La longue marche vers le ciel d'Airia
Par C. L. - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3151En cinq ans, le groupe de sous-traitance aéronautique a atteint la taille critique qui lui permet de travailler en direct avec les gros donneurs d'ordres. Et il foisonne d'idées et de projets.
Dans les ateliers, un escalier embarqué pour l'A 320, des porte-à-faux pour A 330 et des pièces de Falcon. A proximité, dans les baraques temporaires, le personnel du bureau des méthodes et les administratifs s'activent... Au mur, on aperçoit les plans pour le réaménagement des 8 000 m2 de l'entreprise ariégeoise Mazères. Clin d'oeil à son activité aéronautique, la société s'appelle désormais Maz'air, depuis qu'elle a été intégrée, en 2008, au groupe Airia, spécialisé dans le transport et l'énergie.
A la fois phare et emblématique, Maz'air représente le « gros morceau » du groupe. L'acquisition de plus qui a permis à Jean-François Dubant, le président d'Airia, d'atteindre l'objectif qu'il s'était fixé : constituer un ensemble de 50 millions d'euros de chiffre d'affaires afin d'être sélectionné par les grands donneurs d'ordres. Bingo ! Le mini-groupe vient de remporter son premier appel d'offres auprès d'Airbus. Un contrat de 200 millions d'euros pour réaliser les mats secondaires (la partie supérieure qui relie l'aile au réacteur) des 800 premiers A 350 XWB, le futur long-courrier d'Airbus. « Cela valide toute ma stratégie de croissance », jubile Jean-François Dubant. Ce marché arrive à point nommé, car le jeune groupe n'est pas épargné par la crise. Les cadences sont ralenties. Dassault Aviation a décidé de réintégrer les volets de Falcon que Maz'air produisait depuis trente ans.
Même si la crise pèse, le PDG n'a pas l'intention de dévier de son cap et vise 150 millions d'euros de ventes d'ici à cinq ans. Tout a commencé en 2004. Après être passé par le marketing, le négoce international et la direction d'une société cotée en Bourse, Jean-François Dubant s'intéresse à l'industrie, persuadé de la valeur ajoutée qu'il peut y apporter. « Quand les ingénieurs pensent "production", je m'oriente "besoins du client" pour répondre à une même problématique », commente-t-il. Il achète Cema, une petite entreprise du Rhône spécialisée dans la maintenance hydraulique haute pression et les systèmes de levage. Mais ce n'est qu'à partir de la reprise, en 2005, de S-Industries (Rhône), fournisseur d'Eurocopter, que le patron découvre l'univers aéronautique. Et que l'épopée commence réellement. Avec ses premiers doutes...
Pesant seulement 2,2 millions d'euros de chiffre d'affaires, l'entreprise est encore bien trop petite pour travailler en direct avec les avionneurs. « Je me suis rendu compte que j'avais peut-être fait une bêtise », se souvient Jean-François Dubant. Loin de battre en retraite ou de baisser les bras, il analyse la situation et comprend vite que son salut passera par la constitution d'une entité aux savoir-faire complémentaires, avec des clients diversifiés et, surtout, avec une taille critique. Le dynamique patron décide de relever le défi et s'appuie dans un premier temps sur la croissance externe. « On ne reprend que des entreprises qui gagnent de l'argent pour ne pas perdre de temps à les remettre à niveau », raconte-t-il. En 2007, il rachète Salvaire (en Ariège), une entreprise qui travaille pour l'aéronautique, le ferroviaire et le pétrole.
L'année suivante, tout s'accélère. Le groupe prend son nom actuel. Il se diversifie, développe son positionnement dans le pétrole et le renforce dans l'aéronautique grâce à de nouvelles acquisitions, dont Mazères - qui pèse à l'époque 29 millions d'euros de chiffre d'affaires. Surtout, en récupérant le sous-traitant S2M, spécialisé dans la mécanique de précision en Tunisie, il accède à un savoir-faire dans un pays à bas coût. Avec 55 millions d'euros de chiffre d'affaires fin 2008, et une rentabilité opérationnelle allant de 4 % à 15 % selon les sociétés, le pari est tenu. Pourtant, Jean-François Dubant veut aller encore plus loin !
Dernière acquisition en date : la société Fibres de Berre (Bouches-du-Rhône), en mars. « Cela nous permet d'ajouter la partie composite qui nous manquait pour le secteur aéronautique », confie le président. Il s'agit à présent, d'instaurer une culture de groupe en s'appuyant sur les fonctions transverses que sont les achats, la qualité, l'optimisation industrielle ou encore les ressources humaines. « Nous sommes en train de remettre à plat l'ensemble de nos fournisseurs pour optimiser les coûts d'achat », ajoute Christian Périchon, le directeur général d'Airia. Prochaines étapes : l'installation début 2010 d'un site au Mexique pour capter le marché nord-américain et, plus tard, le marché asiatique. « Nous avons déjà quelques contacts en Inde », affirme le président.











