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La flexicurité a prouvé son efficacité

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Le gouvernement danois a mis en place la flexicurité dans les années?1990. Depuis, il s’est contenté de retoucher l’indemnisation et l’accompagnement des chômeurs.

La flexicurité a prouvé son efficacité
En moyenne, les demandeurs d’emploi danois retrouvent un travail en treize semaines.

Chiffres clés

  • Taux de chômage (BIT, 2015) : 6,2 %
  • Taux d’emploi (2015) : 73,5 %
  • Coût horaire de la main-d’oeuvre dans l’industrie manufacturière (2015) : 42,4 euros
  • Part des bas salaires (2012) : 7,7 %
Sources : OCDE, Eurostat

 

Deux ans de chômage au lieu de quatre. C’est la principale réforme du marché du travail danois réalisée en 2010. L’économie du petit royaume, très réactive, avait plongé avec la crise de 2008, entraînant un déficit public jugé excessif par la Commission européenne. Cette réduction de la durée d’indemnisation, destinée à rassurer Bruxelles, s’est accompagnée d’un durcissement de l’accès à l’assurance chômage. Il faut désormais avoir travaillé 52 semaines au cours des trois dernières années, contre 26 auparavant, pour être indemnisé. Pour les Européens du Sud, l’effort peut paraître minime. Pour les Danois, la pilule a été difficile à avaler. Cette réforme remettait en cause l’un des piliers du modèle danois de « flexicurité ». Née à la fin des années 1990, la flexicurité repose sur trois principes complémentaires, qualifiés de « triangle d’or » : une grande souplesse du droit du travail et des licenciements, une généreuse prise en charge des demandeurs d’emploi et d’ambitieuses politiques de retour à l’emploi.

« Au début de la crise, les Danois étaient inquiets, car rien ne s’opposait aux licenciements, explique Bernard Gazier, économiste et enseignant à l’université Paris 1. Les demandeurs d’emploi ont été beaucoup plus nombreux, mais ils ont été accompagnés par des politiques de l’emploi efficaces. Aujourd’hui, le pays a quasiment retrouvé son niveau d’emploi d’avant la crise. Cela valide le modèle de flexicurité. Mais il coûte très cher et n’est pas reproductible partout. » En mars 2016, le chômage a atteint son plus bas niveau depuis mars 2009, à 4,2 %, selon le mode de calcul national. Pendant les années de crise, le Danemark a consacré jusqu’à 1,8 % de son PIB aux politiques d’accompagnement des demandeurs d’emploi (contre 1,2 % en temps normal), ce qui le place en tête des pays de l’OCDE pour ce type de dépenses. Le royaume consacre également 2 % de son PIB à l’indemnisation des chômeurs. Une indemnisation théoriquement généreuse, puisqu’elle s’élève à 90 % du salaire. Mais son plafonnement à un niveau relativement bas limite le nombre de bénéficiaires d’un tel taux.

Obsession du retour à l’emploi

Après 2008, les réformes se sont concentrées sur l’assurance chômage et sur le renforcement des politiques actives de l’emploi. L’obsession du Danemark, c’est le retour à l’emploi, un principe de « work first » partagé par tous les pays nordiques. Une série de mesures a cherché à limiter l’éloignement du marché du travail des demandeurs d’emploi : suppression de l’aide sociale pour les moins de 30 ans, obligés de travailler et de se former, accès limité à la pension d’invalidité et restrictions des congés de longue maladie. « Les politiques de l’emploi ont été ciblées sur les publics qui souffraient le plus, jeunes, seniors et peu qualifiés », analyse Dominique Acker, la conseillère sociale pour les ambassades de France des pays nordiques. Plusieurs milliers de places d’apprentissage ont été ouvertes, les moyens alloués au fonds d’aide au reclassement des licenciés économiques ont été multipliés par deux, tout comme ceux versés aux jobcenters. Ces antennes du service public de l’emploi ont été confiées aux municipalités, qui sont responsables de l’accompagnement des chômeurs.

Pour éviter les licenciements, notamment dans l’industrie, les règles du chômage partiel ont été assouplies en 2009. C’est ainsi que la multinationale de petite mécanique Danfoss, après avoir procédé à 350 licenciements en octobre 2008, a pu en éviter quelque 200 autres quelques mois plus tard. En mars 2009, Grundfos, un fabricant de pompes, mettait en chômage partiel 1 080 de ses salariés. Cette même année 2009, il y a eu plus de 500 recours au chômage partiel, concernant 32 000 salariés contre seulement 2 000 en 2011. Si les demandeurs d’emploi retrouvent rapidement un poste, c’est aussi parce que personne ne leur reproche d’avoir été chômeurs… « Les Danois ont l’habitude de changer souvent de travail, de se former. Les jeunes apprennent très tôt à être autonomes », explique la conseillère sociale. Dans ce pays qui a misé sur l’employabilité de ses citoyens, un habitant sur trois change de poste chaque année. Conséquence, la durée moyenne du chômage est courte, de treize semaines en 2012.

Un droit du travail écrit par les conventions collectives

Côté droit du travail, le principe est la flexibilité. Les licenciements sont peu encadrés. S’il leur faut un motif, ils ne peuvent être contestés que pendant deux semaines. Le préavis dure de trois à six mois selon l’ancienneté. C’est tout. Le droit ne prévoit pas d’indemnités de licenciement, mais certaines conventions collectives les ont introduites, en 2010, pour les ouvriers ayant plus de trois ans d’ancienneté. Le pays ne dispose pas de durée légale du travail ni de salaire minimum, tous deux sont fixés par les conventions collectives. Ce sont elles, d’ailleurs, qui écrivent 80 % du droit du travail. Le FMI a récemment critiqué « la hausse obstinément faible de la productivité qui, au fil du temps, risque d’éroder le niveau de vie » des Danois. Mais, même limitée, la croissance a créé immédiatement des emplois. À tel point que, pour Steen Bocian, un économiste de l’organisation patronale Dansk Ehrverv, le Danemark est confronté à un « risque de pénurie de main-d’œuvre ». Très réactif, ce marché du travail, décidément… 

« Job rotation » pendant les formations

Remplacer les salariés partis en formation de longue durée par des chômeurs, eux-mêmes en cours de formation, pris en charge par l’État. C’est l’idée de la « job rotation » utilisée à très grande échelle, entre 1994 et 1998, au Danemark. Tout le monde y gagne : les entreprises n’hésitent plus à envoyer leurs salariés en formation, notamment les petites, qui peuvent donc se mettre à niveau, et le chômeur se forme, ce qui lui permet ou d’être embauché par l’entreprise ou de mettre en avant son expérience pour trouver un emploi. Six sur dix sont d’ailleurs en emploi à l’issue de cette expérience. Arrêté au début des années 2000 suite au retour du plein-emploi, le dispositif a été réactivé en 2012. Coûteux, il a été plus sévèrement encadré, et réservé aux seules PME. Mais a tout de même représenté une dépense de 40 millions d’euros entre 2009 et 2013.

 

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