TRIBUNE En 2011, 1,9 million d’automobiles ont été produites en France par les 4 principaux constructeurs présents. Avec 64%, PSA se taille la part du lion, suivi de Renault (23%), Toyota (8%) et Daimler (5%). Aujourd’hui, plus de 85% de la valeur des véhicules français est élaborée par les équipementiers, les constructeurs restant les animateurs de la filière et de son efficacité. Quels leviers de compétitivité peut-on encore activer dans cet écosystème ? Tribune de Pascale Delmas, consultante en gestion du Cycle de Vie Produit, chez Vinci Consulting.
Un marché européen exigeant
Aujourd’hui, tenir son rang et sa rentabilité sur le marché européen n’est permis qu’aux champions. En effet, l’arrivée des Japonais puis des Coréens a accentué la pression concurrentielle ; l’Europe de l’Est, la Turquie et la Chine sont devenues des bases industrielles compétitives, impulsant parfois des stratégies low-cost.
Face à un marché hétérogène, l’offre produit s’est élargie et segmentée, faisant appel à des technologies de plus en plus sophistiquées, alors que la crise provoque une contraction forte des volumes.
L’écosystème constructeurs-équipementiers suit le mouvement : les constructeurs ont confié aux équipementiers la conception et la préparation de modules complets, les fournisseurs trop locaux ont disparu au profit d’entreprises mondiales, expertes de leur domaine.
Dans ce contexte, la capacité à développer et industrialiser une offre produit diversifiée à coûts maîtrisés est aujourd’hui vitale pour la filière. La comparaison avec les meilleures pratiques entre constructeurs (confirmée par la comparaison avec d’autres secteurs industriels) a permis aux acteurs français de déceler quelques axes de progrès en la matière.
Accélérer la convergence du style des véhicules
Le ‘’style’’ est déterminant pour l’attractivité et le succès économique d’un véhicule. Pour le définir, les stylistes explorent différentes orientations et travaillent en collaboration étroite avec les bureaux d’études du constructeur et des équipementiers concernés. Ceux-ci doivent évaluer très rapidement la faisabilité industrielle, la compatibilité avec les autres prestations et les coûts induits.
Pour ce faire, il est nécessaire d’avoir des processus de conception collaboratifs performants supportés par des applications de gestion des données produit (PLM) à l’état de l’art. Or, fin 2012, sur ce sujet, les grands acteurs français de la filière sont en plein chantier de refonte, avec des avancements et des succès variés.
Le résultat est que la convergence style/prestations pourrait gagner en délais. Un équipementier spécialiste de pièces de style indiquait récemment que le nombre d’itérations avec les constructeurs français est jusqu’à 7 fois supérieur à celui d’autres constructeurs.
Un atout considérable à développer : la politique modulaire
La mise en oeuvre d’une politique de modules réutilisables est cruciale pour la rentabilité et la réduction des délais de développement. Cette politique, aujourd’hui généralisée pour les pièces mécaniques et électroniques, est inégalement appliquée sur les pièces de carrosserie, plus visibles par les clients
Développer un haut niveau de réutilisation est source de gains importants, mais nécessite de maîtriser certains pré-requis :
- un plan produit stable
- une architecture des intérieurs harmonisée entre les véhicules
- une répartition anticipée des productions chez les fournisseurs
Un constructeur allemand de référence, parvient par exemple à mettre en oeuvre une politique massivement modulaire, en reconduisant l’implantation des habitacles et en différenciant son offre entre marques par les matériaux et la finition.
Un pilotage des projets toujours plus efficient
Dans cet environnement, le pilotage des projets s’est complexifié. Chez certains, les bienfaits du lean engineering sont une réalité, chez d’autres, ils font leur entrée et devraient apporter une transparence accrue dans le pilotage.
Aujourd’hui, outre une gestion intégrée des facteurs de qualité, de coûts, de délais et de risques, ce pilotage doit également organiser l’activité des différents métiers de l’ingénierie dans un contexte d’entreprise étendue.
Les développements mécatroniques, à la croisée des prestations et des technologies, en sont une illustration typique.
En définitive, la quête de la performance de la R&D passe par des méthodes et outils de développement des véhicules à l’état de l’art (PLM, gestion de projet, lean engineering), et demeure l’un des grands leviers de compétitivité de la filière automobile.
Tribune de Pascale Delmas, consultante en gestion du Cycle de Vie Produit, chez VinciConsulting









