La fabrique de l'usine
Par THIBAUT DE JAEGHER - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3248
L'usine a eu une vie avant la révolution industrielle. Ce mot, qui s'est imposé au XIXe siècle pour désigner les lieux de la production de masse, aurait été utilisé pour la première fois au Moyen-Âge.
Dès le XIIe siècle, les mots "wisine", "euchine" ou "ochevinne" font leur apparition dans la coutume des Bourgeois de Cambrai ou dans la Charte des comtes de Lille. Ces termes servaient alors à nommer les forges. Sans doute à cause de leur étymologie : ils seraient tous de lointains descendants du latin "ustrina", qui veut dire "brûler".
Rapidement, l'usage l'enrichit d'autres significations. Par extension, "usine" servira à désigner, dans le nord et l'est de la France, un lieu où la production est assurée en grande partie grâce à la force motrice hydraulique.
L'usine devient alors le territoire des machines. Une fabrique (à l'époque le mot caractérisait plutôt l'atelier d'un artisan) où l'ouvrier n'occupe qu'une place réduite. L'opposé des manufactures que Colbert s'ingénia à développer en France sous Louis XIV.
Il faudra attendre la fin du XVIIIe siècle pour voir le mot se diffuser largement. Et le XIXe pour le doter du sens que nous lui donnons aujourd'hui... Le mot usine, en tant que lieu où produisent ensemble hommes et machines, ne se diffusera largement que dans les années 1830. À l'époque, on adopta ce terme pour ne pas employer ceux de manufacture ou de fabrique.
"Usine" fut jugé plus moderne, plus apte à nommer la rupture qui s'opérait dans le système productif. Manufacture, fabrique, c'était en somme la vieille économie.

dans la même rubrique
26/05/2012 La sémantique de l'industrie26/05/2012 L'impression 3D détournée par l'artiste Neri Oxman
26/05/2012 "Je suis fasciné par les technologies sans fil"












