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L'Usine Aéro

La filière méconnue de l'aéronautique en Normandie

Olivier James , ,

Publié le

La Normandie, terre aéronautique ? Oui, comme le prouve le dynamisme des PME de la région, qui se lancent à la conquête des marchés à l’international.

La filière méconnue de l'aéronautique en Normandie © Stéphanie Jayet

Sorti d’un volumineux carton, le cylindre noir de 90 centimètres de diamètre et de 1,20 mètre de hauteur est positionné dans une imposante machine cinq axes. Dans cet atelier de l’usine Dedienne Multiplasturgy dédié à l’usinage, le ballet commence, sous le regard vigilant de deux salariés : surfaçage, usinage, perçage... Sorti des usines de Safran, le carter de moteur destiné au M 88 du Rafale de Dassault subit plusieurs jours durant une série d’opérations avant d’intégrer le moteur de l’avion de chasse français. "Nous fabriquions 20 pièces comme celle-ci par an jusqu’en 2015, explique Nicolas Jacquemin, le directeur général de Dedienne Multiplasturgy. Mais nous allons devoir en produire 16 par mois d’ici à la fin juillet en raison des contrats remportés par Dassault et des besoins de pièces de rechange."

Résultat ? Le sous-traitant aéronautique recrute deux nouveaux collaborateurs pour faire tourner la machine. Ils viendront en renfort des 120 salariés de ce site regroupant depuis fin 2013 quatre unités de production, à Saint-Aubin-sur-Gaillon (Eure), près de Rouen. L’entreprise normande surfe sur la santé du secteur aéronautique. En 2016, le chiffre d’affaires pourrait atteindre 52 millions d’euros, contre 48 millions l’an passé. "Mais la rentabilité de notre activité s’explique parce que nous nous sommes internationalisés", insiste Pierre-Jean Leduc, le président de ce spécialiste de la transformation des plastiques techniques et des composites à haute performance. Une référence à l’acquisition, début 2016, de l’entreprise américaine Met Plastics, près de Chicago, rebaptisée depuis Met2Plastic. La PME normande se voit déjà en ETI internationale.

Un modèle de développement dans une région où le dynamisme de l’industrie aéronautique est pourtant peu connu. La Normandie est un peu le cousin perdu de vue dans la famille aéronautique française, au regard des figures tutélaires que sont les régions toulousaine et nantaise. La Basse et la Haute-Normandie réunifiées ne représentent que 5 % des 180 000 personnes comptabilisées par le Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (Gifas) dans la filière tricolore. Près de la moitié des 135 entreprises est concentrée en Seine-Maritime. La Normandie se hisse au sixième rang des régions aéronautiques. "Lors de notre création en 1998, nous nous sommes fait connaître des acteurs locaux puis, dans un second temps, des grands donneurs d’ordres nationaux, résume Philippe Eudeline, le président du réseau d’entreprises Normandie AeroEspace (NAE). Il est temps aujourd’hui de passer à la troisième étape, celle de l’international."

La Normandie n’échappe pas au mal français de ces PME qui peinent à franchir les frontières nationales. Mais les lignes bougent. Les Normands partent à l’assaut de la Grande-Bretagne. La tentation de l’île portera peut-être ses fruits à Farnborough. Pour la première fois cette année, 11 PME normandes participeront au salon aéronautique organisé en juillet, sur les 41 sociétés françaises à faire le déplacement. C’est le cas d’Electropoli, positionné dans le traitement de surface. "Nous jouons la carte de l’automobile, notre métier historique, et de son respect des délais pour nous faire connaître", explique Edward Griffiths, le chef de projet aéronautique de cette entreprise qui a réalisé en 2015 un chiffre d’affaires de 78 millions d’euros. Déjà en discussion rapprochée avec Zodiac et Safran, la PME, dont le site normand se situe à Isigny-le-Buat (Manche), a l’ambition de séduire des clients étrangers. D’autant que le marché en France est "plus dur que prévu", selon les mots du dirigeant.

