LA LONGUE MARCHE VERS LA QUALITÉ
Par À SHANGHAI, JULIE DESNÉ - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3231
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Le « made in China » traîne une image qualitative écornée. On trouve pourtant de tout dans l'atelier du monde. À condition de choisir les bons fournisseurs et les bons outils de contrôle.
Nous trouvons des produits de qualité en Chine », assure Marco Brosshard, responsable ingénierie de X-Rite Pantone, leader américain d'appareils de mesure de colorimétrie, dont une part de la production est réalisée ici avec un partenaire local. Le problème ? Le marché est tellement vaste que les usines approvisionnent tous les segments quelle que soit l'industrie. « Dans l'automobile, un fournisseur peut aussi bien servir un constructeur local comme Chery qui produit la petite voiture à bas coût QQ, que BMW qui fabrique ses berlines haut de gamme », note un industriel allemand. Pour certains fabricants, c'est d'ailleurs le grand écart. « L'atelier du monde répond à toute la planète et doit se plier aussi bien aux normes américaines qu'à celles d'Europe ou d'autres pays. C'est parfois difficile pour un industriel chinois », reconnaît un importateur français. D'un secteur à l'autre, les pratiques varient. « La qualité n'est pas homogène. Dans des secteurs sensibles comme le nucléaire ou les trains à grande vitesse, les standards sont élevés », précise Jishun Xing, directeur général adjoint de la division industrie de Bureau Veritas en Chine. Mais en général, selon lui, « dans l'industrie, il y a des problèmes tous les jours ». « C'est ma préoccupation constante, indique Benoît Legath du fabricant de vannes Farex, basé à Shanghai. On vérifie en permanence la conformité des pièces sous-traitées car les dérives peuvent être rapides. »
Ici, la qualité n'est pas une valeur absolue. Elle dépend des attentes des clients. Dans ce pays, où les référentiels de type ISO ne sont pas encore généralisés et où leur application est sujette à caution, la gestion de la qualité est liée à la culture de l'entreprise et à ses dirigeants. « Pour les clients internationaux, les attentes qualité sont consignées dans un cahier des charges, avec les mêmes exigences qu'en Europe. Pour les clients chinois, il y a beaucoup moins d'exigences sur l'origine d'un produit. Par ailleurs, ils peuvent être assez sévères au moment des tests en laboratoire mais ne testent plus les produits ensuite », raconte Michel Nivelle, directeur général d'Eftec, spécialiste des enduits et des mastics pour l'industrie automobile en Chine. « Il y a toujours un département qualité. La question est de connaître son poids réel. Cela dépend beaucoup de la qualité du dirigeant [du site ou de l'entreprise]. Finalement, la qualité repose sur des individus », juge Jishun Xing.
L'obsession du prix
Autre sujet, les matières premières. La plupart sont disponibles ici, mais pour des besoins techniques, les sociétés occidentales préfèrent parfois les importer. « Il est parfois difficile d'avoir une qualité stable. Cela nous oblige à en commander certaines en Europe, comme le PVC par exemple », explique Michel Nivelle. Dans les usines, Marco Brosshard de X-Rite Pantone identifie lui « la constance de la production comme un des principaux challenges ». Du coup, les industriels clients, souvent, ne testent pas par échantillons mais tous les lots de façon systématique. Il n'est pas rare d'envoyer ses techniciens chez un client pour vérifier l'utilisation de ses produits et intervenir en cas de mauvaise surprise sur un lot. X-Rite Pantone a mis en place des contrôles de qualité « à toutes les étapes » et ses quatre ingénieurs basés à Shenzhen font le tour des différentes usines partenaires.
Tout ceci a un coût. « Nous investissons beaucoup dans la qualité avec les laboratoires et des contrôleurs placés dans les usines », souligne Michel Nivelle. Mais cela crée aussi des opportunités. Les professionnels de la qualité ne se sont jamais aussi bien portés. Ainsi, Bureau Veritas compte déjà plus d'employés dans l'ex-empire du Milieu qu'en France, avec 8 000 personnes. Petite entreprise fondée à Shenzhen en 1997 par un Français, AsiaInspection a aussi vu, en plus d'une décennie, son activité croître sans cesse. Sur le dernier trimestre de 2010, les demandes d'inspection ont progressé de 30 % par rapport à la même période un an plus tôt.
Le secteur des biens de consommation est particulièrement demandeur. Les sollicitations concernant les textiles et les articles ménagers avaient respectivement progressé de 39 % et 38 % chez AsiaInspection. « La qualité, c'est notre quotidien », reconnaît un importateur français, qui passe une bonne partie de ses journées à s'assurer de la conformité de ses produits avant départ pour l'Europe.
Les autorités chinoises ont pris conscience de la nécessité de faire monter en gamme la chaîne de production. Dans un paysage industriel disparate, la crise a éliminé de nombreux fabricants peu regardants sur ces problématiques. Mais le chemin reste long. Les usines relèguent souvent la qualité en bas de leur liste des priorités. Aujourd'hui, clients comme fabricants ont une même obsession : le prix. De quoi permettre aux multinationales et aux PME étrangères de niche de garder une longueur d'avance. Pour combien de temps ?
Depuis 2001, le système de contrôle de la qualité s'est structuré avec la création de la puissante Administration générale de la supervision de la qualité et des services de quarantaine et d'inspection (AQSIQ). Son rôle se renforce chaque année, notamment depuis l'affaire du lait frelaté en 2008, qui a eu un énorme impact. Mais la qualité se transforme parfois en arme commerciale. Par le jeu des réglementations, les normes peuvent virer au cauchemar. Le dernier « Position Paper » de la Chambre de Commerce européenne en Chine dénonce les exigences de certification parfois réservées aux entreprises à capitaux étrangers pour restreindre leur accès au marché. Dans le domaine de la certification même, certaines affaires lucratives restent la chasse gardée des acteurs locaux. Des multinationales comme Bureau Veritas ou TÜV ne sont pas autorisées à délivrer les certifications chinoises CCC (China compulsory certificate), équivalent du CE européen. Et au-delà des réglementations, sur le terrain, certains clients chinois prétextent une mauvaise qualité pour refuser des produits ou changer de fournisseurs.
La propriété intellectuelle est souvent une affaire de juristes, de brevets et de marques déposées avant le lancement de la production. Mais elle est aussi l'affaire des inspecteurs qualité. « Nous avons fait faire un meuble. L'objet a passé tous les tests qualité, est parti à l'export jusqu'à ce qu'on s'aperçoive que le design avait été déposé en France dans les années 1970. Personne n'avait rien reconnu », se souvient un importateur européen. Le mobilier et la mode sont des industries souvent touchées par la contrefaçon, mais les biens industriels ne sont pas épargnés. En décembre dernier, l'AQSIQ annonçait avoir dépêché plus de 100 000 agents sur le dernier trimestre de l'année dans les grands bassins de production, dans le cadre d'une campagne anti-contrefaçon. Les principaux produits visés étant les équipements automobiles et les marchandises en vrac. Une manière peut-être de répondre aux pressions européennes. En 2009, 64 % des 118 millions de produits contrefaits saisis aux frontières de l'Europe étaient des produits chinois. Et en septembre dernier, le Commissaire européen à la fiscalité, le Lituanien Algirdas Semeta, avait, lors d'une visite en Chine, regretté que les autorités agissent trop peu en la matière.











