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Immigration de travail : la polémique et les chiffres
En annonçant dans une interview au Figaro Magazine, qu’il souhaitait réduire l’immigration légale, et notamment l’immigration pour motif de travail, Claude Guéant, le ministre de l’Intérieur a réussi une jolie levée de boucliers du monde économique. A commencer par la ministre de l’Economie, Christine Lagarde qui a rappelé qu’« à long terme, on aura besoin de main d’œuvre, on aura besoin d’effectif salariés formés ». La présidente du Medef, Laurence Parisot, lui a emboité le pas, indiquant « nous sommes pour l’immigration car elle est source de richesse et d’ouverture ».Selon les propos de Claude Guéant, les « personnes admises au titre de l’immigration du travail » représentent 20 000 arrivées par an. En novembre 2010
, le rapport officiel préparé par Corinne Régnard établissait que le nombre de migrations de travail avait reculé entre 2008 et 2009, passant de 23 786 à 22 450 (pour les salariés stricto sensu, les chiffres sont de 22 719 et 20 655). Toutefois, l’auteure du rapport indiquait que les chiffres étaient difficilement comparables en raison d’un changement de définition. Pour la seule année 2009, un peu moins de la moitié des migrants arrivés venaient d’Afrique et près d’un quart d’Asie. « Près d’un salarié permanent sur deux admis au séjour « n’entre pas » physiquement sur le territoire mais bénéficie d’un changement de statut : cette proportion atteint 81,9 % en 2009 » note Corinne Régnard.
Le rapport insistait aussi une autre modification quant à la répartition des personnes concernées : « la part des techniciens, agents de maîtrise, cadres (y compris de haut niveau) et ingénieurs qui était de l’ordre de 70,8 % en 2001 n’est plus que de 43,5 % en 2009 au profit des ouvriers/employés qualifiés (40,2 % en 2009 contre 19,1 % en 2001). De même, la proportion d’étrangers admis au séjour travaillant dans le secteur du BTP est passée de 4,6 % en 2001 à 17,3 % en 2009. » Toujours en 2009, 67,9 % des migrants travaillaient dans le secteur tertiaire. A cet égard,
Veolia Propreté France a publié
un rapport sur les salariés étrangers employés par l’entreprise. Le débat ne fait que commencer.
Le niet de Parisot à Nicolas Sarkozy
Dans son expression publique, la patronne du Medef a une telle maîtrise d’elle-même qu’il est difficile de savoir quand elle est ou non en colère. Pourtant, lors de son point de presse mensuel du 12 avril, il n’était pas nécessaire d’avoir un doctorat en psychologie pour comprendre son agacement devant la proposition du chef de l’Etat de créer une nouvelle prime, qui serait versé aux salariés en cas de hausse des dividendes payés aux actionnaires. Nicolas Sarkozy avait exprimé ce souhait lors d’un déplacement à Issoire, en
Auvergne. Laurence Parisot l’a renvoyé dans les cordes, rappelant que le meilleur moyen d’augmenter la participation et l’intéressement – autrement dit de donner du pouvoir d’achat – serait de supprimer le forfait social, c'est-à-dire le prélèvement mis en place par le gouvernement Fillon, dont le taux est passé à 6 % dans la dernière loi de finances.
Laurence Parisot a d’autant plus beau jeu de s’énerver de l’activisme du président de la République qu’elle entend défendre le paritarisme, c’est-à-dire la capacité des partenaires sociaux de résoudre eux-mêmes les problèmes qui les concernent. A son moulin, elle met en avant les trois accords qui viennent d’être signés en quelques semaines (retraites complémentaires, assurance chômage et emploi des jeunes). Et rappelle que « depuis 2005, 34 accords interprofessionnels ont été signés, dont 14 fondamentaux. » Présidentielle, elle veut donner du temps au temps, rappelant que la négociation sur la répartition de la valeur ajoutée est en cours. Le politique sera-t-il être suffisamment patient ?
De plus en plus de cadres dans l’industrie
L’association pour l’emploi des cadres (Apec) a réalisé une étude sur les cadres dans l’industrie. Le taux d’encadrement a littéralement bondi dans le secteur dit secondaire, passant de 12 % à 16 % entre 1994 et 2010. Le mouvement est quasi général, et concerne aussi bien la chimie (passée de 15 à 20 %) ou l’industrie automobile (de 7 à 9 %). Seule exception l’industrie agro-alimentaire qui voit son taux de cadre régresser de 10 % à 9%. Autre conclusion de l’étude : la nature des cadres recrutés a changé au cours du temps. « Conséquence de l’évolution structurelle de l’industrie vers davantage de valeur ajoutée, le secteur a connu un double mouvement : les cadres des fonctions de production industrielle-chantier ont perdu du terrain dans l’ensemble des recrutements au profit des cadres d’études-R & D », note l’association.
L’intérim confirme sa bonne santé
Premières victimes de la crise, les intérimaires sont aussi les premiers à bénéficier de la reprise de l’activité, dont ils sont en quelque sorte un indicateur avancé. Les statistiques de Pôle emploi de février confirment le changement de climat dans les usines et les bureaux, puisque le nombre d’intérimaires a progressé de 2,3 % en un mois et 18,1 % en un an. Dans l’industrie la progression mensuelle atteint 3,3 % : l’industrie automobile (fabrication de matériels de transport dans le langage de l’Insee) croît même de 6,5 %. Autre signe intéressant pour l’industrie, les intérimaires intervenant dans les bureaux d’études (« les activités scientifiques et techniques, les services administratifs et de soutien » dans le langage décidément poétique du statisticien national) progressent de 1,4 %.
Christophe Bys
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