Une démarche proche de celle d’Efinor. "Nous avons ­rendez-vous à Farnborough avec le canadien Bombardier et le brésilien Embraer", avance Alexis Jourdain, son directeur commercial et marketing. La société créée en 1988 et implantée à Cherbourg (Manche) est spécialisée dans la métallurgie de pointe destinée aux process de production, comme les chariots autoguidés pour l’A320. Touchée par la baisse d’activité dans de nombreux secteurs industriels, la PME, qui emploie 500 personnes, s’est tournée vers l’aéronautique depuis trois ans. "Nous avons pour objectif d’augmenter la part de l’aéronautique dans notre chiffre d’affaires de 10 à 30 %", précise Alexis Jourdain. Un chiffre d’affaires qui s’est élevé à 50 millions d’euros en 2015.

Partenariats et mutualisation

Les échanges de bons procédés se structurent, les PME normandes cherchant à appliquer ce qui a fait le succès des ETI allemandes, la chasse en meute. Une ambition incarnée par Nadtek, une société fondée en juin 2015 par six entreprises, dont Dedienne Multiplasturgy. "Nous sommes complémentaires, se réjouit Pierre-Jean Leduc. Plutôt que de nous contenter de livrer des pièces élémentaires, nous pouvons proposer des sous-ensembles, assurer des études plus étendues." Nadtek compte 1 600 employés, dont 500 en R & D, et un chiffre d’affaires de plus de 170 millions d’euros, dont 25 % à l’export. Les cinq autres comparses – Arelis (électronique), Correge (capteurs de température), Ingeliance (ingénierie), Ressorts Masselin (barres de torsion) et Volum-e (impression 3 D) – partagent leurs savoir-faire, leurs réseaux commerciaux. Pour le moment, les binômes prévalent, mais la mutualisation promet de s’élargir au sein du groupement.

L’initiative pourrait offrir de nouveaux relais de croissance pour des PME qui tentent de s’insérer dans un secteur pas toujours simple d’accès pour les nouveaux entrants. "Malgré la bonne santé du secteur, nous ne sommes pas à la fête, confie Olivier Masselin, le directeur des ventes de Ressorts Masselin, installé au Petit-Quevilly (Seine-Maritime), qui adresse ses produits à toute l’industrie. La croissance du secteur ne se traduit pas en termes de chiffres." Les initiatives lancées en Normandie, Nadtek en tête, changeront-elles la donne ? L’optimisme de Pierre-Jean Leduc incite à y croire. "Avec nos équipes commerciales fédérées, Dedienne doit par exemple mettre en avant Ressorts Masselin dans ses campagnes, argumente le dirigeant. Ce n’est pas simple, mais au moins nous ne sommes pas statiques. Nous dresserons le bilan dans quatre ou cinq ans." D’ici là, la Normandie aura peut-être gagné de nouveaux galons dans l’aéronautique.

Olivier James

 

Avec Volum-e, l’impression 3 D gagne l’aéro

L’impression 3 D contribuera-t-elle à l’augmentation des cadences de production ? C’est le pari de Volum-e, filiale créée en 1999 par la société normande MMB. Positionné dans l’impression 3 D plastique et métallique, Volum-e travaille en étroite collaboration avec Safran depuis plusieurs années. "La fabrication additive pourrait représenter une double source sur un programme tel que le Silvercrest", précise Hervé Michel, le directeur commercial de la PME qui se verrait bien en sous-traitant pour le moteur M 88 du Rafale de Dassault et celui d’Ariane 6. Volum-e joue la carte de la flexibilité, quand les contraintes de la fonderie traditionnelle imposent des délais importants en cas de modification du design de pièces. Implantée à Blangy-sur-Bresle (Seine-Maritime), l’entreprise de 17 personnes a pour ambition d’ouvrir une usine d’ici au début de l’année 2018, via un investissement compris entre 4 et 5?millions d’euros.

 

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