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La logistique, une affaire d'experts

Par Rédaction L'Usine Nouvelle - Publié le

 

Les contraintes réglementaires et les caractéristiques des nouveaux médicaments poussent les dépositaires à revoir leurs méthodes. Leur expertise positionne ces prestataires de logistique en véritables partenaires des laboratoires.

Si le pharmacien n'a pas un médicament disponible, il le commande et le reçoit en quelques heures. Derrière ce geste du quotidien se cache une logistique complexe avec des contraintes réglementaires de plus en plus fortes. Le médicament n'est pas un produit comme les autres. Sa traçabilité doit être parfaite et le code de la santé publique toujours respecté, quels que soient le canal de distribution et le destinataire final, pharmacie ou centre de soins.
Difficulté supplémentaire, tous les médicaments ne peuvent pas être traités de la même façon. Rien de commun entre le paracétamol en cachet et le vaccin ou l'anticancéreux injectable. Ces derniers produits, « high tech », ont des volumes restreints, des prix élevés et se transportent souvent sous température dirigée. « L'activité de logistique est de plus en plus technique avec des investissements importants en technologies et en infrastructures », souligne Francisco Munoz, le directeur des opérations de Depolabo, société marseillaise détenue par le fonds Sagard, et l'un des leaders de la logistique pharmaceutique en France.
Bref, l'expertise demandée est de plus en plus forte et la tendance est à l'externalisation dans les grands laboratoires. « Presque 60 % de la logistique est sous-traitée », souligne François Peignès, associé du cabinet PEA Consulting, en charge du développement du secteur santé. Cette tendance profite aux prestataires de logistique, les dépositaires. L'autre leader français, le clermontois CSP, a augmenté son chiffre d'affaire de 13 % en 2007.
En externalisant, les laboratoires se simplifient la tâche. Les dépositaires livrent sur les trois canaux de distribution : les 200 sites de grossistes répartiteurs, qui achètent les médicaments aux laboratoires et les revendent aux officines et aux hôpitaux, les 22 500 officines, et les 4 000 hôpitaux/cliniques. Chaque laboratoire sous-traite aux dépositaires un canal de distribution ou une partie. Par exemple, il peut désirer garder la main sur les contacts commerciaux mais ne pas vouloir s'occuper de la distribution. Allant jusqu'au bout de la démarche, certains ont résolument sauté le pas du « tout externaliser ». Ainsi, en mai 2007, Depolabo a acheté le site de distribution de Wyeth France, à Blois (Loir-et-Cher), et repris tout son personnel. La vingtaine de dépositaires français espère que cette initiative va faire des émules. A l'inverse, Sanofi-Aventis (environ 18 % du marché français du médicament) n'a pas recours aux dépositaires. « Nous voulons garder la maîtrise de la logistique avec une qualité de services adéquate et un maximum de sécurité. Nous avons suffisamment de volumes pour le faire », explique Gilles Lhernould, le responsable des affaires industrielles du laboratoire.

Des audits sur la qualité et la sécurité

Ce niveau de qualité et de sécurité est contrôlé chez les dépositaires. Pas moins de deux audits par semaine chez CSP ou Depolabo ! D'abord, par les agences réglementaires, les organismes de certification et, bien sûr, par les laboratoires, qui sont responsables de leurs médicaments jusqu'au patient final. Le prestataire de services évolue donc dans un cadre strict. « Les exigences réglementaires sont renforcées depuis 2002 avec la mise en place du guide des bonnes pratiques de distribution », indique François Peignès. Les locaux d'entreposage sont agréés par les agences réglementaires, un pharmacien y est toujours présent. Les prestataires sont aussi garants de la traçabilité des lots de médicament.
En 2010, ils devront passer à la technologie Data Matrix (code bidirectionnel), choisie au niveau européen, en adaptant leur système d'informations. « La technologie de flashage est déjà en place avec le code-barres, il suffira d'installer un laser pour lire le Data Matrix », estime Thierr y Cour tiol, associé chez Newton. Vaureal Consulting.
Difficile, dans ce contexte, de se démarquer sur la qualité pour les dépositaires. Chacun cherche à se différencier en proposant toujours plus de services. Alors que la plupart des dépositaires sous-traitent euxmêmes le transport, CSP a décidé d'investir dans sa propre division transport, qui assure la livraison de la moitié des 90 000 tonnes de médicaments dont il a la charge chaque année. Pour l'instant, il couvre 50 % de la France avec ses propres véhicules. « En 2008, l'objectif est de monter à 70 % », indique Nicolas Baudry, le président du directoire de CSP.
Depolabo, quant à lui, met en avant sa force de vente, composée de 35 commerciaux et 17 correspondants officinaux. Ce dispositif lui permet d'aller de la promotion en passant par la distribution jusqu'à la facturation pour le compte du laboratoire. « Le mois dernier, nous avons lancé un service dédié aux médicaments OTC (sans ordonnance et non remboursés). L'objectif est d'aider les laboratoires au niveau de la présence dans l es of f ic ines » , annonce Francisco Munoz. Le dépositaire a également mis en place un centre d'appels pour donner et recevoir les informations, pour les prises d'ordres et pour l'e-mailing. « Le pur logisticien se transforme en prestataires de services multiples », commente Jacques Ambonville, le fondateur de la société de conseil HAM Consulting. Mais avec toujours en tête l'optimisation et la réduction de coûts, éléments essentiels de l'externalisation.

Une implantation européenne indispensable

Nul prestataire ne peut ignorer que l'heure est à la rationalisation dans les grands laboratoires. Il ne suffira pas de proposer toujours plus de services. Pour rester dans la course, les entreprises de services logistiques seront obligées de couvrir une zone géographique plus large. Après ses deux sites principaux à Paris et à Clermont-Ferrand, CSP vient ainsi d'ouvrir un site en Belgique pour distribuer dans ce pays, au Luxembourg et aux Pays-Bas. La tâche n'est pas simple. Le cadre réglementaire varie d'un pays à l'autre, ainsi que le packaging et le conditionnement. Mais le premier sous-traitant qui sera présent sur l'ensemble des pays européens raflera la mise !

A. P.

« De nouvelles techniques de traçabilité »

Trois questions à Nicolas Baudry, président du directoire du logisticien CSP

Quelle est l'évolution de la logistique du médicament ?
En volume, la taille du marché n'a pas augmenté mais le type de médicament à transporter change. Sur le marché pharmaceutique global français, la croissance en 2007 a été de 4 % en valeur, tirée par les médicaments de spécialité. Ces produits représentent un volume faible mais des contraintes fortes de température, de sécurité...

Quelles sont désormais les contraintes des dépositaires ?
Chaque entreprise de logistique doit s'adapter à la complexité croissante des canaux de distribution (hôpitaux, grossistes, officines). En particulier, l'hôpital est en pleine réflexion pour rationaliser sa logistique. Le prestataire devra aussi évoluer vers les nouvelles techniques de traçabilité : le Data Matrix et la RFID.

Quel est le défi numéro 1 des acteurs français ?
Sans hésiter, l'internationalisation. Les grands laboratoires veulent diminuer le nombre de prestataires. Chaque sous-traitant doit être capable de proposer ses services dans plusieurs pays ou zones géographiques.

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