Inondations, enlèvements, l'actualité récente nous rappelle que le risque est partout. Pour s'en prémunir, du 4 au 7 novembre, la gestion des risques tient salon au sein d'Expoprotection (Paris Nord Villepinte). Pour la première fois, le risque industriel
Incendie, risque naturel, risque juridique, environnemental ou managérial, le risque pour l'entreprise est polymorphe, où est la limite de la gestion des risques ?
Jean-François Sol Dourdin : Il est difficile de poser les limites et les contours de ce domaine. On passe sa vie à en découvrir de nouveaux types, ce que l'on appelle les risques émergents et qui seront abordés au sein d'Expoprotection. De manière générale, nous prônons une approche transversale des risques car tout est lié. Très souvent, un accident qui se produit met en jeu plusieurs domaines. Le cas AZF est un très bon exemple de cette transversalité. A l'origine, il y a un procédé de fabrication générateur de risques avec un entreposage douteux et l'accident qui déroule toute la trame du risque : l'accident du travail avec des gens blessés, la malveillance avec l'hypothèse terroriste, qui pose la question de la protection des locaux, le risque environnemental (explosion et pollution), puis managérial et juridique (responsabilité des dirigeants) et pour finir la gestion de crise.
Le risque industriel est d'ailleurs une nouveauté pour Expoprotection.
J-F. S. D. : Ce type de risque bénéficie d'approches nouvelles et plus récentes. Chaque année, plusieurs centaines d'accidents industriels ont lieu et certains peuvent être inquiétants à terme. L'actualité estivale avec les incidents autour de Tricastin en est un exemple. Il faut rappeler qu'en
France il y a environ 30 000 sites, dont 1 500 classés Seveso, qui présentent un risque industriel et ce dans tous les domaines : agricole, chimique, métallurgique... A côté du risque industriel, lors du salon, nous proposons des réponses et des informations sur les approches transversales, mais aussi verticales du risque avec des thématiques sur la santé et la sécurité au travail qui occuperont un large espace, la lutte contre la malveillance etc. Nous avons aussi musclé le salon avec des conférences de très haut niveau faisant intervenir des experts sur chaque sujet, dont le risque juridique et managérial.
Les risques juridiques et managériaux touchent au cœur de l'entreprise et de son activité. Les PMI/PME sont-elles conscientes de l'importance de la gestion des risques ?
J-F. S. D. : C'est un peu le paradoxe de la gestion de risques, c'est une approche centrale et stratégique pour l'entreprise et pourtant un grand nombre d'entre elles l'abordent par défaut, car le risque est latent et invisible. Il existe là où vous ne l'avez pas anticipé. Dans les entreprise moyennes les approches sont très lacunaires, car elles ne sont pas assez sensibilisées au sujet. Nous avons de nombreux exemples de PMI qui ont mis la clé sous la porte après un sinistre incendie ou un accident grave d'un salarié qui a eu pour conséquence l'inculpation pénale du dirigeant. Même sur les risques naturels, je me souviens d'une PME qui avait l'habitude de stocker ses données essentielles au sous-sol. Une inondation a eu lieu, détruisant ses données, et l'entreprise ne s'en est jamais remise.
Comment les entreprises moyennes peuvent-elles au mieux prendre en compte les risques ?
J-F. S. D. : La plupart du temps, les PME/PMI se tournent en priorité vers leur assureur et tentent de se couvrir avec des polices d'assurance. Ensuite, elles tentent de se mettre en conformité avec la règlementation (incendies, maladies professionnelles...). Une évaluation rigoureuse des risques est un métier, il n'est pas possible de tout faire soi-même dans ce domaine quand vous êtes une entreprise moyenne et plutôt que de faire l'autruche, il vaut mieux faire appel à des prestataires dotés d'outils d'évaluation dédiés aux PME. Un patron de PME a beaucoup de choses à faire, mais le coût de la tranquillité passe par cet appel à des prestataires. Il faut l'intégrer dans la comptabilité. Il y a des équipements et des solutions adaptées à tous les budgets.
Au vu de la palette des risques, les entreprises sont-elles accompagnées sur ce sujet ?
J-F. S. D. : Il y a des initiatives publiques sur à peu près tous les sujets. Il y a aussi de nombreuses fédérations, souvent d'offreurs, qui sont impliquées dans la normalisation et la réglementation. De la même façon, on recense plusieurs centaines d'associations issues des entreprises, c'est d'ailleurs un phénomène assez récent. Ces associations se fédèrent pour mutualiser leurs connaissances et retours d'expériences. Ce dernier point est le plus difficile sur ces sujets. A chaque fois, les problématiques sont nouvelles et il faut sans cesse se remettre en question. Par définition, le risque n'est pas maîtrisé et l'échange de données est essentiel.
Plus la société progresse, plus il semble y avoir de risques. Est-ce inéluctable ?
J-F. S. D. : La question du risque pose une question fondamentale : veut-on une société fondée sur la croissance ou non ? Il faut vivre dans le réel, nos sociétés sont interconnectées et interdépendantes avec en corollaire une compétition mondiale. L'immobilisme, c'est le recul. Le risque nucléaire existe, faut-il pour autant arrêter le nucléaire ? Cela pose la question de la gouvernance de nos sociétés. L'homme reste rarement immobile, et du risque naturel, l'humanité est aujourd'hui confrontée à des risques liés à sa propre activité. L'homme crée du progrès et le risque qui va avec. Un vaccin peut provoquer de la sclérose en plaque, les nanomatériaux ont peut être un risque sur l'organisme humain, tout comme le téléphone mobile... Si vous refusez le risque, vous tombez dans l'immobilisme le plus total. Autant avoir une démarche pour sa gestion.
Propos recueillis par Fabrice Frossard
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Maîtrise des risques : impliquer les PME-PMI, 21/10/2008
AZF : six ans après, quels risques industriels ?, 21/09/2007
Les dirigeants de PME/PMI face aux risques
Un sondage réalisé (en 2005) par le cabinet de gestion de risques Marsh et l'Association française des juristes d'entreprise (AFJE) faisait un constat alarmant : 40% des PME/PMI ne sont pas sensibilisées à l'ensemble des risques auxquels elles sont confrontées. Seuls 45% des dirigeants se réunissent pour suivre les risques majeurs de leur activité.
Au sein des PME, seules 42% d'entre-elles ont une cellule en charge de la gestion des risques et 30% font appel à un prestataire externe pour dresser une politique de gestion de risques. Enfin, dans la majorité des cas, c'est la direction générale ou financière qui s'occupe de la gestion des risque dans l'entreprise.