imprimer

"La croissance et les jobs, c’est nous !" clament les entrepreneurs du G20

Par Anne-Sophie Bellaiche - Publié le
Gregoire Senthiles
© D.R.

Les jeunes entrepreneurs ont pris un peu d’avance sur le patronat du B20 et les chefs d’Etat du G20 qui n’arriveront qu’en fin de journée à Cannes pour tenter de régler les problèmes de la planète. Ils sont eux à Nice depuis deux jours.

Etre aux avants-postes est une position naturelle pour les patrons de PME et d’ETI qui ont lancé leurs affaires. Les innovateurs, les leviers de la croissance futur, ce sont eux, ils en sont convaincus. Reste à faire partager cette conviction au reste de la population et aux chefs d’Etats.

Au vu du nombre de policiers déployés dans la ville de Christian Estrosi ce 1er novembre, ce n’est pas encore tout à fait le cas. On sort de la gare, en se faufilant entre des cordons d’uniformes bleus marines qui scrutent chaque nouvel arrivant. L’après-midi, une cohorte de citoyens qui veut "redonner la parole aux peuples contre la finance" manifestera au nord-ouest de la ville. Ils sont soigneusement contenus dans une zone éloignée de l’aéroport et du site de l’Edhec où se réunissent les 400 entrepreneurs du monde entier.

Ils ont pourtant bien des points communs avec les manifestants : ils sont jeunes, ils croient qu’un autre monde est possible et n’ont d’affinités ni avec les grandes institutions bancaires (qui n’ont pas le goût du risque) ni avec les grandes entreprises établies (qui veulent protéger leurs positions acquises).

"La vraie économie, c'est nous"

Sur la Promenade des Anglais, lors de plénières en petits ateliers de travail, ils échangent et peaufinent le communiqué qu’ils remettront le 2 novembre aux chefs d’Etat pour mettre l’entrepreunariat au cœur des politiques publiques. Le problème, c’est que le Premier ministre grec Papandréou et son référendum se sont invités dans leur agenda.

Une jeune entrepreuneuse Sud-Africaine, dans le business des mines, explique lucide : "C’est sûr, la crise grecque va totalement étouffer notre voix. Mais c’était formidable de se rencontrer tous. On a pris date pour le G20 Yes de Mexico, l’an prochain. Et nous, de toute façon, on continue. C’est nous qui créons les jobs, la vraie économie, c’est nous."

Aidés des cabinets Mc Kinsey et Ernst & Young, ils ont examinés les conditions de leur développement. Le rôle clé de la culture entreprenariale est reconnu par tous mais ne nécessite pas dans toutes les zones le même effort. "Pensez qu’en France, à la télé, on a Masterchef alors qu’en Chine ils ont une sorte de master entrepreneur", note Grégoire Senthiles, président du G20 Yes.

En revanche tous se retrouvent sur le problème de l’accès aux financements. Dans la salle 304 où se tient un atelier consacré au sujet, un entrepreneur brésilien lance : "nous n’avons pas besoin du financement direct des Etats, nous avons besoin qu’ils régulent les institutions financières pour qu’elles consacrent une plus grande part de leurs actifs aux jeunes entreprises". La salle acquièsce. Le patron d’Oscaro.com ( vente de pièces détachés auto sur internet) ajoute "les Etats sont dangereux, les banques si elles sont obligées d’investir, elles seront au moins obligées d’étudier les jeunes business, aujourd’hui, elles ne s’y intéressent même pas. Aujourd’hui, j’ai 5 banques qui m’appellent chaque jour, au départ, elles ne voulaient même pas m’ouvrir un compte."

Networking

Entre les ateliers, on "network" et on se restaure autour de buffets. Au détour de l’un d’entre eux, on croise Matthieu Tenenbaum, le cadre de Renault accusé d’espionnage, l’hiver dernier. En pleine forme visiblement. Suite à sa mésaventure, il n’est pas devenu entrepreneur, mais il s’est taillé chez Renault un job sur mesure que la direction pouvait difficilement lui refuser. Sur sa carte est inscrit :  "Business development external venturing". Il est là pour faire du networking, identifier les jeunes pousses ou les réseaux qui pourraient permettre à Renault de ne pas passer à côté des innovations. Il est enthousiasmé par l’ambiance : "la semaine dernière, on a passé la nuit à attendre les résultats du conseil européen, dans l’angoissse. Ici, je n’ai pas une seule fois entendu le mot crise. Il y a une énergie incroyable."

Le soir, c’est Christian Estrosi qui reçoit à la Villa Masséna, à 20 mètres du Negresco. Il a invité trop de monde alors une partie des entrepreneurs n’a pas pu rentrer dans la villa. Ils patientent avec philosophie dans les tentes installées dans le jardin en écoutant distraitement les allocutions des officiels retransmis sur des postes de télévisions.

Angel Guria, le patron de l’OCDE ne leur cache pas que la situation est grave et la marge de maneuvre des politiques étroite. "Jeunes entrepreneurs aidez-nous, partagez le fardeau, il y a 45 millions de chômeurs de plus dans les pays de l’OCDE, vous devez continuer à recruter"

Sur la pelouse, une délégation d’Egyptiens explique que quoique non-membres de l’OCDE mais touchés par des baisses d’activité de 20 à 30 % les membres de leur association d’entrepreneurs ont décidé de ne procéder à aucun licenciement. "Mais les grandes entreprises internationales, elles ne s’en sont pas privées, Cisco a licencié 30 % de son personnel en Egypte", constate  l’un d’entre eux.

Un peu plus loin, Hassan Triqui, patron d’une PME de composants, Secure IC, est porté par l’énergie entrepreunariale qu’il a constaté chez les émergents. "Un brésilien nous a raconté qu’un de ses neveux avait lançé pendant ces études un petit business en faisant des petits bracelets de cotons. C’est cela être entrepreneur, imaginer comment créer de la valeur, même avec des bouts de ficelles."  Ce matin avant la présentation officielle des propositions pour améliorer la culture, les éco-systèmes et l’accès au financement Shaï Agassi racontera comment il a imaginé créer de la valeur avec Better Place, un système de voitures électriques installé à l’échelle d’un pays, Israël. C’est plus technologique que des fils de coton, mais cela part toujours de la conviction que le rêve est possible et même souhaitable.

Partagez l’info :

Partager cet article avec mon réseau profesionnel sur Viadeo linkedin Partager cet article sur Wikio envoyer à un ami

1 réaction

Karla | 02/11/2011 - 09H38

"les Etats sont dangereux" ... et les Indignés aussi. Les imbéciles du B20 devraient se pencher sur le sens du mot croissance.

Signaler un abus |  CITER


Effectuer une autre recherche

Rechercher
À la une
Jean-Baptiste Collin de Sussy

La sémantique de l'industrie

Ne dites plus industrie, mais redressement productif. C'est désormais le nom de ce ministère qui a vu le jour pour la...

Neri Oxman

L'impression 3D détournée par l'artiste Neri Oxman

L'architecte et designer Neri Oxman expose au Centre Georges Pompidou, à Paris, ses sculptures...

Guillaume Klossa

"Je suis fasciné par les technologies sans fil"

Guillaume Klossa, qui vient de publier un rapport sur l'impératif industriel, répond à notre...

Arnaud Montebourg

La semaine chargée d’Arnaud Montebourg, et le reste de l’actualité industrielle

On le savait déjà. Ministre est un métier à plein temps. Arnaud...


© L'Usine Nouvelle    - Publicité- Conditions générales d'utilisation - RSS - Pour nous contacter