La grève est un test pour Nicolas Sarkozy, selon la presse internationale
Par Morgane Remy - Publié le
Les grèves françaises font la Une des sites d’informations à travers le monde. De la télévision arabe Al-Jazeera à CNN en passant par Euronews, le risque de raréfaction du carburant, les dérapages de la grève contre la réforme des retraites et les réactions du gouvernement sont filmés, décrits et commentés.
Petite revue de presse en quelques clics:
En Europe, nos voisins nous observent pour savoir comment Nicolas Sarkozy va gérer la crise.
Pour le quotidien suisse Le Temps, « la mobilisation est montée d’un cran, lundi, avec l’entrée des routiers dans le mouvement et le maintien de la pression dans les raffineries. » Pour le journaliste, « le spectre d’une pénurie générale se fait plus précis. » L’éditorialiste Ignace Jeannerat avait, quant à lui, appelé en en « finir avec cette infirmité nationale où les privilégiés de la grogne étouffent les majorités (encore) silencieuse », dans un article du Temps repris par Courrier International.
Si l’on traverse les Pyrénées, le quotidien El Païs fait sa Une sur les risques de pénuries de pétrole à cause de la grève reconduite dans les raffineries. Ce choix éditorial (la Une) s’explique par le fait que l’Espagne, elle-même, était en grève à cause de la réforme des retraites, qui prévoit de passer de 65 à 67 l’âge des retraites. La grève du 29 septembre dans le pays avait été très suivie.
De l’autre côté de la Manche, la BBC rappelle que le ministère de l'industrie assure qu'il y a onze jours de réserves de carburant et que la pénurie sera évitée. Néanmoins, le Financial Times voit en ces grèves le « plus grand test auquel le Président doit faire face ». Et le journal espère la victoire de ce dernier : « Sa décision de s’attaquer au sacrosaint âge légal de la retraite – trois ans en dessous de la moyenne des pays de l’OCDE – est courageuse. » Mais, l’éditorialiste rappelle que « le sentiment d’injustice est fort, pas seulement à cause de la réforme en elle-même, mais aussi parce que la réforme a été menée au pas de charge sans beaucoup de négociations. »
Outre Rhin, le correspondant à Paris pour le Spiegel, commente la stratégie de Nicolas Sarkozy : « il se cache ». « Sa stratégie est de ne pas réagir à cette vague de colère populaire », ajoute-t-il à destination des Allemands. La colère est mise en avant par une vidéo de casseurs pendant les manifestations. Et pour Stefan Simons, alors que la pression augmente dans la rue et les raffineries, « si le pari de Sarkozy ne s’avère pas rapidement gagnant, le président va se trouver à court d’alternative. » Auparavant, l’hebdomadaire rappelait que les conséquences de la grève française n’étaient pas contenues par les frontières hexagonales : « En Allemagne, par exemple, un tiers des avions de la Lufthansa à destination de la France et de pays limitrophes ont été cloués au sol. »
Aux Etas-Unis, l’accent est mis avant tout sur la grève des raffineries.
CNN angle sur le risque de pénurie avec un article intitulé : « Les stations d’essences françaises commencent à manquer. » Le site internet de la chaîne télévisée propose un dossier complet sur les grèves et un reportage vidéo montre l’ampleur de la grève et du sentiment anti-sarkoziste dans les cortèges. « Une chose que l’on découvre en parlant aux manifestants, spécialement les jeunes, c’est que la grogne ne concerne pas seulement la réforme des retraites mais aussi des questions de justice sociale », commente le journaliste Jim Bitterman à proximité de la place de la Bastille.
Dans la presse économique américaine, le sujet est traité abondamment. Le Wall Street Journal commente l’arrivé des camionneurs et la pénurie organisée par l’arrêt des raffineries comme « un geste qui va accentuer la pression » sur le gouvernement. Les journalistes de Bloomberg s’accordent avec leurs confrères du WSJ. Ils ajoutent une information : « En excluant la raffinerie en sommeil à Dunkerque, la France est capable de produire 1,84 milliards de barils de pétrole par jour. » Ce qui ne laisse pas une marge de manoeuvre importante. « Depuis la grève du 7 septembre, l’estimation du risque des actions française a fortement augmenté », conclut Bloomberg. Et The Economist rappelle ainsi : « Même si le nombre de manifestants est important, ce sont les grêves [dans les raffineries] qui ont le pouvoir de déranger le gouvernement ».
Morgane Remy

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