La LME secoue les usages de la vente et de l'achat
Le 15 janvier 2009 par A. C. | L'Usine Nouvelle n° 3129La loi de modernisation de l'économie amène les négociants à modifier leurs comportements. Au programme : réduction des stocks et déréférencements.
Réduction des délais de paiement, libéralisation des négociations, concurrence accrue... La loi de modernisation de l'économie (LME), votée à l'été 2007 et entrée en vigueur au 1er janvier, oblige les distributeurs professionnels à adapter leur offre et leur stratégie d'achats. « Avec la réduction des délais de paiement, nos marges vont en prendre un coup. Il va falloir trouver la compensation du crédit fournisseur que l'on va perdre », lance Géraud Spire, le président de la Confédération du négoce bois et matériaux (CNBM).
Sept accords dérogatoires interprofessionnels, en attente de validation par Bercy, ont été signés pour demander un échelonnement jusqu'à 2012. Une bouffée d'oxygène attendue impatiemment par les distributeurs professionnels.
REGRET ET SATISFACTION
« Ce serait une catastrophe pour la profession si ces accords n'étaient pas acceptés », prévient Philippe De Beco, le président du directoire du groupement Socoda. Selon Géraud Spire, les distributeurs du bois et matériaux bénéficiaient jusqu'à la fin de 2007 « de 10 à 15 jours de plus pour payer leurs fournisseurs par rapport aux délais demandés à leurs clients. Nous allons devoir réduire encore plus nos stocks », prévient-il. Certains distributeurs évoquent même l'obligation de déréférencer. « Nous avons décidé d'éliminer certains de nos fournisseurs, dont un à qui nous achetions pour 8 millions d'euros de marchandises par an. Cela va nous conduire à nous fournir davantage à l'étranger », regrette Patrick Martin, le PDG du groupe Martin Belaysoud Expansion. A l'inverse, pour certains négociants, cette loi est un moyen de faire pression sur les clients pour accélérer les paiements. « En réduisant les délais, nous avançons moins de trésorerie. Nous avions déjà entamé une politique de diminution des délais de règlement de nos clients. La LME va nous aider à les réduire encore », se félicite Christophe Laubignat, le directeur commercial de Arnaud SAS, spécialisé dans la chimie. Autre bouleversement généré par la loi : la négociabilité des conditions générales de vente des fournisseurs. « Nous avons instauré un système assorti de pénalités pour obtenir des engagements sur la qualité des produits. Nous n'étions pas assez stricts jusqu'à présent », estime Patrick Martin.
La possibilité d'obtenir des critères de vente différenciés devrait aussi favoriser l'apparition de « supercentrales » et la concentration entre enseignes. En décembre 2007, BigMat, Gedimat et Socoda ont créé Timolia (4,6 milliards d'euros de chiffre d'affaires), une centrale commune dans les matériaux de construction, l'électricité et le sanitaire-chauffage principalement, venant se classer à la deuxième place du négoce français, derrière la filiale de Saint-Gobain, Point P (5,7 milliards). En septembre 2007, la Cofaq (Brico Pro, Master Pro et Master Mat) a, elle, rejoint Addok (3,4 milliards), centrale d'achats de fournitures industrielles détenue par Socoda et BigMat. De son côté, Martin Belaysoud Expansion vient de prendre le contrôle du négociant Baudoux Industrie (10 millions d'euros de chiffre d'affaires). Un renforcement du poids des centrales qui devrait diminuer par voie de conséquence les achats autonomes des indépendants.
Enfin, la suppression des Commissions départementales d'aménagement commercial (CDAC) que préconise pour 2009 le député Jean-Paul Charié, le rapporteur de la LME, pourrait aussi changer l'équilibre commercial des distributeurs professionnels. « Le danger serait de voir les grandes surfaces de bricolage venir s'installer sur notre territoire » craint Géraud Spire. De quoi renforcer la guerre entre enseignes dans la distribution professionnelle. .











