imprimer

La folle semaine de Gazprom

Par Rédaction L'Usine Nouvelle - Publié le
reuters_gaz_cadre

Moscou souffle le froid et le chaud sur l'Europe privée de son gaz : des observateurs européens arrivent aujourd'hui et tout indique que l'or bleu devrait rapidement revenir dans les tuyaux ukrainiens .

Une farce qui se répète tous les ans. « On joue à se faire peur », résumait un analyste. Un quart du gaz consommé par l'Europe est russe. Ces 8 derniers jours, 75% de ce gaz importé de Russie n'est pas arrivé en Europe, les vannes du gazoduc traversant l'Ukraine ayant été coupées pour cause officielle de dette impayée et de désaccord tarifaire entre l'Ukraine et la Russie. Une pomme de discorde qui revient tous les hivers, au moment de renégocier les contrats et les tarifs entre Gazprom et l'Ukraine. De façon générale, l'impact de ce manque sur l'Europe se limite actuellement à un recours majeur aux stocks sous-terrains de gaz et au GNL arrivé par bateau. Si la pénurie se prolongeait, les conséquences seraient désastreuses pour l'Europe de l'Est. Mais rien ne pousse Gazprom à laisser la disette de gaz durer. D'ailleurs, Gazprom a annoncé aujourd'hui que Kiev était prêt à accueillir des observateurs européens pour surveiller le transit de gaz russe par l'Ukraine vers l'Europe. Un cérémonial tripartite pour sceller la reprise des livraisons gazières aux Européens, Bruxelles ayant sûrement trouvé les arguments pour convaincre l'ours russe en mal de devises.

L'Est à la diète. En pratique, l'Europe ne pourra recevoir à nouveau du gaz russe via l'Ukraine qu'après un délai minimum de trois jours suivant le moment où Moscou décidera de rouvrir les vannes, a indiqué la Commission européenne. En attendant, plus de 70 entreprises et écoles ont été fermées en Bulgarie faute de chauffage. Une situation quasi identique sévit en Bosnie-Herzégovine et en Serbie. C'est que les pays d'Europe de l'Est sont les plus dépendants du gaz russe : 100% pour les pays baltes, la Bosnie, 98% pour la Bulgarie... tandis que la France ne compte que 15% de gaz russe dans son mix énergétique. Premières à devoir économiser, les industries les plus consommatrices de gaz telles que la sidérurgie ou le secteur électrique : le 7 janvier, Arcelor Mittal a suspendu sa production faute de gaz à Zenica en Bosnie. Suzuki en Hongrie, PSA et Kia Motors en Slovaquie ont fait de même le 8 janvier. Cela ne tombe pas plus mal en période de crise économique, alors qu'elles doivent de toutes façons multiplier les mesures de chômage technique et réduire la voilure.

Part du gaz russe par rapport à la consommation européenne en volume :
(Bcf/d = milliards de mètres cubes par jour x 0.3048)





« Le gaz c'est la Russie , le gaz c'est la nation russe, le gaz c'est l'armée russe », avait déclaré Vladimir Poutine lors de l'anniversaire de Gazprom. L'homme fort du Kremlin compte aussi sur la crise du gaz pour mettre en avant le projet de gazoduc North Stream. Un projet commun entre Gazprom et les groupes énergétiques allemands BASF et EON, qui doit relier directement la Russie à l'Allemagne, sous la Baltique, en évitant l'Ukraine, la Pologne, et les pays baltes. "Nos partenaires européens réalisent maintenant que ce projet est nécessaire et doit être mis en oeuvre rapidement", a-t-il souligné. Avec Gazprom, Moscou dispose d'un moyen de pression et de dissuasion vis-à-vis de l'Europe et des Balkans mais c'est une arme à double tranchant. En prenant la décision de couper les livraisons à l'Ukraine, Poutine prive l'entreprise Gazprom d'une partie de ses revenus : le gaz passant par l'Ukraine représente près de deux tiers de son budget. Or Gazprom est très endetté, sa capitalisation boursière a fondu comme neige au soleil, ses installations, héritées de l'URSS, commencent à vieillir, et il lui faut de l'argent frais pour exploiter de nouveaux gisements. Le géant gazier se voit devenir l'égal d'Exon ou de l'Aramco. Mais avec l'effondrement des prix du gaz, sa santé financière n'est plus aussi clinquante qu'en juillet, quand le baril de pétrole culminaite à 147 dollars.

Ana Lutzky

Partagez l’info :

Partager cet article avec mon réseau profesionnel sur Viadeo linkedin Partager cet article sur Wikio envoyer à un ami

Effectuer une autre recherche

Rechercher
À la une
Jean-Baptiste Collin de Sussy

La sémantique de l'industrie

Ne dites plus industrie, mais redressement productif. C'est désormais le nom de ce ministère qui a vu le jour pour la...

Neri Oxman

L'impression 3D détournée par l'artiste Neri Oxman

L'architecte et designer Neri Oxman expose au Centre Georges Pompidou, à Paris, ses sculptures...

Guillaume Klossa

"Je suis fasciné par les technologies sans fil"

Guillaume Klossa, qui vient de publier un rapport sur l'impératif industriel, répond à notre...

Arnaud Montebourg

La semaine chargée d’Arnaud Montebourg, et le reste de l’actualité industrielle

On le savait déjà. Ministre est un métier à plein temps. Arnaud...


© L'Usine Nouvelle    - Publicité- Conditions générales d'utilisation - RSS - Pour nous contacter