LA MACHINE-OUTIL ADOPTE LE MODÈLE LOGAN
Par PAR MIREL SCHERER - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3232
Dépourvus de fonctions ou d'options superflues, les équipements de production low cost s'imposent dans les usines. Pour des applications simples et pour apprivoiser une technologie coûteuse.
Chez DMG France, dans la zone d'activités de Courtaboeuf (Essonne), on attend avec impatience l'arrivée imminente de nouvelles machines Ecoline. La demande est si forte pour la gamme économique du constructeur allemand, l'un des leaders mondiaux de la machine-outil, que même les équipements de démonstration sont partis comme des petits pains. Depuis deux ans, les plus grands noms de la machine-outil imitent le pionnier, le constructeur américain Haas Automation, créé par Gene Haas en 1983. En 1987, il avait surpris tout le monde en annonçant le lancement de la production en grande série de machines économiques dans son usine d'Oxnard en Californie. Des équipements dont le prix serait inférieur à 50 000 dollars. « Il est impossible de fabriquer des machines à un tel prix aux États-Unis », avaient pronostiqué tous les spécialistes du secteur, allant jusqu'à parler d'hérésie industrielle. Un an plus tard, ils en étaient pour leurs frais. Le premier centre d'usinage vertical low cost Haas, vendu pour moins de 50 000 dollars, était exposé à l'IMTS 1988. Aujourd'hui, le constructeur, distribué en France par Realmeca, possède la gamme la plus large de machines économiques. Ses secrets : une standardisation et une intégration poussées à l'extrême. Dans ses catalogues, les prix débutent à 19 000 euros. Moyennant quoi, à ce jour, Haas a déjà vendu plus de 90 000 tours, fraiseuses et autres centres d'usinage 5 axes...
Fiabilité et qualité sont au rendez-vous
La crise et la stratégie gagnante de Renault avec sa marque à bas coûts Logan ont contribué à populariser ce modèle chez les constructeurs de machines-outils. « Ces derniers profitent de composants éprouvés et de plates-formes de machines dont les études sont largement amorties pour lancer des solutions au prix réduit de 30 à 50 % », explique Michel Huon, consultant en usinage. Moteurs, asservissements, vis à billes... La fiabilité et la qualité sont au rendez-vous grâce à des composants comme ceux de Siemens, Heidenhain et Bosch. « Quant à l'assemblage de ces machines, il est assuré dans des pays comme la Chine et l'Inde, à des coûts défiant toute concurrence », ajoute ce vieux routier de l'usinage.
Mazak fabrique en Chine ses machines économiques destinées au marché local. Ses équipements plus complexes sont produits en Grande-Bretagne et au Japon. La famille Ecoline de DMG, qui comporte deux tours CTX et deux centres d'usinage verticaux, est produite depuis 2008 dans deux usines : une unité chinoise qui alimente les marchés asiatiques et américains et une usine polonaise pour l'Europe. « Notre programme prévoit la fabrication de 2 000 machines de ce type en 2011. L'usine chinoise en produira les deux tiers », précise Alexandre Lahaye, le directeur général de DMG France. Une production multipliée par trois en deux ans et demi. « C'est pour nous un levier de croissance important », ajoute le responsable.
Dans les pays émergents, comme la Russie et le Brésil par exemple, DMG a installé plusieurs centaines d'équipements de la gamme Ecoline. « La moitié de notre production leur est destinée cette année. Et si leur progression se poursuit à cette allure, nous serons obligés d'y construire d'autres usines », précise Alexandre Lahaye. DMG constate un frémissement de ses ventes dans les pays européens. « Une cinquantaine d'Ecoline font leurs preuves dans l'Hexagone. Ces machines représentent déjà un quart de nos ventes », explique le responsable de DMG France. L'allié de DMG, Mori Seiki, compte profiter de cet engouement. Le constructeur japonais commercialise les machines Ecoline fabriquées dans l'usine chinoise de DMG, avec son propre cahier de charges.
Un autre constructeur japonais, Okuma, s'intéresse au marché low cost. « Notre stratégie est originale », affirme Grégoire Chevignard. Le directeur de Codem, distributeur d'Okuma en France cite le nouveau tour Genos, qui sera dévoilé au salon Industrie 2011, du 4 au 8 avril, à Lyon. « L'utilisateur ne doit rien débourser en plus du prix affiché. Ce qui n'est pas souvent le cas chez certains de nos concurrents. Le prix d'un tour Genos débute à 85 000 euros. Toutes les options indispensables pour usiner sont comprises dans ce prix », assure Grégoire Chevignard. La gamme Genos affiche des prix de 24 % à 37 % inférieurs à ceux des machines de même taille et de mêmes spécifications, mais plus complexes, d'Okuma. « La famille Genos conserve les éléments qualitatifs de nos machines existantes (structure, commandes numériques, géométrie...) en faisant abstraction des solutions technologiques dont les clients n'ont pas l'usage. Ce qui nous permet, par exemple, d'accompagner la vente de ces équipements en France d'une garantie de cinq ans sur les broches (hors collision) et la commande numérique », précise Grégoire Chevignard.
