La croissance, là où elle est

Par  - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3191

Nouer des alliances en Turquie, s'offrir une usine au Mexique ou en louer une à Hô Chi Minh-Ville, s'introduire en Bourse à Hongkong... Les voies du succès sont nombreuses.

Ça y est, c'est reparti ! Sur le premier trimestre 2010, la croissance a atteint, en rythme annuel, un taux de 12 %... Formidable ? Oui, mais ça se passe en Chine. La Chine qui désormais craint la surchauffe. La Chine qui voit son industrie manufacturière - pourtant sévèrement touchée l'an dernier - redémarrer en fanfare, comme le montre la progression rapide de l'indice des directeurs d'achat publié cette semaine à Pékin. La République populaire, hôte depuis vendredi dernier de l'exposition universelle de Shanghai, ne surprend plus guère avec son dynamisme insolent. Elle n'est pas la seule à rebondir. D'autres régions du monde affichent, depuis le début de l'année, des taux alléchants. Toujours sur le premier trimestre, le PIB de la Russie a ainsi grimpé de 4,9 % en rythme annuel, celui de la Corée du Sud de 7,8 %. L'Inde, qui ne publie pas de données trimestrielles, pourrait connaître une croissance de 9 % sur l'ensemble de 2010, à en croire les prévisions du FMI. Quelle vitalité !

Comme le relève une étude récente d'Euler Hermes, les pays dits « émergents » représentent plus de la moitié de la production industrielle mondiale. Faut-il s'étonner, dès lors, que la Banque mondiale ait revalorisé la semaine dernière le poids de la Chine, du Brésil et de l'Inde, et qu'elle ait réduit celui de la France, de la Grande-Bretagne et de l'Allemagne ? A l'évidence, les pays émergents ne le sont plus vraiment : le terme de « nouvelles puissances » leur irait mieux. On pourrait presque dire les « nouveaux riches », même si les populations de ces pays, encore très pauvres, ne profitent pas vraiment de leurs performances macroéconomiques... Et puis il y a les « vrais émergents », Indonésie, Philippines, Vietnam, Mexique, Chili...

Le décollage du nouveau monde ne doit pas nous effrayer. Il ne doit pas nous démobiliser. Au contraire. Nous ne sommes pas condamnés, en Europe et en particulier en France, à voir passer les trains. Nos champions industriels (Danone, Pernod Ricard, Technip, Total ou Sanofi-Aventis) ont d'ores et déjà annoncé des ventes en nette amélioration sur les trois premiers mois de l'année. Les PME aussi peuvent trouver fortune dans les pays les plus dynamiques. Pour paraphraser la formule de Georges Marchais : allons chercher la croissance là où elle est, c'est-à-dire chez les « nouveaux riches » ! Nouer des alliances en Turquie, s'offrir une usine au Mexique ou en louer une à Hô Chi Minh-Ville, créer une marque 100 % brésilienne, s'introduire en Bourse à Hongkong... Les voies du succès sont nombreuses (lire notre enquête, page 16), qui font mentir la macroéconomie.

Chez nous, le scénario du « W » tient la corde : une récession franche, puis une petite reprise tirée par le restockage, puis une nouvelle rechute ; avant, espérons-le, le véritable redémarrage qui marquerait la fin de la crise de 2008. Ailleurs, les industriels jouent allégrement le scénario du « V » : adieu la crise, vive la croissance ! Même au pays du « W », il est possible de lever la main en signe de « V ».


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