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La lutte finale d'Obama

Par Pierre-Olivier Rouaud - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3259
Pierre-Olivier Rouaud
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Le président ne peut se prévaloir de son bilan sur l'emploi. Mais il fustige les républicains, incarnation du slogan "No, we can't".

C'est, dit-on, l'homme le plus puissant du monde. Mais à un an de la présidentielle américaine du 6 novembre 2012, Barack Obama est à la peine, presque autant qu'un leader européen face à la crise de l'euro. Il a beau avoir terrassé Ben Laden ou annoncé, il y a une semaine, le départ des dernières troupes d'Irak, les Américains n'en ont cure. Atteignant 44 %, son taux d'approbation se trouve au plus bas depuis son investiture ; il était alors de 70 %. La cause est sans mystère : le chômage. Sur une population active de 154 millions de personnes, ce mal touche encore 14 millions d'Américains, soit 9,1 % de "jobless". Depuis avril, les statistiques affichent bien une lente amélioration, mais les 72 000 créations d'emplois par mois en moyenne ne font que compenser la démographie. Avec une croissance d'au mieux 1,8 % en 2012, Barack Obama est le dos au mur. Il vient de tenter de reprendre la main en lançant un plan géant sur l'emploi : 447 milliards de dollars en allègement de charges, embauches de fonctionnaires ou de vétérans. Sans doute son dernier projet d'ampleur. Las ! La Chambre des représentants, à majorité républicaine depuis novembre 2010, l'a retoqué. En situation de cohabitation, le président en a appelé au compromis bipartisan, fondement de l'Amérique.

Se disant prêt à des concessions, il a découpé son plan en tranches et s'est même mis en scène pour convaincre lors d'un "tour" en autocar blindé dans le nord-est du pays. Mais jeudi dernier, le Sénat a rejeté un volet de 35 milliards de dollars, ciblé sur l'embauche de profs, pompiers ou policiers. La prochaine tranche de 60 milliards axée sur les infrastructures subira sans doute le même sort. Car à l'approche des primaires républicaines (elles débutent le 4 janvier), la surenchère anti-Obama est le meilleur ciment des candidats "rouges", aiguillonnés par le Tea Party. Cet été déjà, les élus républicains n'avaient pas hésité à mettre les États-Unis au bord du gouffre en retardant jusqu'à l'extrême le feu vert du Congrès au relèvement du plafond de la dette. La manoeuvre avait coûté son triple A au pays. Ce n'est pas fini. Le budget provisoire doit être définitivement adopté avant le 18 novembre (l'année fiscale 2012 a débuté le 1er octobre). La bataille s'annonce féroce. Alors que l'aile progressiste de la société se réveille en se passionnant pour les indignés d'"Occupy Wall Street", le président ne peut se prévaloir de son bilan sur l'emploi, ni à gauche ni à droite. Déjà en campagne et en train de lever des fonds, il s'est, par contre, trouvé un angle d'attaque pour fustiger le camp républicain : le dénoncer comme le parti du reflux de l'État et du refus, autrement dit du "No, we can't".

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