imprimer

La crise s'intensifie dans certaines économies européennes

Par Redaction L'Usine Nouvelle - Publié le

Y aura-t-il un effet G20 en Europe ? Les situations économiques des pays s'amélioreront-elles après la réunion des puissances mondiales, qui a voté une enveloppe de 1100 milliards de dollars pour la relance et d'aide aux institutions financières ?

Selon Dominique Strauss Kahn (DSK), patron du Fonds monétaire international, la reprise économique sera bien au rendez-vous en 2010. Pour José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, « il ne faut pas s'attendre à un miracle du sommet ». Des visions divergentes qui montrent bien l'incertitude actuelle du marché économique. A l'instar des mauvaises nouvelles économiques qui se sont succédées en Europe ces derniers jours, laissant penser que « la crise économique mondiale est loin d'être finie », comme le suggérait Vladimir Poutine, Premier ministre russe devant la Douma lundi 6 avril. L'occasion de revenir sur les dernières annonces de pays en déclin économique.

L'Espagne et l'Irlande touchent le fond
Vendredi 3 avril, quelques heures avant l'ouverture du G20 réunissant les vingt puissances économiques mondiales, deux pays, qui ont connu ces dernières années une croissance importante et sont toutes deux affectées par la chute du secteur immobilier, précisaient l'ampleur de la crise dans leurs économies.

La banque d'Espagne a annoncé qu'elle tablait sur un taux de chômage de 20% en 2010,  sur une récession d'une durée de deux ans et « une baisse de l'activité de 3% » pour la seule année 2009. Autres données significatives de la crise : la banque d'Espagne prévoit un déficit public de 8,3% du PIB en 2009 et de 8,7% en 2010, bien au-delà des 3% imposés par le pacte de stabilité européen. La Commission européenne a donné à l'Espagne (comme à la France) un délai plus long que prévu (jusqu'en 2012) pour revenir à la limite des 3%.

« Nous sommes au pire moment de la crise », a précisé la vice-présidente du gouvernement espagnol Maria Teresa Fernandez de la Vega. L'économie espagnole est l'une des plus durement touchées par la crise, avec une entrée en récession dès la fin 2008, alors que le pays était un des moteurs de la croissance européenne dans les dernières années. Outre la crise financière mondiale, le pays est affecté la chute de sa production industrielle. L'institut nationale de la statistique (Ine) a annoncé vendredi un recul de 22% de ce secteur dans un pays où l'industrie est une des filières les plus importantes de l'économie.

Les difficultés de l'Irlande ont été mises en lumière par le président de l'Eurogroupe, Jean Claude Juncker, vendredi 3 avril, qui a qualifié la situation économique du pays de « grave ». La Banque centrale d'Irlande venait d'annoncer prévoir une contraction du PIB de l'ordre de 7% en 2009 et de 3% en 2010, soit un recul de plus de 12% entre 2008 et 2010. « Une crise sans précédent », selon la Banque centrale. En effet, le pays connaît la première récession en année pleine depuis 1983 et la plus grave jamais enregistrée par les statistiques officielles.

« Le Tigre celtique » envisage de prendre des « mesures supplémentaires dans les semaines à venir », selon Jean Claude Juncker. Le gouvernement envisage de créer un collectif budgétaire pour faire face à la crise et dégager ainsi quatre à cinq milliards d'euros d'économies, soit 2 à 2,5% du PIB irlandais. L'objectif étant de respecter ses engagements envers la Commission européenne de contenir le déficit budgétaire à 9,5% du PIB pour 2009.

« Nous sommes convaincus que pour restaurer la confiance, attirer des investisseurs et créer des conditions d'une reprise durable, l'une des conditions nécessaires est de commencer la consolidation budgétaire », a assuré Jaquin Almunia, commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires.

Une « récession pire » que prévu en Grande Bretagne
Au lendemain de l'accord du G20, c'était au tour de la Grande Bretagne. Le ministre des Finances Alistair Darling a déclaré dans une interview au Sunday Times que « la récession en Grande Bretagne était pire que ce à quoi le gouvernement s'attendait ».

