La croissance, la confiance et l'appétit

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Laurent Guez, directeur de la rédaction

La gauche a gagné six élections en cinq ans : les régionales, les cantonales, les municipales, les sénatoriales, la présidentielle et, dimanche dernier, les législatives. Pour le président de la République, cet enchaînement de victoires est un socle précieux. Les Français, dans leur majorité, font confiance aux socialistes. Mais ils n’ont pas confiance en eux-mêmes.Ils sont les champions d’Europe de la défiance, comme vient de le montrer les auteurs de "La fabrique de la défiance... et comment s'en sortir", Yann Algan, Pierre Cahuc et André Zylberberg. Ils soupçonnent les riches de toutes les corruptions, les chômeurs de tous les abus. Selon une étude européenne, ils se méfient même, plus que tous leurs voisins, des "autres" en général. Or, en économie, la confiance prime. Elle est la condition de la motivation des salariés, de la bonne marche des services publics, des coopérations à l’intérieur de l’entreprise ou entre clients et fournisseurs, des décisions d’investissement. Sans confiance, la croissance fait pitié. Sans confiance, l’avenir est bouché.

Le projet de François Hollande est-il en mesure de la restaurer ? L’hypothèse n’est pas absurde. En ce début de quinquennat, son image de rassembleur est intacte.Si la crise de l’euro ne lui coupe pas les ailes, il a  du champ. Il pourrait ainsi envoyer quelques signaux en direction des moins favorisés, afficher sa fermeté à l’égard de ceux qui abusent, mettre en scène un projet de relance européenne. Et ainsi redonner du mordant aux Français.

Mais s’il est bien positionné pour avoir celle des citoyens, le chef de l’Etat saura-t-il gagner la confiance des entrepreneurs ? Sur ce terrain, les messages du nouveau pouvoir génèrent pour l’instant plus de stress que de gourmandise. Dans l’entretien qu’il avait accordé à L’Usine Nouvelle, avant son élection, François Hollande promettait pourtant de "passer un contrat avec l’industrie". Il s’engageait à « fixer une perspective à vingt ans sur les secteurs stratégiques », en associant les entreprises et les collectivités locales, et à garantir aux industriels une stabilité des règles fiscales et sociales. Ce ne sera pas suffisant. L’instabilité crée la défiance… mais la stabilité ne crée pas à elle seule la confiance !Le Président et sa majorité ont donc aujourd’hui une mission de la plus haute importance : exciter l’appétit des créateurs de richesse.

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