Exploitant agricole, Alain Guillaume a engagé 900 000 euros dans une station de production de 51 000 mètres cubes de biogaz par an à partir de 2 800 tonnes de lisier, 700 tonnes de déchets verts et 1 600 tonnes de graisses. « J'attends de cet investissement un revenu complémentaire de l'ordre de 200 000 euros par an », explique l'exploitant.

Comparée à l'Allemagne [lire p. 56] et aux Pays-Bas, la France est très en retard en matière de méthanisation des déchets de l'agriculture et de l'agroalimentaire. Outre-Rhin, plus de 5 000 usines fonctionnent contre à peine une vingtaine en France, dont une dizaine en Bretagne. Pourquoi ce décalage ? Le prix de rachat par EDF était précédemment trop bas et n'incitait pas les investisseurs à s'engager. Depuis le Grenelle de l'environnement, il a été sensiblement revalorisé et peut atteindre jusqu'à 19,5 centimes d'euro par kilowatt, de quoi rentabiliser les investissements. L'État et la région Bretagne sont devenus des adeptes inconditionnels de la méthanisation. Elle est d'ailleurs l'un des thèmes du schéma énergétique breton mis en oeuvre par les deux partenaires il y a quelques mois. Celui-ci prévoit d'intensifier le déploiement des énergies renouvelables avec un objectif de production de plus de 30 % de la consommation bretonne d'électricité d'ici à 2020. L'État et la région ont prévu, au cours de la décennie à venir, la création de 500 centrales biomasse réparties entre les quatre départements bretons.

Il faut y ajouter l'appel d'offres initié par l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) dans le cadre de la lutte contre les algues vertes. Gilles Petitjean, le directeur régional, annonce l'installation à moyen terme de vingt unités de ce type sur les bassins versants des zones littorales les plus touchées. La Semaeb, la société d'économie mixte d'aménagement de la Bretagne, qui avait réalisé le travail d'ingénierie nécessaire à la création de Géotexia, vient de créer la société Eilan (Rennes), pour inciter agriculteurs et investisseurs à se lancer. Dotée d'un premier apport en fonds propres de 8 millions d'euros, elle prendra des participations dans les principaux projets qui vont se présenter. À son capital, se retrouvent la région Bretagne - par ailleurs principal actionnaire de la Semaeb -, EDF mais aussi la Caisse des dépôts et les plus importantes banques locales.

Mais il manque le maillon industriel. Dans cette filière, les acteurs régionaux sont quasi inexistants : seule la société costarmoricaine Odipure lance une première gamme de méthaniseurs [lire ci-dessus]. Mais la plupart des installations créées ou en projet dans la région utilisent des technologies allemandes et hollandaises. Parmi les opérateurs d'outre-Rhin ayant pris pied en Bretagne, il y a le groupe Planet, via sa filiale Bio Gaz Planet France, installée à Liffré (Ille-et-Vilaine). Elle fait d'ores et déjà état d'une dizaine de projets en France. En Allemagne, le groupe Planet (130 salariés) a installé deux cents unités. Est-il encore temps pour des industriels hexagonaux de s'engager sur ce marché ?

L'ALLEMAGNE AU PREMIER RANG EUROPÉEN

L'énergie issue des unités de méthanisation en Europe provient à hauteur de 76 % d'Allemagne. D'ici à 2020, les experts estiment que ce pays comprendra près de 40 000 installations réparties principalement entre les exploitations agricoles. 700 millions d'euros ont d'ores et déjà été investis dans cette filière qui compte plus de 8 000 emplois directs. Les agriculteurs allemands sont encouragés à s'engager dans la méthanisation grâce à des aides de l'État et des rachats de l'électricité produite à des prix intéressants. D'ici à 2020, les usines de méthanisation allemandes produiront 950 MW d'électricité.

« Un projet de R et D conduit durant trois ans »

RÉGIS JANVIER, dirigeant d'Odipure, basée à Ploufragan (Côtes-d'Armor) Comment votre entreprise s'est-elle engagée dans la méthanisation ? Nous avons conduit durant trois ans un projet de R et D avec le Cemagref à Rennes pour créer notre propre gamme de méthaniseurs. Nous avons investi près de 300 000 euros. Nous allons installer une première usine chez un agriculteur du Finistère. Comment analysez-vous les opportunités de cette filière ? Il faut éviter de nous calquer sur le modèle allemand. De nombreux méthaniseurs installés outre-Rhin ne valorisent pas au maximum la chaleur produite dans les cuves... La taille d'Odipure est-elle suffisante pour profiter des opportunités de ce marché ? Notre capital est désormais contrôlé à 40 % par la société IEL basée à Saint-Brieuc. Elle nous apporte son savoir-faire en matière d'ingénierie et de commercialisation de solutions liées aux énergies renouvelables.

120 MW

C'est la production sur laquelle table la Bretagne (0,4 à ce jour) en 2025 grâce à un parc de500 usines de méthanisation.

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