Nous vivons un temps paradoxal. Cette semaine, la pléthore d’indicateurs publiés envoie des messages contradictoires envers les marchés. Prenez par exemple l’économie américaine. Comme le relève le New York Times, l’économie semble repartir si l’on en croit les chiffres de l’emploi avec 1,1 millions d’emplois créés au premier trimestre, les meilleurs chiffres depuis 2005, du marché de détail et de l’immobilier. Pourtant, la Maison Blanche se refuse à se laisser aller à l’euphorie. Une prudence excessive ?
Difficile de le dire, mais si l’on en croit Wall Street, cette prudence est aussi de mise sur les marchés boursiers. Certes l’indice est à la hausse à l’aune des actions, mais le rallye de ces derniers mois s’est joué sur des volumes de transactions relativement faibles sur le trimestre.
A l’identique en France, le CAC 40, qui avait surpassé les 4000 points a vite eu fait de repasser sous cette barre symbolique, inquiet de la solvabilité de la Grèce et de la stabilité de l’euro corrélative. L’exposition des banques à la dette reste floue et les chiffres contradictoires, mais chacun spécule sur un futur incertain et une contagion possible aux autres pays de la zone euro. Ce vendredi est un jour faste avec une hausse en matinée de 1,19% à 4025 points. Les déclarations de Jean-Claude Trichet sur le remboursement de la dette par la Grèce, avec une aide européenne probable, a quelque peu rassuré les marchés.
Dans ce paysage, outre les valeurs bancaires,les valeurs cycliques sont les premières à flancher. Renault,Arcelor Mittal, Vallourec, Alstom... toutes ont perdu du terrain cette semaine malgré un léger sursaut ce vendredi, à l’exception de Michelin pénalisé par la hausse des prix du caoutchouc. Sur les sectoriels, l’Automobile cède ainsi 2,78% ; le Pétrole et Gaz, 0,20%, les autres secteurs étant étales. L’automobile sera d’ailleurs un secteur à surveiller comme le lait sur le feu dans les mois à venir. Les constructeurs commençant déjà à accuser un retour de flamme de l’arrêt de la prime à la casse, plombant de facto la consommation intérieure. D’ailleurs, la production industrielle progresse, mais à un rythme modéré et poussé par la croissance des biens intermédiaires. De la même façon le taux d’utilisation des capacités de production se redresse légèrement, bien qu’en deçà de la normale. Des signaux qui déclenchent l’optimisme pour les mois à venir, mais un optimisme mesuré et prudent, et surtout subordonné au marché de l’emploi, principal moteur de l’économie en France.
Pour certains analystes, si le marché de l’emploi tend à se stabiliser, l’inquiétude est dans une consolidation du secteur industriel. Les valeurs qui composent ce secteur ont en effet largement repris du poil de la bête ces douze derniers mois, mais atteignent un point de résistance difficile à passer et serait signe d’un retournement vers une consolidation à venir. Autrement dit, une baisse globale. Un schéma en apparente contradiction avec la hausse des matières premières, mais cohérent dans le paysage global où cette hausse est essentiellement due par la demande intérieure chinoise dont l’économie reste toujours en surchauffe. C’est d’ailleurs pour calmer cette dynamique et juguler l’inflation rampante que le gouvernement aurait finalement accepté d’ajuster le Yuan à la hausse en le découplant du dollar. Cette hausse probable permettrait ainsi au gouvernement chinois de doper la croissance domestique, réduire la facture des importations et soulagerait la Banque centrale.
Une nécessité pour la Chine qui tente de mettre en gouvernance plus pointue de son marché intérieur en tentant de le structurer.