La lettre du social et du management du 25 novembre au 1er décembre
Publié leFace à la crise, François Chérèque réclame plus de dialogue social
« On fait une offre de dialogue social, et elle est rejetée. Je ne comprends pas pourquoi le gouvernement ne donne pas suite à notre demande d’un sommet social », feint de s’étonner François Chérèque, reçu ce jeudi matin par l’Association des journalistes de l’information sociale (AJIS). Il feint seulement, parce qu’en réalité, le leader syndical est parfaitement conscient qu’organiser une telle rencontre entre le gouvernement et les partenaires sociaux, « c’est reconnaître un gros problème économique à quelques mois d’une élection présidentielle… » Rappelant qu’il a réclamé ce sommet dès cet été, aux premières signes de ralentissement économique, il regrette qu’on ait pris « trois mois de retard ». Et de souligner aussi que dans les autres pays européens, notamment en Italie et Espagne, où le gouvernement vient de changer, les partenaires sociaux ont été consultés. Face aux mauvais chiffres du chômage, le secrétaire général de la CFDT plaide pour un vaste plan pour l’emploi, qui se traduirait par des mesures d’accompagnement du chômage partiel, que les petites entreprises utilisent peu car elles le connaissent mal, par de la formation pour éviter le recours aux licenciements, par des emplois aidés et des moyens accordés à Pôle emploi pour faire face à cet afflux de chômeurs. « Les remontées que nous avons des régions montrent que les problèmes de PSA et Areva ne sont qu’une partie de l’iceberg, que les sous-traitants de 2e et 3e niveaux, les petites entreprises, sont en grande difficulté et vont fermer si on ne fait rien », alerte François Chérèque. La journée de mobilisation intersyndicale du 13 décembre sera l’occasion, pour les organisations syndicales, de faire connaître dans les entreprises leurs propositions pour l’emploi. « Les salariés sont très inquiets et angoissés », conclut le patron de la CFDT.
Emploi : tous les indicateurs virent au rouge foncé
Une envolée du chômage, des demandeurs d’emploi qui le restent de plus en plus longtemps, des prévisions noires pour l’an prochain… Quel que soit l’indicateur retenu, il est mauvais pour l’emploi. Chiffre le plus fort de la semaine : l’importante progression du chômage, avec 34400 demandeurs d’emploi de plus en octobre. Au total, 2,814 millions de personnes sont au chômage, un niveau qui n’avait plus été atteint depuis décembre 1999. Parmi eux, les séniors et chômeurs de plus de trois ans, sont de plus en plus nombreux. En ajoutant les demandeurs d’emploi ayant exercé une activité réduite, le total de personnes cherchant un emploi monte à 4,45 millions. Même l’intérim, qui était reparti à la hausse depuis deux ans, perd 20000 postes au troisième trimestre. Ce baromètre de la conjoncture confirme donc que beaucoup de ces mauvais chiffres s’expliquent par le ralentissement économique de l’automne. Parmi les nouveaux inscrits à Pôle emploi, le nombre de victimes de licenciements économiques est d’ailleurs en hausse de 7,7% en octobre… Et ce n’est pas fini. Le bâtiment prévoit un retournement du marché mi-2012 et la suppression de 35000 emplois l’année prochaine (interim compris). Et l’OCDE, qui pronostique une croissance proche de zéro en 2012, annonce un chômage à 10,4% fin 2012 en France (9,6% actuellement), la barre des 10% étant vraisemblablement franchie en pleine campagne présidentielle... Tous les pays européens sont touchés par la hausse (taux moyen de 9,8% dans l’Union européenne), le record étant battu par l’Espagne, avec 22,8% de chômage... Tous les pays européens sauf l’Allemagne, qui voit son chômage baisser, et affiche un taux insolent de 5,5% de chômeurs en octobre.
Bientôt des intérimaires à durée indéterminée
Le ministre de l'Emploi, Xavier Bertrand, est favorable à la création d'un CDI pour les intérimaires, a-t-il indiqué lors du Grand Jury RTL Le Figaro. Un intérimaire en CDI, voilà qui a des allures d'oxymoron, cette figure de style qui consiste à associer deux mots exprimant des idées contradictoires (une obscure clarté est un classique du genre).
Pour le président de Randstad France, François Béharel, qui avait proposé cette mesure dès le mois de février de cette année, il n'en est évidemment rien. Il rappelle que près d'un cinquième des intérimaires le sont aujourd'hui par choix, loin de l'image d'un intérim synonyme de travail précaire et subi (sans nier que cette forme de travail en intérim non désiré puisse exister). Pour lui, « la mesure contribuerait à améliorer encore l'image de notre métier. » Mais ce n'est pas tout. Proposer un CDI à un salarié en intérim contribuerait à le fidéliser et sécuriser sa situation entre deux missions. Pour certains métiers en situation de pénurie, cette entre-deux est souvent très court voire inexistant.
Le CDI dans l'intérim permettrait « aussi de mieux utiliser les 40 millions d'euros que notre entreprise investit chaque année dans la formation », toujours d'après François Béharel. Comment ? En évitant les doublons de formation rendus nécessaires chaque fois qu'un intérimaire quitte un poste et qu'il faut former à nouveau son successeur.
La mesure est intéressante ; elle participe à assurer davantage de sécurité aux salariés en intérim, tout en donnant de la souplesse aux entreprises clientes, un élément qui créerait la fameuse flexisécurité à la française. Reste à savoir si le ministre du Travail aura le temps d'ici à l'élection présidentielle d'aller au-delà de la déclaration d'intention.
Christophe Bys et Cécile Maillard
A lire cette semaine dans L'usine nouvelle :
- Bonnes pratiques
- Comment Boeing compte rattraper le temps
- La SNCF et RFF planifient le big bang des horaires

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