Environnements adaptés à des budgets serrés
D'autres signes montrent que la réflexion low cost n'est pas un simple effet de mode. Les constructeurs proposent, en même temps que leurs machines, des environnements adaptés à des budgets serrés. L'utilisateur peut trouver ainsi au catalogue Ecoline de DMG un chargeur de barre pour son tour dont le prix débute à 14 650 euros. Tournage, fraisage, rectification... Tous les procédés d'usinage sont concernés par ces solutions économiques simples et faciles à utiliser. « Aucun utilisateur n'achètera une machine multifonctions ou un centre d'usinage 5 axes haut de gamme, dont le prix se situe entre 500 000 et 1 million d'euros voire plus, sans savoir quelle pièce sera fabriquée et pour quel client », constate le consultant en usinage Michel Huon. « Ce n'est pas le cas des machines low cost, qui pourront usiner n'importe quelle pièce dans des applications de mécanique générale. Il faut garder en mémoire que les possibilités de ces machines économiques sont limitées quant à la précision recherchée, à la disponibilité de certaines options ou à l'usinage des matériaux durs... »
Ces installations économiques ne risquent-elles pas de cannibaliser une partie de la gamme des constructeurs, notamment leurs modèles d'entrée et de moyen de gamme ? La question s'était déjà posée pour Renault lors du lancement du premier modèle de la Logan. Hantés par ce spectre, les constructeurs de machines-outils sont rassurés pour le moment par l'évolution du marché. « Plus de 75 % des prescripteurs des machines Ecoline sont de nouveaux utilisateurs », constate avec soulagement Alexandre Lahaye de DMG France. Après analyse, cette nouvelle clientèle est constituée d'entreprises à la recherche de moyens d'usinage plus simples. Ou qui souhaitent se faire la main sans se ruiner avec une technologie complexe comme l'usinage 5 axes.
Plus surprenant, des entreprises « reçoivent une commande urgente particulièrement bien adaptée à ce type de machines, mais n'ont pas les moyens techniques nécessaires pour y répondre », explique Michel Huon. « Elles rentabiliseront l'achat d'une machine low cost en l'utilisant intensivement pendant quelques mois. » Un premier pas vers la machine jetable ?
Vendu pour moins de 90 000 euros, soit 30 % moins cher qu'une solution classique, le DMU 50 eco de DMG permet aux ateliers de mécanique de s'habituer à l'usinage 5 axes. Dimensionné au plus juste, le magasin d'outils possède 16 emplacements. Livrée à de nombreux exemplaires, la table basculante et rotative de la machine est adaptée à l'usinage en 5 axes des pièces simples ou complexes. Solution bon marché, la broche d'usinage affiche des caractéristiques techniques (puissance de 13 kW et vitesse de 8 000 tr/min) qui autorisent l'usinage productif. L'architecture à chariot croisé avec un bâti en fonte nervurée est une solution déjà éprouvée sur d'autres équipements du constructeur allemand. Économique et compacte, la commande numérique Sinumerik 810D de Siemens contrôle six axes. Elle est dotée du logiciel de programmation 3D ShopMill adapté aux opérateurs moins expérimentés.
LA MACHINE CHINOISE EN EMBUSCADE Production mondiale en 2010 : 66,3 milliards de dollars, en hausse de 21 % par rapport à 2009
La domination de la Chine continue, mais sa production est surtout absorbée par sa propre industrie. Quelques machines chinoises apparaissent sur les marchés occidentaux. L'industrie japonaise de la machine-outil est revenue à la deuxième place dans le top 10 des pays producteurs, après avoir essuyé un retrait de 59 % en 2009. Côté consommation, la Chine reste le premier pays consommateur. Principaux pays producteurs au monde (en milliards de dollars)
La Société mécanique de précision de l'Aubois (SMPA) fabrique des pièces de haute technologie. Dotée d'un parc comportant des machines complexes, des centres d'usinage 5 axes DMG et des rectifieuses Studer et Tripet, l'entreprise compte investir dans une solution d'usinage. « Nous comparons actuellement deux approches différentes pour un futur investissement d'environ 500 000 euros : une machine multifonctions complexe ou plusieurs machines plus simples installées dans une cellule flexible », explique Éric Laplace, le PDG de cette PME située à Jouet-sur-l'Aubois (Cher). La machine multifonctions permet de terminer la pièce en une seule fixation. La solution plus simple s'adapte facilement à n'importe quel type de pièce et le chevauchement des opérations apporte davantage de souplesse.

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