Une annonce qui devrait précéder une révision des objectifs économiques du pays lors de la présentation du budget le 22 avril. « Je pensais qu'on verrait la croissance dans la deuxième moitié de l'année. Je pense maintenant qu'il faudra attendre la fin de l'année ou le début de l'année prochaine, avant qu'on ne commence à voir la croissance ici », a-t-il précisé. Selon le Sunday Times, la contraction de l'économie en 2009 pourrait atteindre 3%, soit le plus bas depuis 1945. Le pays est entré en récession au second semestre 2008, une première depuis 1991.

Quant à l'influence du G20 sur le redressement de l'économie britannique, Alistair Darling a rappelé l'importance de l'accord, mais a précisé qu'il fallait rester réaliste. « Nous devons nous assurer que tout ce sur quoi nous nous sommes mis d'accord sera mis en œuvre sur le terrain », a-t-il expliqué.

« Le pire de la crise est passé » ?
-7%. C'est le recul enregistré par le PIB au premier trimestre 2009 en Russie. Bien de la croissance de 8,5% de l'année 2008 sur la même période. La Russie subit les conséquences de la chute des matières premières, dont elle est une importante exportatrice. Reste que le pays continue de tabler sur une contraction du PIB limitée à 2,2% pour l'année 2009, alors que la Banque mondiale prévoit une baisse d'au moins 4,5%.

« La situation de l'économie mondiale n'est pas claire et fait face à de nombreuses menaces », a expliqué Vladimir Poutine dans un discours devant la Douma lundi 6 avril. En effet, les avis se contredisent en Russie, entre le chef de la Banque centrale de Russie (BCR), Sergueï Ignatiev pour qui « le pire de la crise est passé », et Vladimir Poutine qui alerte les concitoyens que  « l'année 2009 serait encore très difficile ».

Reste que le Premier ministre a annoncé lundi 6 avril que le gouvernement dépensera 3.000 milliards de roubles (environ 66,9 milliards d'euros) dont 1.400 milliards de roubles (31 milliards d'euros) puisés dans le budget fédéral pour lutter contre la crise.

Des solutions européennes ?
La régulation financière et l'aide aux pays en difficulté font débat entre les pays européens, même après le G20. Les ministres européens des Finances se sont accordés samedi 4 avril pour travailler sur la création d'un comité européen du risque systémique, qui avertirait les autorités nationales en cas d'éventuel problème économique important détecté par leur pays. Mais les pays européens se sont opposés sur le renforcement des compétences des autorités européennes chargées de la surveillance des marchés financiers et des banques.

Les difficultés des pays, qui seraient dans l'incapacité de faire face à leurs obligations financières, comme l'Irlande mais aussi la Grèce, ont aussi suscité des craintes dans la zone euro, de nombreux redoutant une explosion de la zone.

Sur la question d'une éventuelle aide à ces pays, la Banque centrale européenne a par exemple répondu que l'Irlande avait déjà droit à un degré considérable de solidarité grâce à son appartenance à l'Union monétaire. Une position comprise par le ministre de l'Economie irlandais, Brian Lenihan, qui décline toute aide sous forme d'émission d'euros-obligations ou d'emprunts d'Etat. « Nous estimons que le risque de voir un pays quitter l'espace euro et introduire sa propre monnaie nationale est un risque qui ne se pose pas », a déclaré Jean Claude Juncker, tentant de rassurer les différents membres de la zone euro.

Barbara Leblanc

Partagez l’info :

Partager cet article avec mon réseau profesionnel sur Viadeo linkedin Partager cet article sur Wikio envoyer à un ami

Effectuer une autre recherche

Rechercher
À la une
Jean-Baptiste Collin de Sussy

La sémantique de l'industrie

Ne dites plus industrie, mais redressement productif. C'est désormais le nom de ce ministère qui a vu le jour pour la...

Neri Oxman

L'impression 3D détournée par l'artiste Neri Oxman

L'architecte et designer Neri Oxman expose au Centre Georges Pompidou, à Paris, ses sculptures...

Guillaume Klossa

"Je suis fasciné par les technologies sans fil"

Guillaume Klossa, qui vient de publier un rapport sur l'impératif industriel, répond à notre...

Arnaud Montebourg

La semaine chargée d’Arnaud Montebourg, et le reste de l’actualité industrielle

On le savait déjà. Ministre est un métier à plein temps. Arnaud...


© L'Usine Nouvelle    - Publicité- Conditions générales d'utilisation - RSS - Pour nous contacter