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La fusion Suez-GDF vouée à l'échec ?

19/05/2008
Commandé par le Comité central d'entreprise de Gaz de France, un rapport d'expertise souligne notamment les risques de revers du futur géant de l'énergie sur le marché français.
La fusion Suez-GDF vouée à l'échec ? Suez et Gaz de France parviendront-ils à se marier un jour ? Depuis son annonce en février 2006, le projet de fusion ne ressemble en rien à un long fleuve tranquille. Nouvelle vague à contre-courant, un rapport*, rédigé par le cabinet d'analyse financière et de conseil aux comités d'entreprise Secafi-Alpha, pour le Comité central d'entreprise (CCE) de GDF, analyse notamment la « fragilité du business plan » et « le handicap de compétitivité insurmontable » face au futur rival EDF. Il évoque également les éventuelles séparation du réseau de transport et mise en concurrence des concessions.

Partant d'une critique de deux hypothèses fondamentales de la stratégie du futur groupe Suez-GDF, à savoir une évolution des prix du pétrole inverse à la tendance actuelle et la convergence, à partir de 2010, des tarifs régulés avec les prix du marché de gros, ce document envisage les risques qu'encourt le futur géant de l'énergie sur le marché français.

Les tarifs administrés, facteur essentiel de fragilité

« A nos yeux, le niveau des tarifs administrés de l'électricité en France reste un facteur essentiel de fragilité du business plan de GDF-Suez. Tant que les principes tarifaires actuels resteront appliqués, la capacité du groupe à conquérir des clients en électricité sera hypothéquée. Dans ce contexte, les évolutions récentes des cours du pétrole ne sont pas propices à l'atteinte des objectifs commerciaux du groupe en France », écrit le cabinet Secafi-Alpha.

En effet, EDF, qui a largement amorti ses réacteurs nucléaires, présentera toujours des coûts de production d'électricité inférieurs à son concurrent GDF-Suez, qui devra se fournir auprès du groupe dirigé par Pierre Gadonneix ou produire avec des centrales à gaz. Or, GDF prévoit de perdre à moyen terme environ 20 % de parts de marché dans le gaz, compensées par une croissance des parts de marché dans l'électricité, notamment à travers une offre « duale » gaz-électricité.

Un nouveau recours de la CGT ?

La direction de GDF, qui estime ne pas avoir à commenter le contenu de ce rapport, rappelle qu'elle attend l'avis du CCE pour fin mai (le 26 probablement) et que avis positif ou négatif (comme celui du comité d'entreprise européen de GDF début mars), la procédure de fusion suivra son cours avec la réunion de chacun des deux conseils d'administration pour entériner le mariage, avant que les assemblées générales ne se prononcent par vote. Le bout du tunnel est toujours prévu pour « mi-2008 » (fin juin), mais un décalage de « quelques jours ou quelques semaines » n'est pas exclu.

De son côté, la CGT de Gaz de France a demandé en fin de semaine dernière au P-DG de GDF, Jean-François Cirelli, d'ouvrir immédiatement des négociations sur « les garanties collectives et individuelles des salariés ». Estimant toujours ne pas avoir reçu suffisamment d'informations sur le projet de fusion, la CGT ne souhaite pas que le CCE (9 membres CGT, 5 CGC, 3 CFDT et 3 FO) donne son avis pour l'instant et réfléchit à un nouveau recours juridique (en référé).

Matthieu Maury


* Rapport (remis au CCE le 7 mai) évoqué dans l'édition de samedi 17 mai du Parisien/Aujourd'hui en France et dont la rédaction de l'Usinenouvelle.com s'est également procuré un exemplaire.


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